J. Ilaller, loc. cit. : cl'. Jean de Ségovie, p
128 liUGÈNE IV ET LE CONCILE DK RALE
clercs et à des laïques frappés d'excommunication, naguère encore déférés à la vindicte séculière, lui lit refîet d'un attentat contre l'autorité du saint-siège et d'un manque de respect à Tég-ard des précédents conciles.
Appréhendant un nouveau danger pour la foi, il n'en fut ({ue plus impatient de disperser un conciliabule qui se permettait de telles incartades. Avant peut-être d'avoir reçu la dernière ambassade dont il a été question plus haut, et qui, d'ailleurs, par la nature alarmante de certaines de ses communications, Feût sans doute confirmé dans le dessein d'en finir ', il fit un nouveau pas. cette fois décisif, dans la voie périlleuse oîi il s'était engagé ^.
Je ne parle pas de lettres du 22 novembre convoquant le clergé au concile de Bologne ■^ : elles ne furent certainement pas envoyées à cette date. 11 s'agit d'un acte solennel, dont le retentissement fut immense. Les bulles du 12 novembre étaient en route pour Bâle, connues peut-être seulement des cardinaux et de quelques clercs. Celles, au contraire, qui portent la date du 18 décembre furent, ce jour même, publiées à Rome, en consistoire, devant toute la cour pontificale, et le pape s'empressa d'en envoyer copie aux quatre coins de la chrétienté ''.
1. Dans les instructions données à .îacques de Sirk et à Tliomas Ficne, les pères ne cherchaient point à dissimuler ce que la situation avait de menaçant : ils dépeignaient les victoires, les progrès des Ilussites, la tendance de beaucoup de seigneurs et de villes à leur donner la main : « S'il en est ainsi, disaient-ils, c'en est fait de T Allemagne !» Ils parlaient aussi de la malveillance des laïques à réfîard des clercs, justifiée peut-être par la vie peu cléricale que menaient ces derniers, et annonçaient comme imminente une grande persécution du clergé, surtout en Allemagne.
2. Il n'est pas vrai, comme on l'a supposé (G. Pérouse.p. 1061, (jue le pape sût alors que sa bulle du 12 novembre n'avait pu être publiée à lîàle par suite de la « fermeté de Gesarini ».
3. Du Boulay (V, 410) a publié une de ces lettres, adressée à l'Université de Paris : les maîtres sont invités à se rendre à Bologne, à la date fixée, munis de bonnes instructions relatives à la paix, à la réforme, à la foi, et préparés à soutenir la discussion contre les Grecs.
4. Jean de Ségovie, p. 67. — On a signalé de nombreux exemplaires manuscrits de l'expédition adressée à Sigismond (Denisclie lîeichstuffsnklen, X, 211! ; le l'oi des Romains y répondit, de Plaisance, le 9 janvier 1132 iihid., p. 215). Au.\
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Ce n'était <^uèro (|ii(' la reproduction des bulles du 12 novembre '. Cependant aux nutlifs allé^-ués en faveuide la dissolution s'ajoutait le ^riel" fondé sur la convocation intempestive des llussites -. l{n outie, au lieu d'une simple autorisation au lég-at de dissoudre \v synode, c était un ordre formel de publier la dissolulinii faite ;i Home, puis aussitôt de ([uilter lîàle et de se transporter dans le lieu où il pourrait le plus commodément poursuivre la lutte contre les Tchèques '. Plus d'hésitation, plus de mystère ! Le pape faisait, cette fois, connaitri' clairement ses intentions, et il voulait étri' obéi '.
A Hàle, où les prélats se liouvaient toujours en nombre intime, mais (»ù la masse des clercs grossissait peu à peu "', Ion
anciens et au conseil de Bologne la Ijulie de tiissoluLion fut présentée le 5 du même mois (Muratori, X\'III, 6Î1).
