lA vinoiiii; i>r coNni.r
cette dernière tentative de résistance et, découragés, n'eussent tini par joindre leurs instances à celles du Vénitien '.
Ainsi les partisans les plus sûrs d'iuigène IV, ses plus dévoués alliés étaient unanimes à jug-er c[u"il n'y avait plus pour lui qu'un parti à prendre, celui de la capitulation.
Cependant nous sommes loin encore d'avoir mesuré la profondeur de la détresse où se voyait réduit le pape. Il est tem[)s de jeter un coup d'œil sur l'état de Tltalie centrale.
\]i\ condottiere dont Eugène IV s'était beaucoup servi pour combattre le Préfet, allié des Golonna % Nicolas délia Stella, surnommé Fortebraccio, s'était bientôt rendu insupportable tant par ses cruautés que par ses déprédations et ses exigences. Un des amusements de ce petit homme sec et avide était de faire lier aux arbres des malheureux qu'il laissait ensuite périr de faim. Comblé de faveurs, pourvu de titres magnifiques, mis en possession de Vetralla et de Borgo San Sepolcro ■\ il n'en réclamait pas moins des sommes considérables, qu'il prétendait recouvrer de force sur les sujets des Etats pontificaux '.
(v. plus loin, p. 296 . On y l'iiit rapolojjie de la politique du pape, ou y justifie le projet de translation du eoneile à Holofiue. On s'iudij;ne du relus d'admettre les présidents, des doutes soulevés au sujet de l'éleclion <rKujirène I\'. etc. On rappelle enfin aux princes les exemples de David et de Josué : <■ Vos autem, optimi principes omnesque Christi fidèles, exper^'isciniini tandem... Abrite adversus Christi vineani a^rumque dominicum dévastantes... »
j. MoniiDi. (Ujnril, 11, j63:J. de Torquemada. Siimnin de lùulesia. lih. 11. cap. 100.
2. N. dellaTuccia, p. 117, J 19 : Xeri C'.apponi (Murât., .WIll , col. 1 175. CI'. Arcftivin deUa Sorielà liomitnu di sloria piitrin. 1887, p. 412.
.3. G. Morelli, lîicnrdi Delizie defili eriidili Toscani. XIX, 107 : Cron. del (iraziani, p. 360,363 ; Ant. dei Ve^hi, (Jron.d. cilla di l'eriirjia (éd. Ar. Fahrelli, Turin, 1888, in-8"), 11, 10:0. Scalvauti, dans lioUetl . d. Soc. L'inhra di st. pair.. Xll (1906), p. 302.
4. V. sa lettre du 2S janvier 1433 aux ^ens d'Orvieto L. Funii, (U)dive diploiualicn di'll.i rillù ,r()rripln. Florence, l8Si, iu-lol.. p. 693 .
RÉvui-iK m: roRTFUHAr.CKi 2ÎI.")
Dans l'impossibilité (k- lui faire entendre raison, Ku<|;ène prit le parti tie lui oi)poser un rival, Michel Atlendolo, un autre condottiere, (|u"il emprunta aux l'iorentins ^ivril I i33j '.
Malheureusement, celait la guerre, et une |,merre qui, en dépit de TavantaiJ^e numérique, tourna [)res(pie touj(»\u"s à Tavantaq-e de Fortebraccio '.
Donnant la main aux Colonna, qui relevaient la tête, et a son ancien adversaire Jacques de Vico, Nicolas délia Stella 'jfiwda Vetralla comme base de ses opérations, mais étendit ses incursions dans toute la Gampag-ne romaine, et ne se fit point faute de battre les forces papalines partout où il les rencontra, non plus que de prendre et de saccag-er les places qui se trouvèrent sur son chemin. Les troupes pontificales, mal payées, mollissaient. On ne pouvait plus entrer à Rome ni en .sortir .sans escorte : l'épouvante rég-nait '. Le 2o août, Fortebraccio s'empara du Ponte Molle, qu'il ne put, d'ailleurs, garder que cpielques • jours, puis du Ponte Mammolo, du Ponte Salaro et du Ponte Nomentano : les routes de Rome étaient coupées. La plupait des troupeaux de la Campagne, de nombreux prisonniers tombèrent entre ses mains. Vu de ses lieutenants faillit s'emparer de Tivoli '.
