‹ La crise religieuse et l'action intellectuelle des catholiquesChapitre 3 sur 6 · SO LA CRISE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

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de splendeur où elle dominait la chrétienté ; elle devait incliner à regarder ce passé comme l'idéal et, faute de pouvoir le faire revivre tout entier, avoir le désir d'en sauver tout au moins ce qui avait survécu. Double tentation qui tendait à confondre de plus en plus les questions religieuses et les questions politiques, à créer un état d'âme où les idées, les formes intellectuelles, les institutions d'une époque disparue se mêleraient à la doctrine éternelle au point de sembler faire corps avec elle. Les hardiesses de pensée avaient souvent, au moyen âge, causé de graves embarras, mais elles avaient jeté un incomparable éclat sur l'Eglise qui était incontestablement à la tète du mouvement intellectuel ; or elles étaient devenues suspectes. Leur grandeur, leurs services, la puissance morale dont elles étaient, dans une certaine mesure, la condition, devaient s'effacer après la récente expérience de leur danger. La peur des audaces intellectuelles s'alliait bien d'ailleurs avec les principes de conservation de l'absolutisme politique. Elle devait donc se développer avec les progrès du pouvoir absolu.

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Le xvn^ siècle est encore, en France, un grand siècle de pensée catholique. L'édit de Nantes avait institué, dans notre pays, la tolérance religieuse. Cette tolérance était, en Europe, une exception. Laissant des protestants libres, elle laissait des protestants à convertir. Laissant des doctrines rivales en présence, elle excitait à la controverse, et par suite à l'étude. Les plus grands esprits abordent alors les problèmes religieux avec une hauteur de vues et une sincérité de convictions qui ne redoutent point de regarder en face les difficultés. Ils entendent se rendre compte et rendre compte de leur foi. Ils croient, comme l'apôtre Paul, que leur foi doit être raisonnable ; ils ne craignent point pour elle les contradictions de la raison ; ils comptent, au contraire, sur le concours de la raison. Mais leur hardiesse soulève de nouvelles inquiétudes. Les protestants ne se convertissent pas assez vite ; le jansénisme introduit ses rigueurs et ses erreurs jusque parmi les penseurs les plus éminents. L'absolutisme en prend ombrage et la révocation de redit de Nantes, faute morale, faute politique.

iaute intellectuelle, condamne l'Eglise de France à dominer par la force, par là même à perdre les sources de l'autorité morale et de rinfluence intellectuelle. La crainte domine à rintérieur comme à l'extérieur ; crainte de l'hérésie, et, par une suite exagérée, crainte de toute doctrine nouvelle, crainte même de toute forme nouvelle de la pensée ; crainte de la tentation, et, par suite, crainte du contact du clergé avec le monde, crainte de tout, sauf crainte de l'impuissance où doit cependant nécessairement conduire un système qui, par défiance pour la faiblesse humaine, en vient à méconnaître les conditions mêmes de la vie. Les conséquences ne se révéleront que lentement. La force acquise dans un grand siècle de foi et de pensée religieuse ne saurait se perdre en un jour.

Mais quand, au xvill^ siècle, les mauvaises passions toujours prêtes à conspirer contre le catholicisme, jointes à la légèreté des classes dirigeantes, permettront au scepticisme et à l'incrédulité de conquérir la vogue et de donner le ton à la mode, l'Eglise de France, déso-

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rientée, mal préparée à la lutte des idées par risolement où elle s'est retranchée, impuissante à conquérir sera par là même impuissante à conserver. Jusqu'à la Révolution, les apparences officielles masqueront — insuffisamment d'ailleurs — la profondeur du mal. La tourmente révolutionnaire aurait dû ouvrir les yeux à l'évidence, faire comprendre aux catholiques et au clergé de France la nécessité d'une attitude et d'une orientation nouvelle. Mais les contemporains jugent mal de la portée des événements et de la profondeur des évolutions dont ils sont les spectateurs souvent inconscients.

