‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 143 sur 257 · Cf. Moniim. Concil., II · texte numérisé non relu

Cf. Moniim. Concil., II

3. Voir une circulaire du 10 mai 1433 que le pape adressa notamment à l'archcvcque de Ravenne, aux évêques de Ferrare, de Modène. de Rcî^^io, d'Imola, de Bcrtinoro, de Sarzana, de Pesaro, d'Urbino. de Cajrli, de Camcrino. de Mantoue (Arch. du Vat., /{e(/. 370, fol. Ht r"). Une autre circulaire destinée aux princes et les priant de hâter le départ des prélats, abbés, etc., porte la date du 26 mai [ibid., fol. 143 v" .

4. Cf. I»e«<sc/ie ReichsLigsuklen, XI, 33; Erich Konig, Ksrdinnl Giordano

(Irsini, p. 66.

5. Sur 1 li, voir .1. Cavacci. Hislnriarum aenobH D. Jiislinœ Patavinœ lihri VI (Padoue, 1606, in-4'^;, p. 197 et suiv.

CKSAUIM MAIMKM; Al M»\ll!|;i; l)i;s l'KKblUK.NTS 225

C()/./.(), arelu'MHjiU' de lari-nU', qui avait tléjà, 1 année pi"écédente, pris contact avec les pères de Bàle. Kniin. faisant violence à SCS ressentiments, le pape confia également la mission de président au cardinal Cesarini '. Ces décisions, dont la dernière avait son importance, furent portées à la connaissance des pères dans une lettre adressée cette fois (( au concile de BiMe » : Eui^ène v renouvtdait l'assurance de son zèle réformateur et ses vœux pour le prompt accroissement du synode (10 mai) '•.

Munis de ces diverses pièces, Jean de Mella, Nicolas Tudeschi et Louis lîaiho se présentèrent devant rasseml)lée j^énérale du o juin et, produisant aussi pour la première fois la bulle du I '( ft'vrier, réclamèrent hardiment le droit de partag-er la présidence avec Cesarini '.

Le pape, disaient-ils, eût voulu venir lui-même, lui étant empêché, il faisait en sorte que le concile pût être célébré sans retard pour les diverses fhis qu'on avait sjsécifiées. Ainsi, de révocation expresse des décrets, il n'était plus question. Le souverain pontife estimait sans doute que l'existence canonique du concile allait seulement commencer : mais cela n'était point dit, tout au plus sous-entendu. On ménageait les susceptibilités, on glissait sur les points délicats. On donnait même à espérer que le temps achèverait d'effacer toute trace de malentendu, et, comme l'insinuaient les nonces quelques jours plus tard, les pouvoirs qu'allaient apporter rarchevê(|ue de Tarente et l'évêque de Traù trancheraient les dernières difficultés ''.

A ces réticences diplomatiques, à cette finesse italienne, les gens de Bàle, qui voyaient clair et qui ne transigeaient pas, opposèrent une franchise brutale . La bulle du I i lévrier ne

1. Huiles (les 7 et 8 mai I i33 {Ampliss. cullecl., VIII, 586, 58"). ■2. Ihid., col. 589.

3. Les nonces tenaient en réserve, et ne présentèrent pas, une bulle, qui ne nous est \)oin[ pnrvcnuv, super l'ocihus prii'siilentiam .1. Ilallor. I, .'îlâ : elle refilait sans doute le pouvoir diserétinniiaire des pi-ésidents.

