‹ La crise religieuse du XVe siècleChapitre 83 sur 257 · Lettre du 11 décembre (Mansi, XXIX, 5S · texte numérisé non relu

Lettre du 11 décembre (Mansi, XXIX, 5S

4. Une somme de 500 florins de Gliambre lui avait été remise le 17 novembre « pro eundo ad Goncilium » (Arch. du Vat.. Intr. el exil., 390, fol. 48 r°).

5. Jean de Ségovie, p. 01 : J. Ilaller. Concil. Busii, II. 24, 372,

i,A \iissi(i.\ m; h.wii.i. m. iiami-i a i;ai.i-: 131

d une ti'anslation ou d'une dissolution. 11 v alhtil de la ruine de 1 Allemagne, delà l'ailliledela foi, du (K'shonneur de la papauté; le clerg;é serait convaincu de menson<j;'e ; Satan triompherait. Déjà il était question d'exercer des poursuites contre les perturbateurs ; on parlait d invocpier contre eux le bras séculier ; on voulait leur extermination.

Daniel de Uampi était présent ; ces menaces le mirent mal à l'aise. Il éprouva le besoin de déclarer aussitôt, et, par la suite, il répéta, dans des conversations particulières, qu'il n'était point A'enu dissoudre le concile, mais seulement s'entendre avec Cesarini et s'informer de l'état des choses. Le pape, ajouta-t-il, ne se doutait })as qu'il y eût tant de monde à Bàle. On le vit aussi porter la mainksa poitrine, el on l'entendit jurer que, quand bien même il aurait par-devers lui des ordres de dissolution, il ne les exécuterait pas, convaincu que ce serait la ruine de la foi : « Je « croirais sacrifier au diable ! » Ce furent ses propres paroles ' .

On se rassura. Pourtant l'évêque de Paren/.o était bien porteur des bulles du 12 novembre. Il remit à Cesarini celle qui lui était adressée et lui laissa entendre qu'il n'en avait point d'autre : s'il brilla dans cette circonstance, ce ne fut point par la véracité -'. Cesarini crut donc pouvoir afïirmer qu'il avait entre les mains tout ce que Daniel avait apporté de Rome, Or, ce n'était pointa le cas : l'évêque de Parenzo avait gardé par-devers lui celle des deux bulles du 12 novembre qui prononvait hic et nunc la dis-

1. J. Ilaller, II, 572 ; Monuni. Conril.. II, 61. (iS. 105. Cl', un récit fait devant le Parlement lic Paris par Nicolas Lami. le ls mars 1 l.'^2 : « Et a dit et déclaré levesquc cjui a apporté ladicte bulle pour publier audit lieu de Basle, quand il a veue la jirant et notable assemblée qui desjà estoil oudit saint Concil, ([ue le Pape avoit psté deceu, et que on lui avoit rapporté (pi'il n'y avoit que inij.; pou ou ncantde gens... Et, pour ce, avoildit et disoit ycellui evescjue qu'il cuidcroit faire sacrifice au dyable s'il pnblioit ladite bulle. » .\rcli. nat.. X l' Ils], fol. ;').'? r". — D'après Philibert de Mouljeu, Danii'l de Uampi donna plus tard une détestable explication de rengaî;:ement qu'il avait ainsi pris sous la foi du serment : je songeais, dit-il, à la dissolution du futur concile de Bologne (J. Ilallcr, II, lii'2).

2. "Il y a certaines choses qu'il eut mieux fait de ne point dire pour riionneur «le lépiscopat », remarque Cesarini Moniiin. Co/ir//.. II. 103).

132 EUGÈNE IV 1:T le COXClLi: DK IIALE

solution du concile, et aussi certaine lettre qui le chargeait personnellement d'exécuter les ordres du pa[)e au défaut du léi^at ; il devait au ])esoin, s'il ne pouvait faire mieux, procéder à un afiîchage de la bulle de dissolution sur les portes de lu cathédrale.

