‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 104 sur 158 · Séance du 7 mars · texte numérisé non relu

Séance du 7 mars

vers le gouvernement, avec la même confiance et les mêmes exigences assez naïves.

L’attitude de Gabet, en particulier, est tout à fait caractéristique : c’est le théoricien certainement le plus systématique de tous les socialistes ; or, ses premières paroles, le 25 février, sont pour déclarer: « Gardons-nous de demander l’application immédiate de nos doctrines communistes1; et, à la tribune de son club, il est plus catégorique encore, quand il déclare 2 :

— On vient de présenter 40 ou 50 questions; il y en aurait des milliers d’autres à soumettre. Toutes ces propositions ne peuvent pas être discutées en même temps.... Eh bien! la question essentielle et urgente aujourd’hui, c’est de conserver la République, la démocratie, de faire ce qui est nécessaire pour arriver à ce but; or, ce qui est nécessaire, c’est la garde nationale, c’est la liberté de la presse, c’est le droit de réunion et le droit électoral...

Et il ajoute que la question de l'organisation du travail « se trouve décidée par cette seule décision, que l'Assemblée Nationale est populaire ».

Cette tendance unanime à se tourner vers le gouvernement comme vers le seul agent possible mais tout-puissant d’une transformation économique, fait donc, de l’aveu même des prophètes socialistes les plus autorisés, passer au premier plan la question politique, et dépendre d’elle la question sociale. C’est ce qui explique l’attitude des clubs vis-à-vis du Gouvernement provisoire : dans leur esprit, il doit agir, mais, pour qu’il agisse bien, ou simplement pour qu'il soit contraint d’agir, eux doivent le surveiller de près. « Les clubs, a écrit Delvau 3, pesaient sur le Gouvernement provisoire. Je crois que cette surveillance, par les clubs, des actes et même des menées des membres douteux du gouvernement, avait son efficacité. Le peuple devait avoir l’œil ouvert sur l’Hôtel de Ville. »

Entre celui-ci et les clubs, d’ailleurs, aucune barrière

Page 1