4. Procès-verbal authentique du 5 juin /oc. c/'/.l.J. Haller. II. 120, 423: cl". I, 311.313. 311.

Le Pape el le Concile. 15

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satisfaisait nullement aux décrets : elle ne reconnaissait au concile ni son existence passée, ni son existence actuelle ; la dissolution subsistait. Les dernières nouvelles de Home prouvaient, d'ailleurs, que le pape était toujours dans les mêmes dispositions. Autre grief : Eugène attribuait à ses présidents un pouvoir excessif ', ne réservant aux pères que le rôle de donneurs d'avis, et paraissait vouloir rayer de son programme la réforme du (( chef )» . En somme, que leur demandait-on ? De laisser ébranler l'autorité des conciles, surtout de celui de Constance, d'où le concile actuel dépendait. Que resterait-il alors de ferme dans rÉglise? Les papes pourraient multiplier les scandales, dévorer la substance du peuple, renverser la foi catholique : cpii donc y mettrait obstacle, s'ils étaient libres de ne point assembler les conciles ou de les dissoudre à 4eur gré ? Qu'ils osent donc dire tout haut ce qu'ils pensent tout bas ! Qu'ils annulent le concile de Constance ! Qu'ils cassent les décrets des Pères proclamant que le saint-siège ne peut rien innover pour tout ce qui concerne l'Église universelle ! A quoi bon couvrir d'ordonnances tant de longues peaux de parchemin, si, d'un mot, Rome peut les détruire ? Les pères de Bâle aiment mieux mourir que de reculer lâchement dans cette conjoncture : car Dieu est en cause. Le sujet du litige intéresse la foi, et, si Eugène n'écoute pas l'Église, qui lui parle par la voix des pères, il ne faudra plus le regarder que comme un païen et un publicain. Qu'il cesse donc de fatio-uer le concile et de se fatiguer lui-même par l'envoi de tant de bulles et par l'emploi de tant de ruses ! Une simple déclaration que le concile actuel a toujours été, sans interruption, et est encore, à l'heure actuelle, un concile véritable, une adhésion pure et simple au synode, une révocation de la prétendue dissolution, c'est là ce que réclament l'honneur du pape et son devoir. A ce

i. Si Ton compare les pmivoii-s de 1133 à ceux de 1131. l'on remarque pour- ,lant que la clause relative au dr^il de Iranslerei-. de jjroroger el de dissoudre le concile a été supprimée.

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prix seulcnu'iit il so rendra agréable à Dieu et aux honinics. Hii-u entendu, il ne |tou\;iit tHre ([uestion (Tadinctlre lus nonces comme présidents.

Après cette découi'ageante i'i''[)oiise, le concile prt'-tcndil encore faire admirer sa mansuétude, cl. pour en donner une nouvelle preuve, conjura Dieu damollir le co'ur d Eugène I\ . de façon à lui épargner le châtiment li'rrible dont Xotre-Seigneur avait menacé ceux qui scandalisent les petits ' .

Grand était li^nbarras des nonces. Leurs instructions les autorisaient bien, en cas de péril pressant, à promettre que le pape ratifierait les décrets du concile, mais à condition que les gens de Bàle consentissent à annuler eux-mêmes ceux de ces décrets qui portaient atteinte à la primauté du saint-siège, à la juridiction du pape, des cardinaux et des prélats '.

()ue faire ? Nos ambassadeurs se bornèrent à demander crédit de quelques semaines jusqu'à l'arrivée des autres nonces; à protester qu'il ne dépendait pas du pape que les scandales imminents ne fussent conjurés; ii rassurer eniin les pères sur les intentions d'Eugène W . 11 ne les regardait pas comme des .schismatiques, admettait qu'ils avaient agi par zèle, leur donnait dans ses lettres les titres de « frères », de « iîls aimés ». Leur cvuvre ne périrait pas ; ils corrigeraient eux-mêmes ceux de leurs décrets qui lésaient la dignité ou l'autorité du pape, des cardinaux, des prélats : tout ce qui serait trouvé juste, le pape l'approuverait. Il ne manquerait point de ratifier notamment le décret de la dernière session, qui assurait de la façon la plus stricte la périodicité des conciles.

Or, les pères venaient justement de recevoir une lettre de

1. llcpuiisc lue le H) juin 1133 (ms. lie la Ma/.ai-iue 1681. fol. 23-26; Mnnum. Coiuil., II, 373-377).

•2. J. Haller. I. 31». — C'était à peu prés l'exiiédient que prccouisail, le l'.'juin. lo cardinal (le Hochclaillco voir sa loltro adressée, de llàle. à Gaspard SchlicR. Deitlsclie Iteiclislunsuliten. \l. Il : il se :iiéi)ieuail évideninicnt sur les dispositions eonciliantes des pères.

22S l'A VK.KMlii: 1>L" elONClLlO

Si^ismontl iiKliquaiit que le pape et son entourage se plai^niaient du décret en question.