Le Concordat fit renaître l'illusion que le pouvoir temporel serait la sauvegarde de la foi. Le souvenir des privilèges perdus maintint, dans le clergé, le regret du passé, sans que les ruines accumulées, ni l'hostilité d'un grand nombre de meneurs de l'opinion publique l'aient convaincu de la nécessité de nouvelles méthodes de formation et d'apologétique adaptées à un nouvel état d'esprit.

Le XVII® siècle semble encore, auxix®, mar-

quer pour le clergé de France la dernière étape de la pensée catholique et donner la dernière formule de la préparation des clercs. Faire des prêtres pieux pour gouverner des âmes dociles, tel demeure l'idéal ; cependant la piété ne suffit pas pour ramener des âmes rebelles, éprises de toutes les illusions et de toutes les nouveautés qui sollicitent leur imagination ou flattent leur raison, enorgueillies d'avoir secoué le joug de toutes les autorités traditionnelles. A un siècle audacieux et chercheur, la vérité ne pouvait être prêchée comme à un siècle empli de la crainte de Dieu et du respect de l'autorité. Cependant les séminaires se sont moins préoccupés d'armer des apôtres que de préserver des âmes timides des tentations de l'esprit et du cœur. Pour éloigner le péril des doctrines fausses ou seulement hardies, l'enseignement s'est mû entre la philosophie du moyen âge et Bossuet, a foudroyé des erreurs oubliées ou démodées, mais s'est détourné des systèmes à la mode et a mentionné à peine les erreurs contemporaines. A n'envisager que le passé sans le rapprocher sans cesse du présent et sans

le rapporter sans cesse à l'avenir, il a perdu contae. avec la vie, il a pris une allure artificielle q l'accentuait la crainte constante d'être trop audacieux. De là tant de prêtres excellents, modèles de vertus privées, mais incapables d'exercer l'influence et l'action qui ne sauraient être l'apanage d'une foi timide, portée à fuir répreuve de la contradiction.

La ciainte des erreurs protestantes et des fantaisies de l'interprétation individuelle a éloigné de la méditation des évangiles. C'est en dehors de cette source vitale de l'esprit chrétien que fidèles ou incroyants acquièrent une connaissance superficielle, incomplète et souvent erronée de la doctrine catholique. Ils ne l'entrevoient le plus fréquemment qu'à travers des formules théologiques, intelligibles aux initiés, mais inaccessibles à la foule ou, ce qui est pis encore, destinées à être comprises à rebours, à faire méconnaître au lieu de faire connaître la doctrine catholique.

Le clergé, non seulement séparé du monde, mais séparé de son temps par sa formation intellectuelle, par la nature de ses études et de

ses méthodes, parle un autre langage que celui du monde qu'il doit instruire. Que de ::onfusions, que de malentendus, que d esprits éloignés du catholicisme parce que tel document émané d'autorités religieuses expnme, en thèse, des vérités essentielles, élémentaires, presque évidentes, qui, transposées, avecleurs termes absolus, dans l'hypothèse de la période contemporaine, apparaissent comme des affirmations irritantes, injustes, inadmissibles. Que l'idéal, en thèse, soit non la liberté des cakes qui suppose des divergences d'opinions religieuses donc des esprits plongés dans l'erreur, mais l'unité de foi dans la vérité, cela est d'évidencenon seulementcatholique maissimplement humaine. Mais que la liberté des cultes soit réprouvée par les représentants de l'Eglise, en dehors des rares esprits avisés de la distinction de la thèse et de l'hypothèse, la foule conclura que l'Église est, de son essence, intolérante et que le manque de force matérielle l'empêche seul de persécuter actuellement les dissidents.

Que la formule « hors de l'Eglise point de salut » tombe sous les yeux d'un incrédule, d'un

indifférent ou d'un de ces chrétiens mal instruits qui ig-norent la théorie de l'Église invisible, la conclusion s'impose à leur esprit que l'Eglise prononce la condamnation éternelle contre quiconque ne fait pas ouvertement profession de la foi catholique. De là à croire très sincèrement que la doctrine catholique est inique et fausse, la distance n'est pas grande. Ce sont, si je ne me trompe, des malentendus de ce genre nés de la simple lecture d'un catéchisme diocésain qui ont détourné de grands et loyaux esprits, tel que Taine, de faire instruire leurs enfants de la religion catholique.

