Rin.ildi. I\. 2. 3; Mansi, XXVIII
l't MARTIN V ET LK CONCILE DE SIENNE
sainl-père tout ce qu'il leur avait demandé, sans rien stipuler par écrit en échangée. Et ils conjurèrent de nouveau le vicaire de Pesaro de leur obtenir cette huile de réhabilitation qui leur était plus que jamais nécessaire ^
Malatesta avait répondu d'avance à leur supplication. Martin V refusait de leur octroyer cette bulle précisément parce qu'elle eût été en contradiction avec son encyclique. 11 devait leur suffire de se savoir aimés du pape. Le saint-père, résolu à oublier le passé, saisirait toutes les occasions de leur manifester sa bienveillance ~.
Force fut aux Siennois de se contenter, en effet, de ce pardon et de ces assurances. On ne les voit plus réclamer, dans la suite, qu'en faveur d'un personnage dont le nom est célèbre, et reparaîtra plus tard dans ce récit. Nicolas Tudeschi, le fameux ca-
1. « Propter que vcrba non par^•a inter cives nostros murmuratio insurrexit... Scitis, frater carissime, quod liberaliter, nuUa pactione vel con\cntione fada, \ enimus ad consentiendum omni intention! sanctissimi Doniini nostri et vestrc Magnificentic : et qualis fructus sit secutus per efTectuni clare liquet... » {Copia lellere del Concistoro, n'' 1623.)
2. Lettre écrite par Malatesta, le 9 avril, en réponse à la lettre des Siennois du 3 : i< Intellectis hiis qucmichi per vostras litleras intimastis circha materiam litterarum directaruni vobis per sanctissimuin doniinuni nostrum Pa]>am, conlulimead pedes sue Beatiludinis, et, i-ecensitis omnibus que vobiscum §^esserani, una cum rCAcrendo in Clu-isto pâtre domino Thesaurario, episcopn ^•estr<1, qui pcrl'cctc in hac re plurimum operatus est, sue lîeatitudini supplicabam ut liuliam suam vobis, in ea forma quam pctitis dij^naretur concedere, ])ro expurgatione infamie vobis date. Sed visum non fuit Sanctitali sue nec gravitali apostolice conveniri, precipue propter quasdam protestationes et appellationes factas ])er nonnullos ([ui in Concilio permanebant. litleras in alia forma abscjuo scandale voljis posse conccdcre. Ncc honcstas pacicbalur alias lieri. l'>t, si lierel, non prodesset intention! vestre, quia jam publicala sunt gesta in Concilio et, per instrumenta aulenlica ad di\ersas niundi jiarles transmissa. ad multorum noticiam jam deducta. Sed profcclo sufficit vobis singularis et bona affectio ipsius Domini nostri, qua vos complcctitur sicul fdios predilectos. Et certissinie sint Magnificentie vestre quod idem Dominus noster, aljolita prorsus preteritorum mcmoria,est optinic disposilus erga vestram Gommunitaleni et universos cives •- estros. quibus intendit. tan([uam suis pcculiariis liliis, ubi et quando expedicns fuerit, sincera intentione cl benivolentia in singnliscomplacere. . . Demum, magnilici domini et patres mey. rogo et obsecro Magnificentias vestras ut, sicut scribitis, ita agere velitis, et esse, prout seniper fuislis, Sanctitatis sue devotissimi filii cl lidclissimi servilorcs. » — Le H» avril, quand il eut reçu la lettre des Siennois du 12, Malatesta leur répondit en une lettre dont les termes reproduisent en grande partie ceux-ci Cnjiiari di letlere direlle al Concistoro, liasse 49).
