VI
PRÉFACE
compris que la politique moderne était la science de la charité sociale 1 2 ».
Après Emile Deschanel et Emile Ollivier, avant M. Louis Barthou et M. Raymond Poincaré, Pierre Quentin- B auchart est attiré par la grande, troublante et séduisante figure de Lamartine, homme politique. A quatre ans de distance il consacre à sa politique intérieure et à sa politique extérieure deux volumes importants, qui font autorité.
L' Académie française a tressé, pour l'un au moins de ces ouvrages, une couronne, auprès de laquelle mon éloge semblerait pâle, mais je ne puis relire sans émotion les pages où il accorde au député de Mâcon « la première des qualités auxquelles on reconnaît le grand homme d’État : l’ampleur des vues ».
« Sa conception, dit-il, d'un parti social, à la fois conservateur et libéral, qui guérirait la droite de son hostilité aux Réformes, la gauche de son intolérance tapageuse, ne manque certes pas de grandeur et méritait d'être prise comme règle d'une carrière politique. »
Je vois dans ces lignes l'annonce de sa large enquête sur la crise sociale de 1848. J g trouve surtout comme une confidence personnelle de celui qui serait devenu, lui aussi, un homme d'Etat.
S'il s'est attaché à Lamartine, s’il s'est passionné pour l’étude du mouvement social, issu tout à la fois des guerres de l'Empire et des transformations industrielles du début du XIXe siècle, c'est que celte politique « de la grandeur d'âme et de la générosité » était selon le vœu de son cœur; c'est que, représentant à l’Hôtel de Ville d’un quartier aristocratique, il avait, plus que quiconque, étudié le problème ouvrier ; c’est que, disciple instruit et convaincu, il marchait naturellement dans la voie lumineuse du prophète inspiré.
Comment ne point voir — aujourd'hui que la France victorieuse et dévastée de 1920 saigne, comme la France prestigieuse et meurtrie de 1830 — que la classe rurale, enrichie,
1. Emile Ollivier, Rapport au corps législatif, 9 avril 1867.