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Granier, par exemple à Montpellier

LA CRISE SOCIALE DE i848

en vain, d'empêcher l’immoralité d’envahir la classe ouvrière 1 et de prévenir la scission que les conditions nouvelles de l’industrie aggravaient entre les classes sociales. Les secours de maladie étaient fréquents aussi 2, moins peut-être que les renvois des travailleurs dont l’incapacité de travail se prolongeait; les fabricants de Sedan avaient trouvé une conciliation entre leurs sentiments d’humanité et leurs intérêts qui leur interdisait d’alourdir de non-valeurs leurs frais de production : le malade ou sa famille présentait un remplaçant, qu’il payait lui-même, et, par contre, il recevait intact son salaire. A Sedan encore, on conservait fort longtemps, dans les usines, les vieillards qu’on employait à des travaux spéciaux et auxquels, plus tard, on faisait une pension3.

On cherchait aussi des remèdes à la grande plaie du chômage, la plus redoutée. Certains employaient leurs ouvriers par roulement; d’autres, comme la fabrique de Morvillars, en 1846, prévoyant la crise, faisaient d’énormes achats de blé 4 5 qu’ils revendaient au prix coûtant à leur personnel, lui évitant parfois 10 ou 12 francs de hausse par quintal. Le peintre Leclaire, à Paris, qui n’employait, il est vrai, que 60 à 80 ouvriers, s’efforçait de leur assurer du travail, à plus bas prix, pendant la morte-saison et, au besoin, leur faisait des avances dont il se remboursait sur leurs salaires, à la reprise des travaux. Le même Leclaire, en 1842, avait créé la participation aux bénéfices, malgré les difficultés que lui suscita la Préfecture de Police, et distribué à ses ouvriers plus de 11000 francs la première année, et 20 000 francs la troisième. Le même principe, sous forme de primes proportionnelles aux salaires reçus, fut adopté par la papeterie du Val-Vernier, l’imprimerie Paul Dupont, et, en 1845. par la Compagnie d’Orléans, qui, en 1852, partageait près de 1 150000 francs entre 2 800 employés s.

i . Dans un ordre d'idées analogues, Bouterél, teinturier à Paris, employait chez lui les femmes légitimes de ses ouvriers.

a . La Compagnie des Mines de la Loire avait dépensé plus de 100 ooo francs en fondations de toute espèce (écoles, pharmacies, etc.).

3. Cunin-Gridaine en servait une de 120 francs à ses vieux ouvriers,

é. 100000 francs à Morvillars.

5. Pour ces questions diverses se rapportant aux efforts patronaux en faveur de leurs ouvriers, cf. Yillermé, op. cit., t. I, p. 67, 58, 272; Blanqüi,

EXCÈS DU RÉGIME INDIVIDUALISTE

Enfin, diverses combinaisons avaient été essayées, pour assurer aux travailleurs des pensions de retraite ou de secours, en cas de maladie. Les types en variaient beaucoup, depuis les caisses créées par le patron, administrées par lui et alimentées tant par ses propres sacrifices que par des retenues sur les salaires, comme celles de Morvillars ou de Romilly, jusqu’aux sociétés de secours mutuels purement ouvrières. Nous avons signalé les débuts de ces dernières ', qui se développèrent beaucoup après 18302, malgré les difficultés que leur suscitait souvent l’administration, appuyée sur la loi du 14 juin 1791 : celle-ci se souvenait de la part prise par les Mutuellistes de Lyon aux événements de 1831 et 1834, et elle était tentée d’y voir des organisations révolutionnaires 3, ou, au moins, selon les expressions d un contemporain, « des clubs industriels, des sociétés d union, où les associés concertent entre eux des mesures propres à faire hausser les salaires par des voies abusives et condamnables ». A ce dernier point de vue, elle ne se trompait pas toujours, et les associations de secours mutuels, en l’absence d’autres organes ouvriers, continuaient assez souvent à cacher des centres de résistance aux patrons.

En outre du mauvais vouloir administratif et de l’écueil que présentait pour elles leur transformation en organes de combat, ces sociétés, très diverses d ailleurs, rencontraient de nombreuses causes d’échec, fl abord dans une mauvaise gestion financière, fréquente, tpii avait souvent pour origine l’inexpérience des directeurs, comme aussi l’inexactitude des

np. cil., p. 107, 2 4i; Frégier, op. cit., t. I, p. 2g6-3oj ; Véron, Les Associations ouvrières de consommation , de crédit et de production — ,p. ioo; rtx, op , cit., p. 7V, Levasseur, op. cit., t. Il, p. 227, 228, 208, 23c), 2G8, Leioj- Beaulieu, op. cit., p. 196.

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