Les exemples ne seraient que trop faciles à multiplier. Et Ton peut conclure, sans exagération, que la doctrine catholique est méconnue de très bonne foi par la plupart des incroyants et même par beaucoup de croyants. C'est là, semble-t-il, le plus grave péril pour l'avenir du catholicisme en France. Mais ce péril est de ceux qui peuvent être conjurés. Il s'agit simplement d'aviser à l'adaptation des méthodes d'enseignement religieux et de prédication religieuse de manière à faire connaître, dans

toute sa vérité et dans toute sa grandeur surhumaine, l'essence au moins de la doctrine catholique.

La première condition, pour la faire entendre et la faire pénétrer, est de l'expliquer dans un langage accessible à tous, assez précis pour écarter les interprétations erronées, assez souple, assez conforme au langage courant pour être compris de ceux qui ne sont pas familiarisés avec la terminologie parfois elliptique de la théologie.

La seconde est de présenter la doctrine aux esprits positifs du xx® siècle sous une forme vivante, en partant toujours des réalités tangibles pour les élever aux réalités invisibles et surnaturelles. Ainsi, pour amener à la foi, est-il nécessaire de montrer qu'elle est la solution d*un problème inéluctable, imposé par les conditions mêmes de la vie. L'homme ne passe que peu de jours sur cette terre. D'où vient-il et où va-t-il ? Nulle science humaine ne peut se flatter de résoudre le mystère de son origine et de sa destinée. La science constate la loi inéluctable de la mort. Rien ne lui permet d'affirmer que

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la mort est une fin et non un commencement, et cependant l'homme ne peut échapper à la nécessité de se faire une opinion sur la mort et sa fin dernière. A défaut de certitude il lui faut au moins parier, selon l'énergique et décisive expression de Pascal. Car son sort éternel comme la règle de sa vie sur terre dépendent des réalités que masque le mystère de la tombe et sont liés à l'opinion qu'il en a. La mort clôtelle irrémédiablement le drame de la vie, l'homme est à lui-même sa propre fin ; sa fantaisie est sa seule loi ; le devoir n'est qu'un vain mot, mais comme la terre est impuissante à assouvir ses désirs, pessimisme et désespoir sont les seules conclusions logiques où le puissent conduire ses passions débridées mais non satisfaites, son égoïsme exaspéré mais toujours déçu. L'ordre, la grandeur, la beauté, le sens de la vie ne peuvent renaître qu'avec la foi, l'espérance, la charité ; ces trois vertus sont donc nécessaires à la vie de l'humanité, mais en même temps qu'elles sont les bases fondamentales de toute vie chrétienne, elles ne trouvent leur raison d'être que dans le christia-

nisme. D'autre part, elles sont des vertus; elles exigent donc quelque effort ; elles ne s'imposent pas à l'homme comme un théorème de g-éométrie ou comme une évidence auxquels l'esprit adhère sans mérite. Kt il convient, sur ce point, de prévenir toute confusion, car les intelligences sont tout naturellement prêtes à se dérober dès qu'eUes croient apercevoir des contradictions dans la doctrine ou des démentis dans la réalité.

La troisième condition sera donc d'expliquer avec une scrupuleuse exactitude les points les plus délicats en même temps que les plus essentiels. Il ne faut point prêcher que la doctrine catholique illumine le monde des âmes avec une clarté aussi inéluctable que celle dont le soleil, aux jours sans nuages, illumine notre terre. Car cette affirmation est propre à détourner de l'Eglise les âmes sincères qui savent, par expérience personneUe, que l'acte de foi n'est pas un acte involontairement accompli sous l'impulsion d'une force irrésistible, mais qu'il souffre parfois difficulté. L'Église n'enseigne-t-elle pas d'ailleurs que la volonté de l'homme et la

