I. .T. Ilaller, Co/if/7/»;)i Unsiliense, I
CONSTITLTION DK I i2.'> 83
On remarquera toutefois combien cette réforme, essentiellement pontîtîcale, si 1 on peut s'exprimer ainsi, différait du proj^ramme développé dans la '< nation française » du concile de Sienne. Martin V avait soigneusement exclu de sa constitution tout ce qui pouvait porter atteinte aux pérogatives du saint-siège. Bien loin de vouloir affaiblir, il ne songeait qu'à fortilier la puissance de Rome. Pour ne prendre qu'un exemple, le régime bénéficiai établi en 1 12") pour cinq années nouvelles marquait non pas un recul, mais un progrès de l'autorité apostolique, si on le comparait au réginu" antérieur : ce n'était plus pendant la moitié, mais seulement pendant le tiers de l'année que les collateurs ordinaires conservaient le droit de pourvoir aux bénéfices « étant à leur nomination-) K Martin \ poursuivait loyalement l'amélioration tle la société religieuse, mais il ne la concevait pas sans un chef tout-puissant. S'apercevant que le concile de Sienne n'avait pas tout à fait la même manière de voir, il avait cru pouvoir se passer de sa collaboration.
Ce n'était, d'ailleurs, que partie remise 2. L'échéance inévitable du nouveau concile qu'on était convenu de convoquer à Bàle apparaissait dans le lointain, et l'intervalle même de sept ans qu on s'était ménagé ne devait point s'écouler ,sans réclamations ou démarches tendant indiscrètement à raccourcir ce délai.
Du Jour où Ion comprit, en effet, que Martin V répugnait à la réforme conciliaire, il était indiqué qu'on usât de cet épouvantait pour obtenir du souverain pontife telle concession ou telle autre.
C'est sans doute à un calcul politique de ce genre qu il faut attribuer une démarche du roi des Romains provoquée par la république de Florence, au dire de Martin V : le pape s'en plaignitaux Florentins dès le commencement du mois de juillet 1 i2i.
\. Ilist. de lu Pragnial. Sancl. de Bourges sons Charles VIL p. xwi ot suiv.
2. L'iniliclion du concile de Bàle dut être notifiée de tous côtés par des messages pontificaux, de même que la dissolution du concile de Sienne : c'est ainsi, par ox 'mple. que le chapitre de Besançon en lut avisé le 9 août 1 i2i (.4rc/i. du Duuhs.
8i MAnriN v in i.i: concilk dk siknnk
A l'entendre, Sigismond, livré à lui-même, se lut j)eu soucié de la réunion plus ou moins hâtive du concile de liàle '.
Une démonstration plus bruyante fut celle à laquelle se livra, en 1423, le gouvernement an^i^lais. J'ai dit ailleurs - par quelles extraordinaires faveurs le duc de Bedford avait essayé de se faire payer l'appui prêté à Mai tin V lors de la dissolution du concile de Sienne, et comme le pape avait opposé une fin de non-recevoir à presque toutes ses demandes ; la déception qu'en ressentit l'oncle de Henri VI eut pour etfet de le transformer en un défenseur zélé des « libertés gallicanes » ; elle eut aussi pour résultat d'inspirer aux Anglais l'idée de réclamer impérieusement la tenue du nouveau concile, comme s'ils n'avaient pas eux-mêmes contribué plus que d'autres kla dispersion du premier. Ce fut l'occasion de messages envoyés par le roi d'Angleterre k quantité de princes, aux Électeurs de l'Empire, àJagellon, roi de Pologne, à Vitolde, grand duc de Lithuanie, à Eric, roi de Danemark, de Suède et de Norvège, à Charles III. roi de Navarre -^ k Jean T'', roi de Portugal, et k celui dont on était sûr d'avoirle concours pour toute intervention désagréable k Martin V, au roi d'Aragon Alphonse V. On tint au courant de ces démarches les ambassadeurs que ces divers princes entretenaient en cour de Home ''. Enlin une ambassade anglo-française, ayant k sa tète
1. Martin V, en nicme temps, reprochait aux Florentins davoir invité Alphonse ^' à faire venir l'antipape en Sardaigne et d'avoir exhorté plusieurs Siennois à déclarer que le concile de Sienne ne s'était point tenu canoniquement. Les Florentins repoussèrent ces diverses accusations. Toutefois, au mois d'octobre 1125, le pape se plaignait encore que des Florentins eussent réclamé la tenue du concile de Haie Cominisftioni di /{ma/do de;fli Albizzi, II, 95, 96, 437).