La Fr. et le Gr. Sch. dOccid., IV, 409, :i
LE PAPK RFGREÏTE l.i; CHOIX DF. l'AVIE 5
Mais Pavio, c'était le séjour du tyran le plus fantasque, le plus intrifi^ant, le plus cruel. Maitin V avait traversé, en revenant de Constance, les états de ce duc de Milan '. Le splendide accueil qu'il y avait reçu n'avait pu e (lacer de sa mémoire le souvenir du supplice de la duchesse Béatrice de Tende, torturée et décapitée par ordn» de s(»n époux ({uelques semaines auparavant. Il avait vu de près la tète ronde . les yeux jaunes, la barbiche en pointe et le cou démesurément ^ras de ce Philippe-Marie Visconti, dont les traits nous sont familiers, ^râce surtout à Pisanello. L'homme avait peur de tout: de la foudre, des poisons, de la solitude, de l'obscurité ; la nuit, il chan<^eait de lit jusqu'à trois fois, pour dépister les assassins. Les oraisons qu'il nmltipliait atout moment du jour attestaient sa timidité superstitieuse ~. Les dévots de cette espèce sont gens fort dangereux, et Martin V ne se souciait guère de refaire connaissance avec lui, alors même que les nécessités de la politique le rapprochaient de l'adversaire naturel de la rép\il)lique de Venise. Connaissant par expérience le rôle prépondérant qu'un prince peut jouer dans un synode, il appréhendait le trouble que jetteraient parmi les pères la ruse et l'or du Visconti.
S'il eût dépendu de lui, Martin V eût peut-être dès lors renoncé à tenir le concile à Pavie. Il eût probablement fixé son choix sur Pise'^ C'est, du moins, ce que crurent comprendre les envoyés des Florentins, qui, à plusieurs reprises, s'elforcèrent d'attirer le concile sur leur territoire^.
1. 11 a\;iil srjrniine' à Pavie ou à Milan du ti au 19 octobre I IIS (noie do V. Miltcnbcrgcr, reproduite dans la Uihl. de l'Ecole des chartes, LV, ]S9i, ]). 720 .
2. Muratori. XV. 1007. 1000, 101.}, lOlG ; .Encas Sylvius, Dç rébus Basileie (fcstis (Ch. Fca, l'iiis II. fjonlifex maximus.a calumniis vindicntiis, Rome, 1823, in-S"), p. 4.3.
.3. (^oininissioni di Itinaldo dajli Albizzi, puhl. pai- C. Gunsii Dociimenli di stnria ilaliaiia. Florence, 1867, in-4»), I, 306, 308.
i. .Vinsi, au mois d'octobre I 121. Martin V répond d'une manièie évasi\e aux ouvertures des Florentins : il viendrait, en tout cas, à Florence; celte ré]mblii|ue était son bâton de vieillesse. Au fond, il redoutait, disait-on, la colère de Fliilippe-Marie. (|u'il savait être son ennemi secret ibid.. p. 320,. 322, note .
b .MARTIN V El LE CONCILi: DE SIENNE
Une étrange hésitation apparaît également dans une réponse du pape à l'Université de Paris. Bien déchue de son ancienne splendeur ', la vieille école n'en continuait pas moins à prendre en mains les intérêts généraux de la chrétienté. Par lettres du 13 mai 1122. elle avait cru devoir rap])eler l'échéance prochaine au pape, aux cardinaux et au roi des Romains. Puis un de ses envoyés s'était dirigé vers Home-; un autre, que l'on retrouvera souvent dans ce récit, le dominicain Jean Stojkowich, de Raguse, avait pris le même chemin, après avoir été haranguer Sigismond '. En réponse à ces ouvertures, Martin ^^ écrivit que le besoin du concile se faisait eiFectivement sentir, que, pour sa part, il était résolu à le tenir, et que les maîtres, de leur côté, feraient bien de réfléchir aux motions les plus propres à réaliser la réforme, l'extirpation des hérésies, la pacification. Mais il ajouta: « Si, ce qu'à Dieu ne plaise, quelque circonstance surve- « naitqui fît obstacle à la célébration du concile à Pavie, il reste- « rait toujours la ressource d'assembler le synode dans une des (( villes voisines delà cour de Rome '. » Singulière prévoyance, qui prouve sans doute que Martin V, dès ce moment, s'accoutumait et tâchait de préparer les esprits à l'idée d'une translation du concile en quelque lieu de l'Italie centrale !
Gela est si vrai que Martin V avertit presque dans les mêmes termes l'archevêque de Trêves : « Si quelque circonstance, ce « qu'à Dieu ne plaise, rendait impossible la réunion du concile à « Pavie, nous ne renoncerions pas pour cela à une œuvre si sainte. « La même région renferme d'autres villes propres à la tenue « d'une assemblée : souhaitons que Dieu, dans sa miséricorde, nous « laisse la liberté du choix ! »
1. C'est elle-même qui lécril, en 112j : k Sat passi sumiis, supra modum sparsi et, quod dolenter referimus, a veteri gloria nostra... iinminuti. » (H. Denifle, Chartiil. Univ. Paris., IV, 439.)