1 . Los Florcnfins, prévenus. déCendipenl, vers le H mai. de l'oiiniir dos vivres à F.)rtehraccin ou délivrer [jassajre à ses soldais 'Pellegriiii, SnlUi repuhhlicH Fiorctilirut .1 lempo di Cnsimo il Vecchio, Pisc. ISKO. in-S", p. ccxlix).
■J. V. un ordre du -Js juillet à tous les vicaires, feudalaires. officiers ou coniuuuiautés soumis au pape de traiter en ennemis les f;eus de Fortebraccio : <> Quin ymo ipsos totis viribus expujrnetis 1 » ^Aroh. du \'at . . Annnr. XXIX. t. IT. t'nl. \'M r".
:\. N. délia Tuccia. p. ITl, I2t)-12H: FI. Hinndn. déo. III. lil). v ocl. do ITiSF. p. ifiO, 472; Cron. del Gniziiiui. p. 366, :î6S; Simonota Mural.. .\.\1S ool. 22:): Neri Capponi, col. ll7!t..T. {',u\\\wi\. L'KInl pnnli/icul .i/ho.s le (inuid Schisme, p. on. '.y.\. 157, 181 .
;. N. dalla Tuccia, p. 129: l'aolo dolU. Maslro Archivio d. Soc. Rnm. di si. Ijiilr.. .\VI , p. 83: Inlessura .'d. Tomniasiui . p. 30 ; FI. Hiondo. p. 173: Igu. Ciaiupi, Cronuche... di Vilerho. p. 129; Cj-0(i. (/o/. ';r.i:/<i»(. p. 373 : CiniiKuano luf-diiranii Archirio slnrico il;ili:tiio, 5' série. I. iHs.s. p. \s.. — Le eomle do F.uidi. Christophe Caetani. iliuuiail aussi des iutpiioludos au sainl-sio(;e. Le 2i juillet 1 'i33, Eufîène l'exhorte à rester fidèle à l'Kfflise, <• etsi mulla de te nobis sub};esla fuerunl quibus, si vera extilisseiil. nuu i)arum fuisseinus perlurbali •> '.\reh. du Val., lieij. 37(1. loi. I.jO v"'',.
2n() l.A NICinlIii: m t,(iN(.ll,K
Pour coml)U> d'audace, Fortebraccio osa se parer du titre de capitaine de l'I^glise. Il prétendait tenir ce mandat du concile de Bàle, en même temps que la missionde récupérer les places et terres induement aliénées. Ceux ([ui, dans les huit jours, ne faisaient pas acte de soumission au ccnicile, c'est-à-dire à Fortebraccio, s'exposaient à perdre la liberté et tout ce qu'ils avaient de plus cher : l'impitoyable conquérant se faisait fort de vendre et de disperser leurs l)i('ns. leurs femmes et leurs enfants aux quatre coins du monde '.
Plusieurs jours il campa à Sainte-Ag'nès-hors-les-Murs. Le pape, effrayé, se réfug-ia au Ghàteau-Saint-Ang-e, en attendant d'établir sa résidence en un quartier central de Rome, à la Gancelleria. Puis, tandis que le condottiere poussait sa pointe successivement à xAnagni et à Subiaco, dont il enlevait les châteaux forts et rançonnait l'abbé, le jeune cardinal Prosper Colonna s'enfuyait comme en 1431, déguisé cette fois en homme delà campagne et feig'nant d'escorter un troupeau ; il rejois^nait ses frères, notamment l'incorrig-ible prince de Salerne, qui. oubliant un [)ardon renouvelé à plusieurs reprises, déclarait de nouveau la guerre à Eugène l\ et s'avançait jusqu'à Saint-Paul '-.