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grâce de Dieu ont leur part dans l'acte de foi et doivent achever ce qu'il appartient à l'intelligence et à la raison de commencer. Beaucoup d'esprits peut-être seraient moins hostiles ou mieux affermis dans leur foi, s'ils n'étaient dans l'erreur ou dans l'incertitude sur l'essence même de la foi catholique, notion fondamentale et trop rarement mise en pleine lumière. Il semble que le prêtre hésite parfois à donner les précisions nécessaires, de peur d'inspirer des doutes aux âmes qui jouissent de la paisible mais fragile « foi du charbonnier », tandis qu'il craint moins d'exagérer sa pensée dans un sens rigoureux, comme si cette pensée ne pouvait atteindre son but qu'en le dépassant et pénétrer les âmes qu'en les effrayant. A un prédicateur qui venait de faire une peinture terrifiante des supplices de l'enfer, un auditeur demandait, en particulier, s'il croyait vraiment à la réalité des horreurs qu'il avait décrites. Et le prédicateur de répondre qu'il n'y croyait point, que ces descriptions n'étaient que procédés oratoires pour mieux impressionner l'imagination de son auditoire. Pensant émou-

voir et convaincre, il n'avait peut-être réussi qu'à fausser les idées, à provoquer la révolte et non la crainte, à faire prendre pour un Dieu bourreau le Dieu de miséricorde del'Evang-ile. Qui a la sublime mais redoutable mission de prêcher la vérité religieuse doit la faire connaître telle qu'elle est, sans la modifier, donc sans y ajouter aussi bien que sans en retrancher. Le zèle qui exagère est un zèle qui éloigne au lieu de ramener. Le zèle qui craint d'être trop large et qui ne redoute point d'être trop étroit est un zèle dangereux.

Enfin, plus que jamais, peut-être les âmes françaises demandent surtout à la religion, espérance et consolation ; elles s'éloignent du catholicisme parce que la doctrine catholique leur semble dure, injuste, et par conséquent fausse. Pour dissiper Terreur profonde, le malentendu lamentable, il importe au plus haut point de redresser toutes ces déformations de vérité qui trompent et font prendre pour une mauvaise nouvelle la « bonne nouvelle » de l'Evangile. Il faut craindre de trahir l'esprit du christianisme intégral qu'est le catholicisme.

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en penchant vers les sévérités excessives issues du jansénisme. Il faut; selon la belle pensée de Pascal, pour montrer que la religion est vraie, montrer qu'elle est désirable, montrer que, loin d'imposer à l'humanité des fardeaux intolérables, sa mission est d'affranchir et de libérer. Il faut faire luire l'espérance dans le Christ rédempteur qui est venu pour appeler non les justes mais les pécheurs, pour répandre à profusion, par son Eglise, la miséricorde et le pardon, pour proclamer que la loi divine est une loi d'amour puisqu'elle se résume dans les deux grands commandements de l'amour de Dieu et de l'amour du prochain, pour donner à la loi de charité envers les hommes sa seule base solide — base à la fois rationnelle et surhumaine — dans l'amour du Dieu Sauveur. Il ne suffit pas de bien connaître l'état d'àme des contemporains, d'adapter à cet état d'âme l'exposé de la doctrine catholique, de mettre en évidence la grandeur et la douceur de la religion de miséricorde et d'amour ; il faut rester fidèles à l'esprit de la doctrine. Il ne suffit pas de prêcher l'Evangile ; il faut en pratiquer et en

suivre les conseils. L'arbre est, en effet, jugé aux fruits qu'il porte. Il faut que les fruits du catholicisme aient toute la saveur de la sève chrétienne. Sinon les âmes sincères qui sont éloignées de l'Eglise s'éloigneraient davantage. La contradiction des principes et des actes ne peut en effet que jeter le doute sur la sincérité des convictions ou l'efficacité de la foi. La foi sans les œuvres, selon l'expression de l'apôtre, est une foi morte, donc incapable de propager la vie et la lumière.

