‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 113 sur 257 · Cf. J. Ilallei'. II, JO. 120. loO · texte numérisé non relu

Cf. J. Ilallei'. II, JO. 120. loO

:i. Ihid., p. Mi.

i. Mansi. XXIX. ;si : Monum. ConciL. 11. l'.'l. 2()0 ; ,1. Haller. II. 1 tô.

LE CONCILI-: NOMMi: IN VK.AlItK ES AVK;N0N I 7.{

Cesarini cherehu plus tard à justilier cette ing^érence du concile dans le domaine j)urenienl administratif en insistant sur le caractère provisoire de la mesure et en alléj^uant ([ue « l l^^lise " avait bien le droit de faire ce que le paj)e ne faisait que comme son « chef de service », taiif/unni caput ministorialo '. Sin^-ulière théorie qui aboutissait à substituer l'autorité du concile à celle du souverain pontife, non seulement dans les trois cas prévus par les décrets de Constance, mais dans tous les menus détails de l'administration quotidienne 1

Transmis à Avignon, le décret du 20 juin fut présenté aux habitants et au cardinal Carillo par les ambassadeurs ({ue le concile députait alors vers le roi de France. Les majj^istrats avaient ju^é cette précaution utile pour triompher de la répu<i^nance du « très prudent lé<j;'at > : répuii^nance sincère ou feinte, qui, en tout cas, céda au bt)ul de deux jours de réflexion "-. J'ignore si le traité que le frère prêcheur Jean du Puy, inquisiteur à Toulouse, composa sur les pouvoirs réciproques du concile et du pape et qu'il dédia à Carillo ', contribua à éclairer la religion du cardinal. Quoi qu'il en soit, celui-ci, dans sa réponse écrite aux ambassadeurs de Bàle % rappelle la confiance que lui témoignait

1. Discours du Itj octobre \'C.y.\ AmpUss. collect., ^'III, 6iSi.

2. J. Huiler, I, 27 J, 272 : cf. Fr. Ehrle, p. itJS. — En se rendant à Avignon, les envoyés du concile firent un détour par Romans, afin de s'aboucher avec le gouverneur du Dau]iliiné. Raoul de (jauoourt. On jjeut lire dans le nis. 987 de Grenoble fol. li r") une lettre écrite au concile parce Gaucourt, le 2 juillet, après le passage de l'ambassade.

3. De pntestate Concilii (jeneralis et Pape Ribl. nat., ms. lat. 1521, fol. 19i- 219). L'auteur rcclicrche sui'tout dans quels cas un pape peut être déposé. Il expose les dilTorents systèmes et laisse au lecteur le soin de conclure.

5. « Quamvis nos, Alfonsus. etc., ad ea que concernunt bonuni statum, honolem et reverenciam Summi l'ontilicis et S. R. E. . juxta talcntnm a Deonobis crediliim. scmpei- intcnti fuerimus et esse intendanius. et nb hoc cum dominus nostcr Summus l'ontifex nobis. in hac civilale Avinionensi existcntibns. proul adhuc cxistinius. per suas litteras ejusbulla plumbea bullatas niandasset quatinus. circa ca que pertiuebant ad statum pacificum et tranquillum dicte civilatis. civibus et liabitatoribus ejusilem cousiliis et auxiliis existeremus opportuni. sindicisquc et Consilio ejusdem civilatis per unum brevetum mandasset quatinus in premissis ad nos recursum habcrent. confidenter requisiti postmodum cum inslrumenlo publico per sindicos et Consilium prefatos. quamplurima mala et scandala inibi verisimiliter cvcniencia limenlcs. eis ad providendum ne dicta mala et scandala

174 EUGÈNI'] IV ET LK CONCn.l': DK «ALE

l'Eugène I\' o[ ses elVorts poiw sauvegarder les droits du pape à Avig-non ; jamais pourtant il ne s'est immiscé dans le gouvernement de la ville. Mais le concile a parlé : il doit lui obéir. Il sait ce que les conciles et les papes ont prescrit au sujet de l'obéissance due aux conciles généraux; il connaît et redoute les sanctions établies notamment par le concile de Bâle. Le décret qu'on lui présente est, d ailleurs, provisoire, ne portant point atteinte aux droits de la papauté. Bref, le souvenir des excès commis, la pensée des dangers ([ui menacent l'encouragent à accepter la commission qui lui est offerte, ou plutôt imposée : il réserve toutefois les droits du pape et du saint-siège.

