‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 57 sur 158 · Philibert Audebrand, Nos Révolutionnaires, p · texte numérisé non relu

Philibert Audebrand, Nos Révolutionnaires, p

5. A l’autre extrémité, parmi les réformateurs, de sentiments très conservateurs, il est vrai, on trouve des catholiques avérés, comme Bûchez et sa petite école groupée autour de l'Atelier.

la plupart au contraire prennent comme rondement môme de leurs doctrines une sorte de déisme vague, visiblement hérité de Rousseau, une croyance à un Être suprême, dont ils réaliseront la volonté en délivrant l'humanité de ses maux : « J’ai besoin de croire à un Dieu unique, Créateur, Père, Architecte de tout le reste de l’Univers », affirme Cabet1. — « En demandant que le droit de vivre par le travail soit garanti, on salue le Créateur dans son œuvre », proclame Louis Blanc2. A la base des idées de Fourier sur l’action bienfaisante des passions livrées à elles-mêmes, il y a la croyance à une Providence qui n’a pu les créer que bonnes 3.

Ce déisme d’ailleurs se teinte assez fortement de panthéisme : Dieu, c’est la nature; les lois naturelles se confondent avec la volonté de Dieu. « La Divinité, comme la définit Cabet4, est cette cause première dont je vois les effets, à qui je prête une figure humaine afin de mieux la comprendre, et de pouvoir plus facilement en parler, mais dont, avec mes sens restreints et mon organisation imparfaite, je ne puis apercevoir et connaître ni la forme ni l’essence. » Pierre Leroux, qui voit dans les Déclarations des Droits de 1789 et 1793 un « système de religion », en cherche une nouvelle, supérieure au christianisme, dans l’Humanité, dans la Démocratie.... Rappelons enfin le caractère absolument religieux du Saint-Simonisme, précurseur de tout ce mouvement de réformes sociales.

Celui-ci affecte même, dans son ensemble, l’aspect d’un néo-christianisme, et les titres seuls de certains ouvrages en font foi : le Vrai Christianisme , de Cabet; les Paroles d'un Croyant , de Lamennais; Y Évangile du Peuple, d’Esquiros. Ce n’est pas que les nouveaux prophètes soient des pratiquants, ni même des fidèles; ils voient plutôt dans le Christ un homme de génie, l’homme le plus extraordinaire que la terre ait porté; mais leur esprit répugne trop au

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