1. La bulle de dissolution du 18 décembic \ ise cependant clairement la bulle antt'rieure du 12 novenibi-e. Il n'y a donc pas lieu de les confondre, ni d'éniettie aucun doute sur l'existence de la ])rcmicrc, comme lont fait Hefele (XF, 1!>.H . et Cecconi (I. 51). Cf. Hinschius, Kirchenrechl, III. 3!>.s : v. aussi une lettre du pape à Cesarini (.1. Ilaller. Cnncil. Basil., I, 216 .
2. Arch. du Val., Heif. .Hl, fol. 141 V : Mansi, XXI.\, 501 ; XXX, 75.
3. Lettre d'Euj;ène I\' à Cesarini, du IS décembre 1131 J. Ilaller, loc. cil.\ distincte de la notification du même jour adressée par le pape au lé}.çat (Rinaldi. IX, 109).
4. Non moins im])érati\e. l'invilalion ((ue le |)a])e adressa aux prélats d"a\i)ir à se rendre au concile de IJolojfne. 11 n'admettait que les excuses fondées sur une maladie ou sur une vieillesse avancée [Amiilisx. collecl., Xlll, 43).
5. Il n'y avait pas huit évoques, de l'aveu do, Thomas de Courcelles (ms. de la Ma/arine U)8S, fol. 111 r". et Preuves des lihei-lez de l'iùfl. (jnllic, I, ii. 26). .Vu bout de près de huit mois, prétend Eugène IV, il n'y avait pas à Bàle trois évéïpies, ni, en tout, dix prélats Uinaldi. I.X, 152 . Je sif^nalcrai pourtant l'arrivée de Philibert de Monljeu, évèqiie de Coutances (26 septembre , de Jean Holin. évèque de Chalon. de François de Mez, évèque de (îenève (1 1 et 12 novembre), des ambassadeurs de l'archevêque de Mayence, de celui de Salzbour}:!;, des procureurs de l'ëvéque de Toul 10, 11 et 14 décembre) et de plusieurs autres évèques ou chapitres (Jean de Raguse, p. 113 ; P, Brunet, Concil. Basil.. II, 15, 17, 19;.
Le Pape el le Concile 9
n'était pas sans éprouver une vague inquiétude '. Avant d'avoir aucun soupçon des bulles du 12 novembre, les pères avaient cru devoir prévenir le roi des Romains que le concile comptait un grand nombre d'ennemis : certaines gens réclamaient ou la prorogation ou la dissolution du synode ; on priait Sigismond de fermer l'oreille à ces avis et même d'agir en cour de Rome pour conjurer un tel danger '. Au surplus, les adversaires qu'on signalait ainsi ne se trouvaient-ils pas à Bàle parmi les pères, plutôt qu'à Rome auprès du pape ? C'est ce que parut du moins comprendre Sigismond : » Si dans leur rage, répondit-il, certains « ennemis de Dieu et de la chrétienté s'etlorcent de procurer la « dissolution du synode, retranchez-les, comme des membres « pourris, de peur qu'ils n'infectent le corps \ » Mais le danger allait venir d'un autre côté.
Le 23 décembre, un nonce du pape, son trésorier Daniel de Rampi, évêque de Parenzo, parvint à Bàle *. Les prélats se portèrent à sa rencontre ; le maîti^e parisien Denis de Sabrevois l'accueillit avec une harangue ; d'autres lui firent visite le lendemain. On remarqua qu'il s'abstenait d'adresser la parole au concile, et qu'il ne le saluait, ni ne le bénissait au nom du souverain pontife ^.
Cette réserve de mauvais augure inquiéta les bourgeois de Bâle : six jours plus tard, ils venaient faire part au pères de l'appréhension que leur causait la venue de « certaines personnes » chargées, disaient-ils, de travailler à la dissolution. L'émoi ne tarda pas à gagner le concile. Quatre propositions y fui-ent articulées dénonçant le danger, l'impossibilité d'une prorogation,
1. Dès le 2 novembre, le duc de Milan parlait du danger de dissolution et des mauvaises dispositions du pape. Il faisait exhorter Sigismond à se rendre à Bàle, afin de parer à ce danger (Osio, III. 34).