Après l'acceptation du cardinal Carillo, la soumission des habitants ne pouvait faire de doute. Uéca})itulant leurs griefs contre Marc Condolmario, qui ne les avait, disaient-ils, jamais traités qu'en ennemis, les Etats du Comtat déclarèrent se soustraire à son obéissance, sans préjudice de leur fidélité à Eugène IV. Ils ne s'adresseraient plus désormais qu au vicaire nommé par le concile, et, pour commencer, ils supplièrent Carillo de leur don-

in dicta civilate cvenirent assistere, et a dicta civitate non recedere, ad conservacionem juriset lionoris D.N. SummiPontificisetS. R. E.,ad quorum dominium in temporalibus dicta civitas pertinet, eisdem, quantum cum Deo potuimus, astitimus consiliis et auxiliis opportunis, absque eo quod unquam voluerimus alias de refïimine dicte civitatis nos intromittere, viso lamcn tenore litterarum sacri generalis Consilii Basiliensis ejus buUa plumbea bullataruni, per révérendes patres dominos [ ], episcopum Novarienscm, et [ ], abbatem

S. Ambrosii Mediolanensis, ejusdem saci'i Consilii nuncios et ambaxiatores, nobis presentatarum, per nos cum honore et reverencia dcbitis rcceptarum. considérantes quod contenta in ipsis litteris per ipsum j^enerale Consilium absque prejudicio juris D. N. Summi Pontificis et S. R. E. per modum provisionis décréta fuere, quodque nécessitas obediendi iu premissis dicto sacro gcnerali Consilio nos asti-ingit, si décréta sacrorum jjcneralium Consilioruni et sanctorum Romanorum pontificuni super obediencia prestanda generalibus Consiliis édita illibata servare volunius, et pcnas tam in eis quam in dictis generalis Consilii Basiliensis [litteris] conicntas evitare, altendenics scandala gravia que ad prcsens orta sunt, etpericula ingencia que, nisi Deuspro\ideat, proventura verissimiliter sperantur, ad Dei laudem ctlionoremct sue Ecclesie sacrosancte, sine prejudicio D. N. Summi Pontificis et S. R. E., commissionem in dictis sacri generalis Consilii Basiliensis litteris nobis factam acceptamus circa ea que nobis committuntur, quantum cum Dco potuerimus, operam efficacem impensuri. » (Arch. de \aucluse, C 49.]

LA (.1 KHIU; UA.NS l.i: CO.MIAT-N KNAISSl.N 17.')

ncT comme recteur lévèque de Valence '. Quant aux syndics et conseil d'Avignon, ils envoyèrent à lîàle de pathétiques remercîments pour cette « heureuse et glorieuse nomination » qui sauvait du désastre l'état pontifical -.

Déjà cependant la guerre avait éclaté dans le Comtat. L'occasion s'offrira bientôt de revenir sur ce triste sujet. C'était un feu couvant sous la cendre que le décret du 20 juin allumait soudainement. La lutte des principes, le conflit spirituel du pape et du concile dégénéraient déjà, dans la vallée du Rhône, en brutalités sanglantes. Ce n'était pourtant que le commencement.

