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Frégier, op. et., p

LA CRISE SOCIALE DE i848

tables de mortalité sur lesquelles ils établissaient leurs calculs. Beaucoup sombraient encore pour avoir été trop ambitieuses et pour avoir voulu assurer à leurs membres des retraites trop élevées, en outre des secours de maladie. Il y en avait, enfin, qui se réunissaient au cabaret une fois par mois, aux dépens de leurs fonds, ou adoptaient l'usage de se partager le surplus de la caisse en fin d’année, quand elle dépassait une somme fixée. Cette pratique, répandue à Lille par exemple, y avait beaucoup nui aux institutions de prévoyance : alors que, en 1828, Villeneuve-Bargemont en avait compté 113, avec 7 667 membres, Villermé, en 1836, n’en trouvait plus que 106, avec 7 329 membres.

Cette période de début et de difficultés, pour les sociétés de secours mutuels, se prolonge jusqu’aux environs de 18-10. A cette époque, sous l’influence d’un vif mouvement d’idées que nous étudierons bientôt, un revirement se produit en leur faveur. Le gouvernement cesse de les entraver et cherche au contraire à les encourager; une circulaire de Rémusat, ministre de l’Intérieur, datée du 6 août 1840, les recommande à ses Préfets1 en termes chaleureux, ainsi qu’aux Conseils Généraux. Les classes riches, les manufacturiers, commencent à s’y intéresser, à y participer par des dons2; alors se répand le type de société qui, aux associés participant au secours, joint des membres honoraires payant des cotisations sans rien réclamer en échange ; les institutions de ce genre, grâce aux fonds supplémentaires ainsi recueillis, grâce à l’intervention de gens plus expérimentés dans leur direction, grâce aussi à la modération de leurs visées sous cette influence, prospérèrent le plus souvent : Nantes en fournit le meilleur exemple. Elles restèrent cependant en assez faible minorité, par rapport à l’ensemble, en raison de l’esprit d’indépendance des ouvriers, qui préféraient généralement une liberté complète à de moins gros risques. Quoi qu’il en soit, et quelle que fût la variété des types, les orga-

1. Celui de Niorl n'avait pas attendu celte invitation pour en fonder une dès i838.

2. Un comité de propagande en leur faveur se fonda à Paris un peu avant i8/|8.

EXCÈS DU RÉGIME INDIVIDUALISTE

nisations de secours mutuels se trouvaient en plein développement à la veille de la Révolution de Février, puisqu’un calcul fait en 1847 estimait à 2 056 le nombre de celles qui possédaient un dépôt à la Caisse d’épargne, et à 5 120 000 francs le total de ces dépôts l. '

On peut, à côté de celles-ci, relever des essais encore très timides de coopératives. Les associations de consommation étaient fort peu connues en France; Véron2 ne relève guère que la boulangerie de Guebwiller, fondée par deux manufacturiers en coton, Schlumberger et Bourcart, dès 1832, et qui prospéra à travers toutes les crises. En 1847, à Dieuze, un autre patron, Grimaldi, créa une entreprise semblable, et, la crise passée, la céda à ses ouvriers. Les coopératives de production commençaient à jouir de plus de faveur, mais dans la théorie presque uniquement; le socialisme allait s’emparer de leur principe pour y chercher la solution de toute la question sociale. Cependant les expériences étaient encore peu nombreuses; dès 1831, Bûchez, dans V Européen , les préconisait, mais sur des bases qui en rendaient la réalisation difficile : gros prélèvement sur les bénéfices pour créer un fonds social inaliénable et indivisible, rejet systématique du travail à la tâche, admission de tout ouvrier qui le demandera, même sans capital. Une première association de menuisiers, fondée sur ces bases le 10 septembre 1831, ne put arriver à fonctionner; cependant, en 1834, Y Association chrétienne des ouvriers en doré , toujours inspirée par les memes principes, parvint à vivre, et même à prospérer; mais, comprenant 4 ouvriers seulement à l’origine, elle ne put jamais dépasser le nombre de 18 h D’autres entreprises analogues, celle des ouvriers de 1 im-

1. Hubbard, De l'organisation des Sociétés de prévoyance ou de secours mutuels...., i852, p. 7 ; M. Levasseur (op. cit., p. 22 1) estime cette évaluation au-dessous de la vérité. Cf. également, sur les sociétés de secours mutuels . Frégier, op. cil., p. 387-389; Du Cellier, op. cit., p. 4.12; Villermé, op. cit., t.. I, p. io4; E. Laurent, Le Paupérisme et les associations de prévoyance , t. I, p. 270, 273; Baron de Gérando, De la bienfaisance publique , t. I, p. 80.

2. Les associations ouvrières de consommation, de crédit et de production en Angleterre, en Allemagne et en France, i865, p. »35.

3. Elle retomba à 12 en i85i, à 8 en i8G5. A celle époque elle possédait un capital de 100000 francs et donnait aux associés un dividende de 20 p, 100. Depuis 1 843, elle était dirigée par un gérant unique.

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primerie Everat, après 1830, la Société des Dix , composée d’imprimeurs, en 1840, ne tardèrent pas à faire faillite. Le gouvernement, d’ailleurs, leur était hostile et les soupçonnait de cacher des conspirations et des coalitions; parfois même il les poursuivait et les tribunaux les condamnaient b En réalité, « les rares entreprises d’association du règne de Louis-Philippe étaient formées, en général, par des ouvriers d’élite, dont plusieurs auraient réussi comme patrons i. 2 », et n’apportaient, par conséquent, aucun élément appréciable à la solution de la question ouvrière.

Cette question, jusque-là presque inexistante pour les classes dirigeantes, commença à s’imposer à leurs préoccupations vers 1840. Le milieu du règne de Louis-Philippe, en effet, assiste d’un côté à l’éclosion de systèmes variés, qui tous tendaient à la transformation radicale de la société et remuaient profondément les masses populaires, ou, en d’autres termes, à une vigoureuse poussée de ce qu’on commençait d’appeler le socialisme3; et, d’autre part, du sein même de la bourgeoisie et du patronat, s’élevèrent les voix d’hommes de bonne volonté, entrés en contact avec le monde ouvrier, émus des misères qu'ils avaient aperçues, et qui, continuateurs des Sismondi et des Villeneuve-Bargemont, dénonçaient avec plus de force encore, et plus de faits à l’appui, les désastreuses conséquences de la concurrence illimitée et du laissez-faire : Eugène Buret 4, La Farelle5, Frégier 6, Villermé surtout7 et, un peu plus tard, Ducpe-

i. Par exemple, à Saint-Etienne, en 1 84 1 .

3. Levasseur, op. cit., t. II, p. sôi. Cf. également Eog. Véron, op. cit., p. 180 et suiv.

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