‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 105 sur 158 · Secrétaire de Ledru-Rollin, op. cit., p. 3G · texte numérisé non relu

Secrétaire de Ledru-Rollin, op. cit., p. 3G

LE LENDEMAIN DE LA RÉVOLUTION

infranchissable n'existait. Beaucoup de membres du Gouvernement provisoire entretenaient des relations, fort intimes parfois, avec les clubistes les plus influents ; si les hommes du National, séparés par des dissentiments anciens de la clientèle de la Réforme, n'avaient pas beaucoup de contacts avec eux, Lamartine s’efforça de nouer ou de renouer des relations avec Barbés, Cabet, Raspail, Caussidière, Sobrier, et même avec Blanqui h Ouanl à Ledru-Rollin et à Louis Blanc, ils trouvaient en ceux-ci d’anciens compagnons d’armes auxquels les unissaient des liens bien plus étroits que ceux que le pouvoir avait créés entre eux-mêmes et leurs collègues plus modérés 2.

Ainsi le conflit s’esquissait, à Paris, non point tant entre un gouvernement compact et des adversaires extérieurs désireux de prendre sa place, qu’entre trois groupes de forces, assez mal délimités d’ailleurs, et dont on ignore encore l’importance respective : d’abord, la majorité modérée du Gouvernement provisoire, dont Lamartine était encore le drapeau, qu'appuyaient indistinctement de leurs vœux, et qu’appuyeront bientôt de leurs actes, les « hommes d’ordre » de toute opinion. Puis, en second lieu, la grande masse des vainqueurs de Février, qui veulent continuer à aller de l’avant, « tout ce qui se remue, s’agite, déclame dans Paris 3 », socialistes et républicains avancés : la presque totalité des clubistes que nous avons cités, Caussidière à la Préfecture de Police, Ledru-Rollin et Flocon, Louis Blanc et Albert dans le gouvernement, représentent ces tendances ; mais ils sont loin de former un bloc aussi compact que leurs adversaires. Un même sentiment très fort les unit, la crainte d’une réaction, mais il recouvre de telles divergences

1. Cf. P. Quentin-Bauchart, Lamartine homme politique, p. 26G-2G9.

2. « M. Barbés, entre autres, dévoué au ministre (Ledru-Rollin) de cœur et de conviction, avait de fréquents rapports avec lui — M. Barbés était l’intermédiaire le plus sympathique à M. Ledru-Rollin, le mieux fait, soit pour modérer jusqu’au jour d'une entreprise, soit pour oser au moment décisif. En communication constante avec le ministre de l’Intérieur, les chefs du Club des Clubs le tenaient au courant du mouvement des esprits, signalaient leurs ressources, dénombraient leurs bataillons. M. Ledru- Rollin... pouvait mesurer son influence. » (Elias Régnault, Histoire du Gouvernement provisoire, p. 190-191).

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