LIBRAIRIE HACHETTE
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PRÉFACE
N écrivant les premiers mots de cette préface qui ravive en moi de si douloureux souvenirs, comment cache-
— À rais-je mon émotion profonde et aussi ma confusion ? Tant d'autres étaient plus qualifiés que moi pour présenter au public ce livre inachevé, qui est cependant une œuvre parfaite : historiens, qui ont guidé les premières recherches de Pierre Quentin- B auchart sur cette passionnante époque que l'opinion — simpliste — résume en une annee : 1848 ; sociologues, qui l'ont vu dégager, inlassablement, l enchaînement touffu des effets et des causes, le choc, parfois brutal, des Idées absolues et des réalités concrètes j maîtres eminents , laborieux compagnons d' études j que de noms se pressent à mes lèvres dont je sens que j'ai pris la place! A toutes mes objections celle, dont la piété meurtrie et la douleur fervente éditent ce volume, a répondu : « Ces pages sur la crise sociale de 1848 sont le fruit de cinq années de labeur ; elles sont comme le testament spirituel de Pierre ; il faut, pour les présenter au lecteur, l'avoir bien connu et beaucoup aimé. Vous avez caressé ses boucles d'enfant, présidé sa première réunion électorale, vu le bonheur de son foger, glorifie sa mémoire au nom de la ville de Paris.... »
Et, cédant à la voix courageuse et pourtant brisée, mes lèvres gardent le silence et j'écoute parler mon cœur.
Il me dit qu'il se souvient bien — voici trente ans passés ■ d'un charmant visage qu'éclaire la douceur de deux beaux yeux bleus et qu'encadrent des boucles blondes. Un enfant plus grand que son âge, mais bien proportionné sur ses jambes
PRÉFACE
nues et musclées, joue gaiement dans ces Champs-Ély sées , qu'il représentera, plus tard, à l'Hôtel de Ville. L'enfant devient collégien. Les boucles dorées sont tombées, dont sa maman était si fière ; il les remplace par des couronnes, dont son père s'enorgueillit. Plusieurs fois lauréat du concours général, il est une des gloires de notre vieux lycée Condorcet. L'étudiant dépasse les promesses du lycéen. Il est à vingtdeux ans Docteur ès lettres de l'Université de Paris et sa thèse sur Lamartine est couronnée par /’ Académie française ; et il serait aussi Docteur en droit avec une thèse sur « la crise sociale de 1848 »,si la mort ne l'avait empêché de la soutenir. Il est Conseiller municipal de Paris, Conseiller général de la Seine. Il porte — avec honneur — à l'Hôtel de Ville un nom qui y était respecté et aimé dans tous les partis. Mais la guerre est déclarée et l'éclat de ses titres universitaires va pâlir devant la noblesse héroïque de sa conduite. Si la pensée française perd en Quentin-Bauchart un de ses meilleurs ouvriers, l'armée nationale trouve en lui un de ses meilleurs capitaines, et ses magnifiques citations sont plus belles encore que ses parchemins. La mort — impitoyable — nous le prend sur la Somme, mais son grand souvenir demeure, que nous conservons pieusement, et son œuvre nous reste, dont je veux parler maintenant.
Il n'est rien de plus beau que l'unité d’une vie intellectuelle, et l œuvre de Pierre Quentin- Bauchart, si prématurément interrompue, possède au plus haut point ce caractère d’unité.
Ses premières études l’entraînent irrésistiblement vers ceux que leurs petits-enfants ont baptisés uniformément, mais avec des intentions bien différentes : les hommes de 48.
Dès 1902, il publie 1 sur Marc Caussidière et sur Ledru- Rollin, des pages vigoureuses et colorées. Mais dans le personnel politique de cette époque un représentant domine ses contemporains de toute sa taille et de tout son génie, « qui a écrit Jocelyn et créé la nouvelle poésie française ; qui a écrit les Girondins et créé une nouvelle forme de l'histoire; qui ne s est jamais asservi aux petitesses des partis et a