‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 98 sur 396 · CONSTITUTION DE · texte numérisé non relu

CONSTITUTION DE

On remarquera toutefois combien cette réforme, essentiellement pontificale, si l'on peut s'exprimer ainsi, différait du programme développé dans la « nation française » du concile de Sienne. Martin V avait soigneusement exclu de sa constitution tout ce qui pouvait porter atteinte aux pérogatives du saint-siège. Bien loin de vouloir affaiblir, il ne songeait qu'à fortifier la puissance de Rome. Pour ne prendre qu'un exemple, le régime bénéficiai établi en 1425 pour cinq années nouvelles marquait non pas un recul, mais un progrès de l'autorité apostolique, si on le comparait au régime antérieur : ce n'était plus pendant la moitié, mais seulement pendant le tiers de l'année que les collateurs ordinaires conservaient le droit de pourvoir aux bénéfices « étant à leur nomination» *, Martin V poursuivait loyalement l'amélioration de la société religieuse, mais il ne la concevait pas sans un chef tout-puissant. S'apercevant que le concile de Sienne n'avait pas tout à fait la même manière de voir, il avait cru pouvoir se passer de sa collaboration.

Ce n'était, d'ailleurs, que partie remise 2. L'échéance inévitable du nouveau concile qu'on était convenu de convoquer à Bâle apparaissait dans le lointain, et l'intervalle même de sept ans qu'on s'était ménagé ne devait point s'écouler sans réclamations ou démarches tendant indiscrètement à raccourcir ce délai.

Du jour où l'on comprit, en effet, que Martin V répugnait à la réforme conciliaire, il était indiqué qu'on usât de cet épouvantail pour obtenir du souverain pontife telle concession ou telle autre.

C'est sans doute a un calcul politique de ce genre qu'il faut attribuer une démarche du roi des Romains provoquée par la république de Florence, au dire de Martin V : le pape s'en plaignit aux Florentins dès le commencement du mois de juillet 1424.

1. Hist. de la Pragmal. Sanct. de Bourges sous Charles VII, p. xxvi et suiv.

2. L'indiction du concile de Bâle dut être notifiée de tous côtés par des messages pontificaux, de même que la dissolution du concile de Sienne : c'est ainsi, par exemple, que le chapitre de Besançon en fut avisé le 9 août 1424 (Arch. du Douhs, G 178).

A l'entendre, Sigismond, livré à lui-même, se fût peu soucié de la réunion plus ou moins hâtive du concile de Bâle 1.

Une démonstration plus bruyante fut celle à laquelle se livra, en 1425, le gouvernement anglais. J'ai dit ailleurs 2 par quelles extraordinaires faveurs le duc de Bedford avait essayé de se faire payer l'appui prêté à Martin V lors de la dissolution du concile de Sienne, et comme le pape avait opposé une fin de non-recevoir à presque toutes ses demandes ; la déception qu'en ressentit l'oncle de Henri VI eut pour effet de le transformer en un défenseur zélé des « libertés gallicanes » ; elle eut aussi pour résultat d'inspirer aux Anglais l'idée de réclamer impérieusement la tenue du nouveau concile, comme s'ils n'avaient pas eux-mêmes contribué plus que d'autres à la dispersion du premier. Ce fut l'occasion de messages envoyés par le roi d'Angleterre à quantité de princes, aux Electeurs de l'Empire, à Jagellon, roi de Pologne, à Vitolde, grand duc de Lithuanie, à Eric, roi de Danemark, de Suède et de Norvège, à Charles III, roi de Navarre 3, à Jean Ier, roi de Portugal, et à celui dont on était sûr d'avoir le concours pour toute intervention désagréable à Martin V, au roi d'Aragon Alphonse V. On tint au courant de ces démarches les ambassadeurs que ces divers princes entretenaient en cour de Rome 4. Enfin une ambassade anglo-française, ayant à sa tête

1. Martin V, en même temps, reprochait aux Florentins d'avoir invité Alphonse V à faire venir l'antipape en Sardaignc et d'avoir exhorté plusieurs Siennois à déclarer que le concile de Sienne ne s'était point tenu canoniquement. Les Florentins repoussèrent ces diverses accusations. Toutefois, au mois d'octobre 1425, le pape se plaignait encore que des Florentins eussent réclamé la tenue du concile de Bâle (Commissioni di Ri.na.ldo degli Albizzi, II, 95, 96, 437).

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