‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 101 sur 257 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Lettre de Philippe-Marie à Sigrismond, du 16 janvier, annonçant l'intention de dirifjer vers Bâle ambassadeurs et prélats (Osio, 111,52). Le 28, le concile reçoit l'adhésion de Philippe-Marie, qui l'exhorte, en même temps, à persévérer (J. Ilaller, II, 2.5). Lettres du 1" février, contenant de nouveaux encourag'ements, du 14, annonçant que le départ des ambassadeurs et prélats sera hâté le plus possible et que qutîlques-uns sont déjà en route (Bibl. nat., ms. lat. 1.575, fol. 50 r, 79 V; Bibl. de Douai, ms. 1983, fol. 61 r", 70 r" ; Ampliss. coUect . , VIIl, 62, 64).

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bassade venue à Home pour lui faire obédience, en même temps que pour néj^ocier la conclu^iion d'un nouveau concordat ^ Ces diplomates s'étaient beaucoup trop avancés. En réalité, Charles MI. embarrassé par les avis contradictoires qu'il recevait, voulait demander conseil an clerp^é de son royaume. Par lettres datées de Chinon, le li janvier 1 i32, les prélats de Lan^^ue d'Oïl et de Lanf;;ue d'Oc furent convoqués à Bour^^es pour le 26 février -'. La discussion, commencée en retard, se prolongea peut-être jusque vers le mois d'avril •'. Pour ou contre la dissolution les orateurs s'escrimèrent ; on épuisa les arguments de droit naturel et de droit divin. Enfin les résolutions suivantes furent prises, dit-on, à l'unanimité.

Canoniquement assemblé, non seulement utile, mais nécessaire, surtout pour soutenir la lutte contre l'hérésie, soit par les armes, soit par la parole, le concile de Bâle méritait d'être soutenu. Avant que le conflit devînt irrémédiable, Charles VII était donc supplié d'interposer sa médiation : en son nom et au nom de l'Eglise gallicane, il enverrait à Rome une ambassade qui demanderait au pape et au sacré collège de laisser le concile suivre son cours. A vrai dire, il écrirait aussi à Sigismond, au duc de Milan et au duc de Savoie, pour que, tout en continuant à s'intéresser aux pères, ces princes missent obstacle aux entreprises contre le saint-siège ou contre les Etats de l'Eglise qui

i.Hist. (le la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles VIL p. iix; Deutsche Beichslafisnkten, X, 389.

2. Cliarlcs VII mandait à ses officiers de Iransmcltrc immédiatement les invitations, de peur que les prélats ne prissent prétexte de la brièveté du délai pour relarder leur arrivée : « Et f^ardez. . . que en ce n'ait point faulle. .., car la chose nous touche bien avant. »^Hibl. nat., nouv. acqu. franc. 7627, fol. 353.) — ,T. Hal- 1er (I, 123, note 1 ; doute à tort de l'exactitude de cette date.

3. Klle élait terminée le 12 avril : à cette date, le résultat en fut communiqué, à Issoudun. aux conseillers du roi. La lettre d'Amédée de Talaru à Louis de la Palu. où sont fournis ces renseignements, est datée de Pierre-Scise, le 28 avril Mansi. .\X1.\. 63i). Celle du même archevêque au concile de Bàle porte épalenu-nl la date du 28 dans le ms. 198* de Douai fol. 100 r"), dans le ms. Strozzi 33 de la Laurentienne fol. 13 v») et dans l'édition de Labbe (XII, 1001 \ mais porte par erreur la date du |H dans le ms. lat. 1575 de la Hibl, nat. fol. 59 r" .

loi EUGÈNE IV F.r l.i: CONCILE \)K liALE

risqueraient d'envenimer irréparablement la querelle. Mais ce sage esprit de conciliation n'empêchait pas l'assemblée de Bourges de manifester ses préférences : elle pi-iait le roi d'envoyer prochainement des représentants à Bàle vi de permettre aux prélats du royaume de s'y rendre. Afin de couvrir les frais de ces déplacements, elle votait la levée d'un quart de décime et stipulait que le pape ne pourrait pas imposer en France d'autre subside sans le consentement du concile K

C'était surtout le péril hussite qui avait impressionné l'assemblée. La question bohémienne passionnait d'autant plus les esprits qu'on craignait de voir l'hérésie gagner du terrain même en France. Un district dauphinois avait, paraît-il, envoyé des subsides aux Tchèques, et l'on se souvenait, non sans terreur, des doctrines professées parles bandes révolutionnaires que, dans le comté de Forez, le bailli de Màcon avait eu à soumettre ou à exterminer quelques années auparavant ~.

Les décisions de l'assemblée de Bourges avaient été, d'ailleurs, en grande partie amenées par l'intervention d'un prélat qu'on dépeint sage, pieux, spirituel-', habile, et qui, avec ses grands traits fortement accusés, son nez en lame de couteau et sa parole non moins tranchante, sa myopie, qui faisait contraste avec sa clairvoyance 4, présente une des figures les plus curieuses et les plus saisissantes du haut clergé français contemporain d'Eugène IV '.

