Répartition des richesses , p
LE SOCIALISME DE i84o
Blanc1, Cabet surtout 2, s’efforcent de trouver dans l’Évangile l’exaltation des richesses matérielles; selon l’expression de M. Fournière3, ils opposent « un sensualisme chrétien à l’ascétisme catholique ». Saint-Simon, avec la réhabilitation de la chair, Fourier, avec sa théorie sur l’attraction passionnée, leur avaient montré le chemin; ils rejettent donc la résignation, essence même du christianisme, qui eût condamné leurs efforts; ils proclament que, dans la société idéale qu’ils prônaient, vertu et richesse seront deux termes intimement mêlés, puisque la vertu consistera à poursuivre la richesse, et, « fondant ainsi la morale sur la satisfaction complète des besoins matériels 4 », ils s’efforcent de résoudre l’antinomie entre les philosophes qui disent : « Bornez vos désirs » et les économistes qui s’écrient: « Consommez pour pouvoir produire ».
C’est là, certes, une conception chrétienne passablement anormale, et qui paraît assez justifier le reproche de Proudhon à Pierre Leroux, de « mêler la théologie avec l’économie politique, ou, comme dit le proverbe, le bon Dieu avec les prunes. » — « Cet abus de religiosité, ajoutait-il, est une des mystifications de notre époque 5. »
Il ne s’adressait pas moins, dans le peuple, à un instinct profond, et cette sorte de religion qui prêchait le bonheur de l’humanité au nom du Christ devait, plus qu’une aride démonstration des phénomènes économiques, réussir à y éveiller de ces courants d’enthousiasme qui bouleversent une société.
Des prédications, souvent confuses, trop savantes et contradictoires de cette religion nouvelle aux multiples prophètes, la foule ne pouvait retenir que quelques idées