Viliermé, op. cit., t. II, p
dont nous parlions précédemment, Villeneuve-Bargemont en comptait 44 000, plus du quart, victimes du défaut ou de l'insuffisance de travail *.
Or, les débuts de la grande industrie furent ravagés par des crises économiques, où la surproduction d’usines trop actives provoqua l’encombrement des marchés, et par suite, avec l’arrêt de la production, le licenciement des ouvriers. Le plus terrible est que ces « crises de croissance » et ces « incohérences juvéniles du capitalisme », selon le mot de M. Fournière1 2, se renouvelaient avec une fréquence désastreuse et semblaient même affecter une véritable périodicité ; les économistes qui les étudiaient vers 1848, après en avoir vu sévir quatre en trente ans, commençaient à les considérer comme une nécessité même de l’actuel régime économique ; « les grands chômages périodiques modernes, écrivait Adolphe Blanqui, sont l’œuvre du système manufacturier et ne disparaîtront qu’avec lui3 ».
Cette théorie serait d’autant plus désespérante, si vraiment elle était exacte 4, que les industries les plus exposées au chômage sont précisément celles où l’ouvrier gagne le moins quand il ne chôme pas : celles du coton, du fil, des lainages 5. De plus, « c’est ordinairement par les plus pauvres que les réformes commencent ; on ne les emploie plus que trois ou quatre jours par semaine au lieu de six, ou bien six ou huit heures par jour au lieu de treize, heureux encore quand ils trouvent un peu d’ouvrage. « Comme, dans les moments de prospérité industrielle, ces malheureux ne gagnent rien au delà de ce qu’il leur faut rigoureusement pour vivre, la plus petite diminution de salaire les réduit à une extrême indigence 6. »