Quant k la l)ulle adressée et remise à ('esarini, communiquée par celui-ci à tpielques-uns des plus notables, elle causa g-rand émoi, mais n'enleva pas toute espérance. Les raisons mises en avant semblèrent faciles à réfuter. On se flatta de faire comprendre sans trop de peine au souverain pontife le tort qu'il allait causer à la religion, au clergé, à la cour de Rome et à luimême. Dans l'ig-norance où l'on était de l'éclat produit au consistoire du 18 décembre, et dans la conviction qu'on avait au moins (juelques semaines de répit, puisque le pape semblait s'en remettre à Cesarini, l'on venait d'arrêter l'envoi de deux émissaires, l'un au nom du concile, l'autre au nom du légat, quand la fuite précipitée de l'évêque de Parenzo replongea les pères dans les pires inquiétudes '. Le prétexte invoqué d'un recouvrement que Daniel voulait faire à Strasbourg ne donna le change à personne ; il s était esquivé à la dérobée, un matin. Nul doute qu'un coup ne se préparât.

En elfet, n'osant faire la besogne lui-même, Daniel en avait chargé un jeune docteur de sa suite, Jean Geparelli de Prato. Celui-ci, après le départ de l'évêque de Parenzo, communiqua au légat les deux bulles qui ne lui avaient pas été montrées encore. Cesarini se récria. Ce n'étaient que des copies - : il demandait k voir les originaux. Trompé une première fois, il avait bien le droit de se montrer incrédule. Mais il ne put obte-

1. Daniel avait encore chanté la gi'and'messe à Bàle le jour de rÉpijihanie [Concil. Bast/., V, 15).

2. Uii \idimusde la bulle du 12 novembre avait été exécuté, à Bâle, le 8 janvier, {)ar les soins de Jean Geparelli en présence de trois témoins italiens (Bibl. nat., ms. lat. 1575, fol. 63 v ; Bibl. Mazarine, ms. 16S4, t'ol. 88 r" ; Am])liss. cullect., VUl. 5.) : cf. Moiiuin.Cnncil.. II. 66).

PUBLICATION DE LA liUI.Li: DE DISSOLUTION 133

nir ni que Ceparelli lui exhibât les orif^inaux. ni qu'il lui donnât aucune assurance positive, ni (|u"il se char<^eàt craller prier Daniel de surseoir pendant deux mois, sil était viai que l évêque de Parenzo eût mission de publier la dissolution du concile '. iMilin.le 13 janvier, au cours d'une réunion tenue dans le couvent des frères Prêcheurs, Ceparelli. à l'improviste. dc'plia une grande bulle originale, dont il commença la lecture : c'était la bulle de dissolution.

Les pères, dès les premiers mots, se doutèrent de la chose. Résolus à ne pas en entendre plus long, les uns s'enfuirent. les autres restèrent, mais en faisant du bruit : l'un des universitaires parisiens courut fermer la porte du cloître. Finalement, la bulle fut ramassée à terre "^ : on se demanda si Jean de Prato l'avait laissée tomber par mégarde, ou s'il l'avait jetée à dessein, afin de la porter de cette manière à la connaissance des assistants.

Furieux, (juekpies-uns demandaient ([uon le menât en prison; Févéque de Genève le prit sous sa garde. Quelques jours plus tard, Ceparelli, ayant promis d'intercéder en faveur du concile, s'éloigna de Bâle paisiblement, ce pendant qu'à Strasbourg l'évèque de Parenzo publiait, de son côté, la bulle de dissolution '.

A près de huit ans d'intervalle, c'était la répétition de ce qui s'était passé à Sienne le 7 mars 1 424 : mais combien le coup nous semble plus téméraire, moins habilement préparé ! Eugène IV avait pris cette résolution au loin, à l'aveugle, sans se douter des résistances qu'elle allait soulever, sans rien faire pour les affaiblir ou pour en triompher, sans même recourir à ce semblant de consultation qui avait ménagé, dans une certaine mesure, la susceptibilité des pères de Sienne. Il parlait en maître omnipotent, sûr du concile et de lui-même.

Page 1