Or, si les catholiques de France procèdent, avec quelque rigueur, à leur examen de conscience, ils devront reconnaître que leur attitude publique a été souvent bien peu conforme aux principes évangéliques. Sans doute, ils ont créé d'admirables œuvres de charité ; ils ont secouru, sans ostentation, bien des misères ; ils ont, dans un esprit véritablement chrétien, donné une aide désintéressée à des légions de malheureux, sans leur demander d'autre titre que leur infortune, sans limiter leur action bienfaisante à leurs coreligionnaires. Leurs congrégations ont soigné les malades sans

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distinction d'opinions ; elles ont recueilli des vieillards et des orphelins. D'admirables dévouements et de très purs héroïsmes ont témoigné, de façon discrète, dans les retraites obscures où se réfugie la souffrance, loin du monde qui s'en détourne, des merveilles d'abnégation et de sacrifice dont les véritables disciples du Christ puisent le secret à la source divine qui seule peut le livrer. Il y aurait injustice à le méconnaître et, s'il plaît aux adversaires du christianisme de l'oublier, il convient de le rappeler. Mais à côté de ces fidèles et le plus souvent obscurs serviteurs de Dieu, sans autre ambition que d'accomplir humblement la volonté du Père céleste, de soulager les pauvres, de consoler les affligés, il s'est trouvé trop de catholiques portés à oublier que le royaume de Dieu n'est point de ce monde, enclins à croire et à dire que le royaume de Dieu tel qu'ils le comprenaient, devait, par eux et en eux, être imposé au monde. wS'écartant inconsciemment du plan divin pour revenir à la conception humaine qui hantait les âmes juives lors de la venue du

Sauveur, ils ont pensé et ils ont affirmé que la foi leur conférait le droit à la domination de la terre. Ils se sont considérés comme élevés audessus de l'humanité, comme ayant titre à la commander, à la contraindre, à la plier à leurs idées, à leurs opinions. De la formule vraie « l'erreur n'a pas de droits » ils ont tiré la déduction fausse que les hommes qui sont dans l'erreur n'en ont pas davantage. Ils ont imprudemment proclamé que ces hommes ne pouvaient errer de bonne foi, que, par suite, ils devaient être tenus pour coupables et traités sans ménagements. Ils ont prêché le recours à la force et ils ont provoqué la révolte. Ils ont oublié que ceux qui voient doivent avoir pitié des aveugles et non les condamner. Ils ont oublié que la connaissance de la vérité ne confère pas de droits mais impose des devoirs, qu'elle n'autorise pas l'emploi de la violence mais exige la pratique de la miséricorde. Ils ne se sont point souvenus des exemples du divin Maître qui a voulu être victime des hommes pour les sauver et qui n'a jamais voulu user de sa puissance contre ceux qui le rejetaient.

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Aux apôtres appelant la foudre sur la cité insensible à leur prédication, Il répond : Vous ne savez de quel esprit vous êtes. Je suis venu pour sauver les hommes et non pour les perdre. Aux serviteurs qui proposent d'arracher.l'ivraie dans le champ du Seigneur, Il ordonne de n'en rien faire de peur qu'en arrachant l'ivraie, ils n'arrachent aussi le bon grain. Aux apôtres indignés qui tirent l'épée contre la horde amenée par Judas, 11 ordonne de remettre l'épée au fourreau. vS'il le voulait, Il pourrait prier son Père de lui envoyer des légions xi'anges qui extermineraient sans peine ses ennemis : Il ne le veut pas. L'esprit de la doctrine est clair. Ce n'est pas aux serviteurs du Christ qu'il peut appartenir de s'ériger en juges des autres hommes, de peser sur leurs consciences, de les violenter, de les condamner. Serviteurs bornés et maladroits puisqu'ils sont hommes, ils ne sont même pas capables de discerner avec certitude l'ivraie du bon grain . Qu'ils se préoccupent des poutres qui obscurcissent leur vue et s'inquiètent moins des pailles qui peuvent se glisser dans l'œil du prochain. Qu'ils aient

secrètement pitié des hommes qui sont dans l'erreur ; qu'ils essaient de faire luire à leurs yeux la lumière ; qu'ils tentent de les instruire et de les convaincre ; qu'ils soient, pour eux, pleins de miséricorde et de charité ; qu'ils leur montrent, ainsi, que le catholicisme, sur cette misérable terre, est un bienfait non seulement pour les catholiques, mais aussi pour les incroyants ; qu'ils soient convaincus que les âmes ne peuvent être conquises à Dieu que par les sacrifices des croyants et non par celui des incrédules ; alors ils seront fidèles à l'esprit de la doctrine et ils manifesteront la sublime vertu de l'Evangile.

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