II PREFACE
en Russie. Mais, pour pouvoir se retrouver au milieu de ses décombres, il faut connaître exactement l'état de choses qui précédait imniétlialcment la révolution. Ce livre, i'onteniporain de cet état do choses aujourd'hui disparu, en donne un tableau (jui a du moins le mérite de n'avoir pu être influencé par des événements postérieurs. II a, en outre, celui d'avoir prédit une issue dont la réalisation démontre la précision des données sur lesquelles cette prophétie a pu être l'ondée.
Dans ma préface anglaise, je me suis permis de caractériser ce livre : une production de longues années de travail, vouées à l'explication du présent par l'étude du passé et n'avant rien d'un pamphlet poh'litjue, ni dune œuvre écrite pour les besoins de la cause. Certes, ajoutais-je, la crise présente de la Russie est le sujet principal de ce livre, et tout ce ()u il contient a pour but unique de la faire comprendre. Mais les causes de cette crise sont si profondément cachées dans le passé, si intimement liées à tous les aspects de la vie russe, — à son histoire religieuse et politique, à l'histoire de ses doctrines et de ses institutions, comme à celle de son évolution sociale et des changements survenus dans la composition de sa société, — qu'un tableau pour ainsi dire universel de la Russie, ainsi (ju'une description des conditions générales du développement de la civilisation russe, devaient nécessairement lui servir de base pour (jue l'explication en j)ùt être correcte. La crise passera, mais les conditions de la civilisation resteront, et mon ambition a été, non pas d'cxplifjuer (;e (|ui était passager et temporaire dans la crise, mais ce qui forcément devait faire aboutir à cette crise la vie politique, sociale et religieuse de la Russie.
Ce livre ne sera pas d'une lecture facile et il n'en pouvait être autrement, étant donné que je ne me suis pas contenté d'exposer des déductions toutes faites, mais de condenser, dans un espace relativement restreint, non seule-
PRKFACE m
nienl ces ilcdiiclions, mais encore tous les élémenls importants qui en servent de preuves. D'ailleurs, je préfère m'adressera la petite élite d'esi.rits supérieui-s (|ui (liri<,a' Topinion de la masse et je serai pleinement satisfait si mon travail lui parvient. Pour laciliter au lecteur l'étude de cet ouvrage, je lui conseillerai de commencer pai" la lecture; du dernier (diapilre (jui résume la direction généi-de de tous mes arguments.
Dans ma préface de l'édition anglaise, j'avais cru né(;essaire île me défendre contre l'accusation d'anlipatriotisme que ne devait pas manquer de provo(|uer mes révélations sur la fragilité du colosse aux pieds d'argile dont la destruction prochaine était le principal sujet de ma démonstration. Aujourd'hui (|ue la destruction est achevée et que le colosse s'est effondré aux yeux du monde entier, jen'ai plus à me défendre, ni à ci-aindre de partager le sort de ces prophètes accusés de sorcellerie, parce que leurs prédictions se sont réalisées. Je n'aurai donc pas à défendre nion [)atriolisme devant le j)ublic français (jui comprend que le stiidium renim /ioiY//7///Mi'est pas un moindre litre pour un i)atriote que les efforts inutiles et dangereux de conserver un ordre de choses qui a vécu.
En publiant cette traduction après tous les événements <jui ont complètement changé la face de la « Sainte Russie )', il m'est impossible de garder un silence complet sur ces événements. Mais, pour exposer l'état nouveau de ma patrie, il faudrait écrire un livre tout entier, et ce livre, écrit par moi. aurait aujourd'hui un tout autre caractère. Le témoin impartial, trempé auxéludes historiques, s'est changé en un politicien prenant part à tous les événements importants et Aiisant partie de la plus jniissante organisation politique de la Russie, organisation qui a donné la majorité de la première' Douma. Comme ce parti politique est imparfaitement connu dans la presse française et qu'il n'y a pas encore trouvé une appréciation