Eugèiie IV, en présence de cette résistance audacieuse, qui allait en se généralisant, avait perdu depuis longtemps son assu-

1. " Mt-rilo ah obcdiencia reginiinis cl inalc admiiiistraciiinis dicli l'evereiuli patris il(jmini Marci, episcopi et l'ccloris pri;dicti, nos sublraliimus. cum \elud inimicos hucusque nos tracta verit. . . Idcirco ad revcrendissimiim in (^hristo patrem ri domimim domiiiiini Alphonsinn. S. Sedis aposhjlice dyaconuin cai'dinaleni, S. Kiistacii \ id|;'aiiti'r niiucupaluin. lanqnani condominiini cl. ({iiantiim jus aiit constiliiliones seii décréta nos aslrùnf^iinl, tanijiiani ad \icai'iiini in tcniporalibiis et spiritualibus per sacrani Sinodimi IJasiliensem deppulatiini, recurrendo, siipplicanius huniillinie, cum quanto honore et reverencia debemus, quatenus delfcntioncni. liiitioncni et protcctioMcni liujiis (loniitatus l)eiiitrne suscipere dij^^netur, nubis aliqueni valeuteni domiiiiini et prelatiun m rectoreni constitnendo. » (Arch. de Vaucluse, G 49. j — Une autre rédaction du même mémoire, antérieure sans doute à l'acceptation de Carillo, a été publiée par M.J. ("lirard. p. 237-

2. 25 août [1 i32i : " O patres rcvcrendissimi, quani felix et gloriosa fuit illa provisio et est, per quam hec civitas et patria Ecclesic dilectissima, solacitra Montes el unica. Ecclesie sancte Dei conservalur ! In verbo enim veritatis attcstamur <pu>d, silice provisio saiubcrrima non facta aut dilalata plus débite extitissel. (iominium Ecclesie in eadem, quoil Deus a\crtat, pressura el versutia malorum hominum. ecclesiasticam pacem et sacrosancte Synodi robur turbare nitencium. corruissct. » Bibl. de Grenoble, ms. 987, fol. 26 r". . — Les syndics et le conseil d'Avij^nou informeul le concile, dans cette lettre, que la dcputalion de l'Université d'Avignon est en route pour Bàle. V. une lettre d'excuses adressée au concile par celte Université le 12 juillet précédent : elle priait les pères de patienter et expliquait son retard par l'absence de son chancelier, qui n'était autre ((ue l'évcque Marc C.oiulolmario ihid.. fol. 5 i°l.

I7G i;l(;èm-: iv ht i.i; conçu, i; di; I'.ai.k

rance des premiers mois de 1432. Rej^^rettuil-il dès lors ses huiles de dissolution ? Peut-être, s'il prêtait l'oreille aux avis alarmants que lui faisait parvenir la pieuse fondatrice des Oblates de Tor' de" Specchi, aujourd'hui révérée sous le nom de sainte Françoise Romaine •. Peut-être surtout, s'il se souvenait des protestations respectueuses que lui [)rodi^uaienl les pères en 1431, l't s'il song-eait que, pour parer à un danger hypothétique, il avait provoqué lui-même cette explosion de colère et tout cet étalage de doctrines menaçantes.

D'autre j)art, chaque nouveau pas fait par le concile dans la voie de la révolte rendait plus difficile au pape le retour en arrière ; de jour en jour les gens de Bàle s'appliquaient à mieux mériter cette épithète de factieux qu'Eugène leur apjdiquait jadis un peu à la légère : il devenait impossible de renouer avec eux, purement et simplement, les bonnes relations interrompues. Au moins Eugène IV tenta-t-il de trouver un terrain d'entente.

Dès le mois d'avril, en répondant à des messagers de Sigismond, il avait annoncé l'envoi de quelques prélats et docteurs qui décideraient sur place s'il était opportun de continuer le concile de Bâle, mais seulement, disait-il, pour la réforme des mœurs et l'extirpation des hérésies : car, au sujet de la pacification, il se réservait de prendre, comme il l'avait déjà fait, les mesures nécessaires '-'.

Un peu plus tard (26 juin), il avait accepté en principe les conditions qu'était chargé de lui proposer, delà part duroides Romains. Jacques Gelu, archevêque d'Embrun : permission aux gens de Bàle de traiter l'affaire hussite, pourvu que, s'il surgissait quelque grave difficulté, elle fût soumise au pape ou renvoyée au prochain concile ; permission aux mêmes de s'occuper de réforme, pourvu qu'aucune mesure ne fût prise sans l'as-

Page 1