OP
quelque odieuse que soit la loi de séparation », l'Evêque de Châlons n'hésite-t-il pas « à la regarder comme un de ces événements où l'homme met ses desseins de malice et de destruction et dont la Providence se plaît à tirer des occasions de renaissance et les moyens de liberté... Indépendante dans sa sphère propre, l'Eglise apparaîtra mieux désormais avec son caractère et dans son rôle de puissance spirituelle, et, sans crainte, sans calcul, sans arrière-pensée, elle enseignera ses doctrines immuables de justice et de progrès moral... elle se dressera... comme une maîtresse de vérité, un refuge des esprits libres, une bienfaitrice des petits et des pauvres, une initiatrice de toutes les âmes éprises d'idéal et de bien, qu'elles soient humbles ou grandes, souriant à la vie ou la quittant dans la mort ».
Mais il faut que, dans l'œuvre de reconstitution qui s'impose, l'Eglise de France, s'attachant uniquement à conquérir des âmes, à donner « aux croyants une foi plus vigoureuse et plus pratique », se garde de toute action et de tout concours politique... Aujourd'hui, m.oins que
jamais, il n'est permis de faire fond sur la conscience et la responsabilité des hommes publics. « Il importe d'ailleurs que l'Église prenne une attitude si nette, si indépendante, si dégagée des disputes et des intrigues de la politique que le peuple voie enfin que nous n'affectons ni prépotence ni domination... Ce peuple aime ceux qui l'aiment ou qui paraissent l'aimer, même s'ils l'exploitent... Représentants de Celui qui fut tant aimé du peuple, nous avons peut-être trop oublié une chose : c'est que, dans les conflits qui éclatent entre le peuple et Tune quelconque des puissances du siècle, nous devons toujours être avec le peuple. Il n'a pas toujours raison ; mais toujours il a besoin d'un ami qui l'assiste et le conseille ; et qui sera cet ami de toutes les heures, si ce n'est le ministre de l'Evangile ? S'il fallait être heureux sans le peuple ou souffrir avec le peuple, prêtres, choisissons de souffrir avec le peuple, il a tous les droits à notre préférence. N'est-ce pas pour lui que le «Sauveur était ému d'une compassion tendre et sublime en le voyant accablé et gisant comme des brebis sans pasteur ? »
11 est singulièrement réconfortant de voir des évêques, non seulement envisager sans crainte un avenir qui n'est pas sans périls, mais encore dire hautement que dangers et remèdes dépendent moins des adversaires du catholicisme que du clergé et des fidèles. Que ceux-ci veuillent et sachent, chacun dans la mesure de ses facultés, montrer à notre pays que la place assignée à l'Église par la mission qu'elle tient de son divin maître est en tète de la civilisation, en tète du mouvement intellectuel et du progrès moral, les heures d'épreuve présageront de superbes lendemains. Sur leurs ennemis, ils ont peu de prises ; mais sur eux-mêmes, ils peuvent beaucoup, et c'est des réformes qu'ils opéreront et des victoires qu'ils remporteront sur eux-mêmes que dépend la renaissance du catholicisme en France. Il est bon et il est salutaire que ce soient nos évêques qui le proclament.