RÉf.ONTlUATION Dl' l'AIT. KT I)F,S SIKNNOIS 7o
nonistc appelé •rénôralemeiit .> le Paiinnnilain », et qui avait ensei«'-né à Sienne avec éclat, venait déjouer dans le concile un rôle que ses biog^raphes ont passé sous silence. Sujet du roi d'Araf,^on, il se pourrait qu'il eût été mêlé aux intrigues de l'ambassadeur d'Alphonse. En tout cas, on craignait, à Sienne, que, par ressentiment, le pape lui refusât une promotion qu'on désirait solliciter pour lui. Ce fut l'occasion de lettres pressantes écrites, le 27 mai, à l'évèque de Sienne, k Malatesta. aux cardinaux et à Martin ^' lui-même •. La répon.se fut favorable : le pape, comme il l'avait promis, oubliait tous ses griefs -, et, en même temps, faisait offrir aux Siennois de nouveaux avantages par son vice-camérier, Louis Aleman, qui, dans cette circonstance, tint le consistoire .sous le charme de son éloquence. Les Siennois, cette fois, se confondirent en remerciements -^
1. La lettre au pape notamment s'étend sur les vertus de Tudeschi et sur la gloire qua procurée à la ville son enseign.-ment. Sa délense y est présentée en ces termes: " Nichil quod fore putaverit contrarium stalui vestro promovit. sed solum. una oum Comnumitate noslra. intendebat quod dissolutio Concilii non fieret repentina. sed taliler quod procederel cum omnium unanimi concordia et volunlate... Et in fine, cognita intentione dicte Beatiludinis, in suorum pn-iatorum abscntia plura sibi favorabilia nobiscum ^-essil. Allamen, quomodocumqnc rcs se habeat. hec omnia post [o]periri debcnl, cf, si animadverterctur ad ca, contra promissiones nobis factas pcr dictum maj^nificum dominum Malatestam et vestras apostolicas literas factum esset. » 'Copia lellere del Conclslnro. n" 1623.^
2. La réponse de Malatesta est datée de Rome, le S juin : -■ Recepi litteras Mapnincenliarum vestrarnm quibus scribitis intelexisse quod, volentibus aluiuibus Iractare promotionem quamdam pro fanicsissimo decretorum doctore donuno Nicolao de Sicilia, coque negotio deducto ad aures sanctissimi domini nostri Pape, nedum consentire voluerit. sed ostendidit sic) sua Sanctitas nomen ejus exosuni liaberoi)roptereaque opcratus fuerit in Scnensi Concilio.etc. Respondeo(iuod, in specto vestrarum literarum tenore, fui ad pedes sanctissimi Domini nostri et con tinentiam ipsarnm explicavi. Qui michi res|)ondit veritatem Magnificentiis vestris snper hiis non fore porectam, et quod promissiones enarratas per literas Sanctilatis sue alqueporme,potestate e.jusdein. illi mafrnificeComnuinitati Senensi sinceris intendil consequi afectibus, et quod minime oppositum credere deberetis. .. (Copiari di lellere diretle al Concislnrnjiasfie i9.)— A peudetempsdelà, Tudesclii obtint de Martin V l'abbaye de Maniaci. au diocèse de Messine (avant le 10 janvier 1125; Ed. Preiswerk. Der lunfliiss Ar.iijnns aiif den Prozess dex Basler Konzils geçfen Papsl Eiigen IV, Bàlc, 1902. in-8°,p. 18, note I).
a. V. leur lettre émue du 3 juin au pape : <■ Plurimas oblationes tam copiose, elejjanter et exornalissime nobis exposuit quod calamo non possemus exprimcre, nec putamus quenquam esse qui vehemeutins loqueretur. » {Copia lellere del Concisloro, n" 1623. j — Louis Aleman se rendait alors en Romagne, où il venait
Martin V, par l'entremise de Févêque Casini ', leur renouvela l'affectueux témoignage de son entière satisfaction -. Entre le pape et la république tout nuage était désormais dissipé.
YIII
C'est ainsi que finit le concile de Sienne, sans avoir même entrepris aucune des œuvres qui, originairement, étaient inscrites à son programme, n'ayant fait qu'enfoncer, pour ainsi dire, des portes ouvertes, puis poser de vagues jalons et annoncer, une fois de plus, cette réforme générale dont il était question depuis quinze ans, mais qui, par suite de je ne sais quel mirage, s'évanouissait toujours au moment où l'on croyait l'atteindre.
Dans cette faillite regrettable, sera-t-il possible de faire la part des responsabilités?
Il serait puéril, je crois, de s'en prendre exclusivement aux légats et d'insister, comme Jean de Raguse -^ sur le châtiment providentiel dont trois d'entre eux furent frappés, ayant suc-
d'ètre nommé légat, par bulle du 25 mai G. Pérouse, Le cardinal Louis Aleman, Paris, 190 i. in-8°, p. 5S).
1. La popularité du prélat avait été fort ébranlée, à Sienne, par suite de la dissolution, dont, en qualité de trésorier du pape, on le rendait responsable. A cette occasion le consistoire lui avait adressé, le 24 mars, ime lettre rassurante : « De infamia vobis data dolemus una vobiscum. Scitis difficultatem esse retinere linguam plebium... Excusationes auteni vestras acceptamus. nec alias requirimus probationes. >> [Copia leltere del Con-istoro, n" 1623.)
2. V. les lettres d'Antoine Casini des il et 14 juin [1424], classées à tort, aux Archives de Sienne, parmi les lettres de Tannée précédente. .le lis dans la première : « Magnifici et excelsi Domini, pridie sanctissimus Dominus noster per latorem presentium recepit magnilicarum Doniinationum vestrarum litteras, et michi sua Sanctitas comisit eidem vestre Magnificentie respondere quod predicte littere sue Beatitudini pergrate fuerunt et vos. tanquam devotos fdios Ecclesie, videt afTectuosos ad statum Ecclesie et Bealitiidinis sue. >> Copiari di leltere dirette al Concistoro^ liasse il.)