LUXEMBOURG
La Commission du gouvernement pour les travailleurs avait tenu sa première séance le 1er mars au palais du Luxembourg. « A neuf heures du matin, 200 ouvriers environ, députés par les diverses corporations de Paris, avaient pris place sur les sièges que naguère encore occupaient les pairs de France » b « L’entrée se fit sans turbulence et sans gravité affectée. Quelques minutes furent à peine données à la curiosité. La plupart des assistants avaient conservé leurs costumes d’atelier.... Les vestes, les blouses, les vieux paletots maculés par le travail, s’étalaient dans les stalles veloutées, sans que le contraste eût rien de blessant pour les yeux, tant était simple et digne la conte-
i. Louis Blanc, Histoire de la Révolution de I8b8, t. I, p. 167.
Qcentin-Bauchaht. — Crise sociale de 1818.
LA CRISE SOCIALE DE i848
nance de ces nouveaux sénateurs » L Ce sens de la tenue, chez les ouvriers parisiens, parut de bon augure.
Nous ne savons trop comment avaient été désignés ces premiers délégués : un peu au hasard sans doute. Dès cette première séance d’ailleurs, purement préparatoire dans son esprit, Louis Blanc voulut régulariser le recrutement de la nouvelle assemblée : il fit décider que chaque corporation nommerait trois représentants; l’un d’eux ferait partie de la commission proprement dite, où s’élaboreront réellement les réformes sociales, avec le concours de représentants des patrons et des principaux économistes de l’époque; les deux autres ne paraîtraient qu’aux assemblées plénières, pour donner leur approbation aux rapports présentés par la commission de travail.
C’est en vertu de ce règlement, rappelé par un avis du G mars paru au Moniteur , que 242 ouvriers vinrent prendre place, le 10, à la première séance solennelle 2, et que, dans le courant du mois, 454 autres délégués furent encore désignés3. Mais, en réalité, les corporations parisiennes n’existaient plus guère, en 1848, qu’à l’état d’exception, et les élections des délégués durent donc se faire de façon très variée et nécessairement très irrégulière; là où se retrouvaient des groupements professionnels organisés, c’est-à-dire dans les métiers où le compagnonnage avait survécu, et surtout dans ceux qui avaient dû se constituer fortement pour mener les grandes grèves de la Monarchie de Juillet, le système préconisé par Louis Blanc put fonctionner; mais, ailleurs, les désignations se firent au hasard de réunions improvisées, qui ne représentaient que d’une façon très imparfaite l’ensemble de la profession. Il arriva ainsi qu’en l’absence de syndicats légalement et officiellement constitués, plusieurs groupements prirent naissance dans chaque métier et que chacun d’eux délégua au Luxembourg; il y eut même des endroits où la circulaire de Louis Blanc fut interprétée de
i. A. Cochut, Les Associations ouvrières , histoire et théorie des tentatives de réorganisation industrielles opérées depuis la Révolution de lShS, i85i, p. io.
a. Leurs noms sont publiés dans le Moniteur.