HERBERT CARDINAL VAUGHAN
Archbishop of Westminster.
Westminster, le 19 janvier 1896.
Mon cher Père,
Je me réjouis d'apprendre qu'il s'est enfin trouvé quelqu'un pour faire ressortir le besoin d'un apostolat de la prière pour la conversion de l'Angleterre — mais de le faire ressortir sous l'impression d'une conviction profonde que ce moyen est le principal qui soit à notre disposition pour atteindre notre but. Le discours que j'ai prononcé, il y a quelques années : La conversion de V Angleterre par la prière^ et que je vous fais envoyer, vous montrera quelle a été ma pensée sur ce sujet. La lettre du Saint-Père ad Anglos a complètement justifié ma propre conviction, ou plutôt je devrais dire la conviction de saint Paul de la Croix, du Père Ignace Spencer, du Cardinal Wiseman : que la prière est notre glaive. La conversion des âmes est éminemment l'œuvre de la grâce : les arguments, la controverse et le don de persuasion, en ce qu'il a d'humain.
sont de faibles instruments absolument insuffisants par eux-mêmes. La prière, au contraire, touche le cœur de Dieu lui-même.
Dextera Domini fecit virtutem, dextera Domini exaltavit me,
A la publication de la Lettre ad Anglos, je formai un comité dans le but d'envoyer la prière qui s'y trouve annexée à tous les membres du clergé et des sociétés religieuses d'hommes et de femmes du monde entier, et de les inviter à prier continuellement pour la conversion de l'Angleterre. L'année dernière, pendant que j'étais en France, je convins avec le cardinal archevêque de Paris, l'évêque de Poitiers et quelques autres de la marche qui serait adoptée. Malheureusement un nombre considérable d'affaires pressantes ont causé un retard qui a duré jusqu'à ce jour. Peut-être ce retard a-t-il été permis par la Providence jusqu'à la publication de votre livre; désormais les esprits seront pleinement préparés à recevoir mon invitation.
Je fais bon accueil à votre coopération, cher Révérend Père. Vous connaissez bien l'Angleterre : vous êtes à même d'en parler d'après
votre expérience. J'apprécie grandement votre zèle bien appliqué. J'espère que vous réussirez a faire considérer en France Fapostolat de la prière pour la conversion de l'Angleterre comme une œuvre d'une efficacité singulière.
Je n'ai aucune confiance dans la prédiction d'une conversion en masse. Ce n'est pas de cette manière que se convertit un peuple comme le peuple anglais. Un converti a besoin de beaucoup d'instruction avant que sa conversion soit profonde; une conversion en masse pourrait facilement aboutir à une confusion en masse. Mais la conversion des âmes par unités, — exactement comme elles entrent dans le monde et en sortent pour se présenter à leur jugement par unités — tel est le résultat que j'attends de la prière et de la dévotion à Notre-Dame.
Dans les temps de l'ancienne Eglise Britannique, les évêques de la Grande-Bretagne envoyèrent chercher dans les Gaules de l'assistance contre les invasions de l'hérésie. Au temps de saint Augustin, la France vint au secours de la naissante Eglise d'Angleterre.
C'est en vertu d'un privilège qui lui fut accordé
en 599 par saint Grégoire le Grand que votre évêque d'Autun porte le pallium jusqu'à ce jour, et ce privilège lui fut accordé en récompense des services qu'il avait rendus à saint Augustin et à ses compagnons, les apôtres de nos ancêtres saxons. Nous ne pourrons jamais oublier que le mouvement religieux qui se produit aujourd'hui en Angleterre doit en grande partie son origine aux merveilleux exemples de piété, de désintéressement et de fpi donnés par des milliers d'émigrés français qui vinrent se réfugier en notre pays à la fin du siècle dernier. Et maintenant, par votre intermédiaire, je fais un appel à l'Eglise de France, afin qu'elle vienne de nouveau à notre secours et que, par une prière organisée et persévérante, elle nous ouvre le réservoir des cieux, et qu'elle fasse pleuvoir sur nous une telle abondance de grâce divine et efficace que l'Angleterre puisse rentrer dans le Bercail de Pierre. Je vous souhaite toute sorte de bénédictions, et je suis votre fidèle et dévoué serviteur
HERBERT CARDINAL VAUGFIAN
Archevêque de Westminster.