Tudeschi essaya aussi de soutenir que la fameuse bulle de dissolution était l'œuvre collective de toute l'Eglise de Rome. C'était jouer de malheur : deux des cardinaux présents, Gorrer et Rochetaillée, avaient une manière dilTérente de raconter les faits, et un troisième, Castiglione, qui avait jadis, de loin, désapprouvé la mesure, émit l'opinion que, ce jour-là, comme d'autres, Eugène IV s'en était rapporté à lui seul.

Les nonces osèrent aussi, mais assez timidement, se risqvier sur le terrain de la doctrine. Ils citèrent saint Jérôme, saint Ambroise, Gratien,pour prouver la supériorité de l'Eglise romaine et l'obligation d'oljéir au soviverain pontife. Ils tentèrent, par un exemple d'ailleurs fort mal choisi ', de ruiner la théorie de l'infaillibilité conciliaire -. Mais là, ils se heurtèrent à un adversaire trop redoutable.

Cesarini, celui-là même que le pape venait d'investir, en même temps que les nonces, des fonctions de président, et qui refusait d'user de cette investiture \ se retournant violemment contre ses prétendus collègues, réfuta une à une toutes leurs allégations. Qui nie l'autorité de l'Église ne marche pas dans la voie du salut : c'était le cas d'Eugène IV. Le plus grand de l'Église, il l'était, oui, sans doute, mais non plus grand que toute l'Eglise. Que de papes avaient été déposés avant lui ! Et ici Cesarini,

1. Sous prétexte que la bulle de déposition de Frédéric II avait été fulminée, eu 1245, dans le concile de Lyon (Sexte, lib. II, tit. xiv, c. 2), Jean de Mella crut pouvoir tirer argument du langage suivant tenu dans cette bulle par Innocent IV : « Fecimus... proponi... quod, si Ecclesia eum in aliquo contra debitum heserat (quod non credebat , parata crat corrigere ac in stalum debilum reformare. •> (Monum. Concil., II, 380.) Le pape n'avait fait que rappeler une démarche conciliante; il n'avait point eu l'idée de se prononcer pour ou contre l'infaillibilité de l'tglise universelle.

2. Ihid., p. 378-380 ; J. Haller, II, 429. Cf., dans le ms. 118 (p. 125-127) de la Bibl. Angélique de Home, le texte de 1' « Eshortatio ad Concilium facta ab ambas-

siatoribus Pape ".

3. Procès-verbal authentique du j juin ioc. f//. ; J. Hallci , I, 420.

OPPOSITION ÎRRÉDITTIIII.F. 229

comme précédemment, en était réduit à alléi^fiier, outif les exemples récents de l'époque du Grand Schisme, les cas imaginaires de Libère, de Jean Xll v[ <lu prêtre Anastase. Les nonces, continuait-il. avaient cité un texte favorable à la suprématie romaine : il v(d \ni lacilementleur en opposer beaucoup d'autres; mais, sur ce point, la divergence des tloctrines avait fait place à l'unité depuis la délinition de Constance. Au surplus, Eugène IV avait-il notoirement scandalisé l'Eglise ? Oui, certes, en adressant à tous les princes sa bulle de dissolution et, malgré tant d'instances, en refusant de la retirer. Comment osait-il donc se présenter en juge devant im concile réformateur, qui devait le juger lui-même, et comment parlait-il de faire présider ce concile en son nom ? A entendre les nonces, il ne s'agissait que d'une vaine question de point d'honneur : non pas, mais de réparer le scandale de la dissolution, et d'obliger le pape à reconnaître l'autorité de l'Eglise, représentée par le concile de Bâle !

Cette fois les nonces se turent, et leur silence prolongé fut interprété comme l'aveu de leur impuissance à répondre 10 juin). Les pères exultaient ^ .

Du moment qu'on repoussait les ouvertures de paix présentées au nom du saint-siège, il fallait se disposer à continuer la guerre. Cependant, à mesure que le concile prenait plus d importance, il se sentait moins libre de ses mouvements. Cette gêne relative était la conséquence des recrues nombreuses qu'il avait faites, des hautes adhésions qu'il avait obtenues.

Le mot d'ordre nouveau donné par Eugène l\\ ;i partir du

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