‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 60 sur 257 · I.A SKIMFlCMKtN DU POMIFltiAT · texte numérisé non relu

I.A SKIMFlCMKtN DU POMIFltiAT

quelque chose de la quiétude qui respire dans l'adiuirable image "de bronze de la confession de Saint-Jean-de-Latran.

Il mourait cependant juste à temps pour que cette sécurité ne ristjuàt pas dètre soudainement anéantie.

La réforme, on le sait, avait été non pas perdue de vue, mais trop souvent écourlée ou ajournée à d'autres temps. Le mal résultant du relâchement général et des guerres s'était accru, dans des proportions terribles, du danger que faisait courir à l'Église l'hérésie triomphante en Bohême. C'est du concile que beaucoup de chrétiens attendaient le remède : il semblait long k venir. La patience des fidèles était à bout, beaucoup plus qu'il ne paraissait peut-être. En tout cas, il ne fallait pas compter qu'un nouvel ajournement pût impunément se produire : comme l'avait signifié le placard du S novembre, le concile, cette fois, était inévitable.

Autant dire qu'il allait se croire omnipotent.

Et c'est k ce moment redoutable que la main qui avait si adroitement et si fermement dirigé, depuis treize ans, la barque de Pierre laissait échapper le gouvernail! Fatale circonstance, qui explique en partie les traverses dans lesquelles l'Eglise, une fois de plus, allait manquer de périr !

GIIAPITUK II

ErC^KNE IV ET LE CONCILE DE BALE

PREMIER CONFLIT (143i-tévrier 1433)

D'un conclave fornu' dans le couvent de la Minerve ressortit pape, le 3 mars 1431, un vénitien, Gabriel Condolmario ' ou Condulmier, autrement dit, le cardinal de Sienne.

Venise l'avait emporté cette fois, et, pour l'ambitieuse sei- «i^neurie. cette victoire relif^ieuse coïncidait avec lextension plus grande du territoire et le plein épanouissement de la fortune publique. Le nouveau pape était neveu, par sa mère, lîeriola Correr, du dernier pontife élu à Rome, Grégoire XII.

Il n'avait que quarante-sept ans. Haute taille, belle prestance; les yeux d'ordinaire baissés : le nez fin et un peu pincé, la boucbe largement fendue, l'expression affable, comme on' peut le remarquer sur la belle statue tombale de San Salvatore in Lauro, et aussi, très vraisemblablement, sur une des fresques de fra Angelico dans l'oratoire de Nicolas V 2.

1. Telle est la forme sous laquelle se prcsenlc ce nom dans nn acte aulhenliqne du 27 mais 1 131 Arch. dn Vat.. Armnr. A'.Y/.V, t. 16. fol. 1 r"). On trouve aussi la forme « Condulmaro .. '].. Pastor, desch. ri. l'hpxle. I, 2S3\

.2. Remarque très juste due à M. Henry Cochin /,(•/{. l'ni Giovanni Angelico de Ficsole. 1906. in-12. p. 260i.

90 liLX.ÈNi-: IV i:t li-: (.oncm.i; im: hale

Durant quelques années, au milieu de la lagune de Venise, il avait mené la vie obscure de chanoine séculier sous la robe bleue des frères de Saint-Georf?es in Alga. Puis son oncle Grégoire XH l'avait de bonne heure tiré de ce cloître aquati([ue, ])our faliv de lui son trésorier, ensuite un évè([ue de Sienne, enfin un très jeune cardinal. Sous Martin V, il avait contribué à rendre Bologne au saint-siège, et montré de l'initiative, voire de l'indépendance, dans le gouvernement de la llomagne et des Marches '. On se le représente à tort comme un moine étranger aux alîaires de ce monde- ; mais il avait conservé des habitudes austères. Son estomac, rompu au jeune •', s'accommodait aisément d'un seul mets par repas. Point de vin: pour tout breuvage, de l'eau sucrée mélangée de cannelle. On a noté que sa chemise de nuit était celle d'un malheureux, et qu'il ne manquait jamais de se relever pour réciter matines.

Non seulement il avait iin beau talent de copiste, et s'était fait lui-même le bréviaire dont il se servit encore après son avènement ; mais son goût pour l'étude résulte de l'habitude qu'il avait de s'isoler plusieurs heures par jour, et aussi d'entourer de livres son chevet : en cas d'insomnie, il se mettait sur son séant et prolongeait la lecture pendant une heure ou deux, à la lueur des flambeaux. Il savait bien son latin, et apprenait du grec ^.

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