1. N. (lella Tuccia. p. 129 : FI. Biondo. p. 477. — Dans le projet d'encyclique rédigé au uiiui du sacré C(jllèjjfe il est dit que les j^ens de Bàle ont déchaîné contre le pape le sacrilcjje, l'incendiaire Fortebraccio, qui a dévasté tout le Latium : » lia enim se scribit ille : sacre Si/nodi sancteqiie Hoinane Ecclesie cupitaneiis (jeiieralis. » lîibl. Laurenlieune, |)lut. x\i, ms. 13, fol. l.'59-li7.) V. encore une lettre écrite par Fortebraccio aux moines de Farta, du camp devant Tivoli, le 6 septembre : il s'y arrofje le droit de contirmei- le futur abbé Mansi, XXXI, 179).
2. FI. Biondo. p. 473 ; N. délia Tuccia. p. 129 ; (Jron. del Graziani. p. 373. ; Antonio dei ^^eglu, II, 12. — Dès le 16 février l i32, Antoine Colonna avait i)rolesté en secret contre sa soumission forcée et interjeté appel au concile (Coppi, Meinorie Colonnesi compilale. Rome. 1855, in-8°. p. 190). Cependant le pape avait accordé une nouvelle rémission aux Colonna le 15 mai 1 132, pour tous les faits qu'ils avaient pu commettre et qu'ils passaient pour avoir commis postérieurement à la bulle du 12 septembre 1431 (Arch. duVat., liée/. 372, fol. 9 r"). Des lettres du 17 juin et du 8 juillet 1432 prouvent qu'Antoine et son frère Edouard étaient rentrés dans le devoir Reg. 370, fol 88 r", 93 r"). Eugène IV n'en expédia pas moins, le 24 juillet, une nouvelle rémission séLcndant aussi aux incursions récentes d'Etienne Colonna sur les territoires de Rome et de Tivoli Heçf. 372, fol. 34 r"). Le 7 mai 1433, Eugène constatait encore que les Colonna étaient tîls dé\-ots de l'Église et, eu conséquence, défendait de leur caiiseï' aucun tlonuuage Hei). 370. fol. 1 lo^^v" .
GUERRK lAIIK AI NOM [tC CONCILK 297
Le pape n'eut d';mtre ressource (jue de réédilfr les anathèmes et la sentence de conliscation fulminés deux ans j)lus tôt contre les Colonna (9 octobre)', |)uis île se plaindre à llùiipereur de la perlidie d'adversaires (pii, pour vaincre sa juste résistance, livraient les États de ll^^lise à l'incendie et au pillage. Ces dernières expressions feraient croire qu'il i)renait au sérieux la prétendue mission dont Fortebraccio se disait investi par les pères. Cependant le pape invitait le concile, ainsi que Sigismond, à désavouer ces forfaits 13 octobre)-.
Vainement, après Attendolo, Euj^ène appela à son secours l'adroit Vitelleschi, avec tout ce que celui-ci entretenait de troupes dans la Marche: Fortebraccio sut lui tenir tête -^ et bientôt la nouvelle du soulèvement de Pesaro obligea le belliqueux évêque de Recanati à reprendre à marches forcées le chemin de sa province'. Presque aussitôt Assise tomba au pouvoir de l'ennemi, qui réussit entin à mettre la main sur Tivoli '. Parvenu à oe point de son récit, le secrétaire Flavio Biondo compare l'Etat pontifical à un vieil édilice qui croule.
Fortebraccio avait-il bien en mains des pouvoirs du concile? Avant de répondre à cette question, il convient de remarquer
1. Theiiier. Codex diplomal. dominii lempor. S. Sedis. III, 322.
2. Rinaldi, IX, lâ8. — Dès k- mois de juin. Sigismoncl s'était plaint à lîàlc qu'il y eût des légats créés, des capitaines déléjrnés. des gouverneurs de terres nommes par le concile (Deutsche lieithslngsatiten. XI. 35 .
3. Plusieurs fois on le crut \aincu. et l'on envoyaà Rome des bulletins de victoire (FI. Biondo. p. 473). La nouvelle même de sa défaite totale parvint à Hàle ; voici ce qu'écrivait, le 3 octobre 1 433, l'évéque de Nevers au chancelier Holin : « De novis Rome heri vcnit nuntius qui retulit Forstbrache capitaneum esse des- Iructum i)er jrentes Pape. « (Bibl. nat.. ms. ];it. l.'iis. fol. 19.)