1. Bibl. nat., ms. lat. 1575, fol. 19-23 ; Bibl. de Douai, ms. 198^ fol. lOO-in.S; Bibl. Vat., ms. Reg. 1017, fol. 139-143; Mansi. XXIX, .401 . Cf. Moniiin. Concil, II. 137 et suiv.

2. Cf. Aug. Bernard. Histoire du fore: (Montbrison. 1835, in-S"). II, 44; A. Steyert, Nouvelle histoire de Lyon (Lyon. 1897, in-4°), II, 603.

3. Cent cinquante ans après sa mort, on vantait encore ses bons mots (A. Steyert, II, 611). Faut-il ranger parmi ceux-ci la plaisanterie étymologique à laquelle il se livra dans sa lettre au concile du 28 avril 1432 (Labbe, XII, 1001) ? Il félicitait les pères d'être solidement établis à Bàle, « in Basilia. qua- hasis, firnia in base, sive pctra, Christo. liaquc, qutc. more Lia\ multos in utero proprio gestans patriarchas.. . »

4. Monuni. Concil., III, 219; J. Gauthier, Le missel et pontifical d'A. de Ta/aru, dans Bibl. de VÉc. des chartes, t. XLIX, 1888, p. 353. 358.

5. Il y avait, dans l'assemblée, de fortes préventions contre Bâle : le souvenir de l'attentat commis, à Constance, lors du concile, contre Louis de Bavière-Ingol-

ROLE D AMKDKi: DE TALART

1«J %f il.»

Aniôdée de Talaru, archevêque de Lyon, fut désigné par l'assemblée pour se transporter auprès du pape, et l'on espérait que le roi lui donnerait même mission do son côté.

Amédée de Talaru reçoit des mains de Martin V la bulle de confirmation de la primai ie de Lyon.

(Ms. de la Bibl. du ^jrand séminaire de Hesançon.

Notre prélat se disposait donc à entreprendre le voyage de Home, quand un nonce du pape, le liégeois Jean du Mont, lui présenta, à Lyon, les bulles d'Eugène IV contenant les ordres ({ue

stadt cf. La Fr. el le Gr. Sch. d'Occid., IV. 38'. faisait dire qu'il n'y avait en Allemaj;ne aucime sécurité pour les conciles œcuméniques : c'est Talaru du moins il s'en vanta plus lard) qui. par ses assurances et ses démarches, décida le clerfré de France à se rendre au toncile do Hàle Moniim. (U)ncil.. III. \^9 .

irifi EFGÈNE IV ET I.E mNCIl.i; I)K IVM.E

l'on sait, et, luiïvemeiil, lui JeuiaïKla ck' le guider dans ses démarches. C'était mol s'adresser. Talaru lui objecta les décisions du cler£2:éde France, conformes d'ailleurs à son sentiment personnel, puis, lui dépeignant le triste accueil (jui l'attendait près du roi. le découragea de son mieux. Il lui lit même scrupule de s'acquitter d'une telle tâche, lui docteur allemand, lui maître de la foi, et, s'adressant à quelques-uns des prélats que Jean du Mont se proposait d'aller voir, les prémunit contre les effets de l'éloquence du nonce. C'est ainsi qu'en 1432 un primat des Gaules comprenait le devoir d'obéissance envers le 'souverain pontife.

Renonçant à entraîner Talaru vers Bologne, mais cherchant tout au moins à le détourner de Bâle, Jean du Mont lui parla de la possibilité de transférer le concile à Avignon, à Besançon ou à Lvon. Si attrayante que fût pour l'archevêque cette dernière perspective, Talaru n'eut garde de se laisser séduire, et trouva de g-raves objections à faire à chacun de ces projets K

Pendant ce temps, on sondait les conseillers du roi : bien que fort occupés à des négociations avec le duc de Bourgogne, ds se montrèrent favorables •. Regnault de Chartres, en particulier, le Chancelier si sévère pour l'œuvre de Jeanne d'Arc, annonça, avant même la décision royale, qu'il comptait prendre part au concile de Bàle et conseilla à ses chanoines de Reims d'en faire autant ^ 11 promit, de plus, à Talaru de tenir tête aux ambassadeurs qui. à leur retour de Rome, tenteraient peut-être d'orienter dans une autre direction la politique de Charles Vil. L'approbation de celui-ci. d'ailleurs, ne faisait point de doute '*. On pré-

1 . Pour Avijynon, la cherté du pain et le voisinaf<e immédiat delà France, qui éloignerait les prélats appartenant à des pays ennemis de Charles VII : pour Besançon, l'influence prépondérante du duc de Bourgogne, qui efTraierait soit les Français, soit les Anglais, dans le cas où les nés^ociations actuelles aboutiraient j à Lyon enfin, l'inconvénient que jn-ésentait Avifrnon et. de plus, l'extrême cherté des vivres.

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