‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 60 sur 158 · La Voix du Peuple, i3 décembre · texte numérisé non relu

La Voix du Peuple, i3 décembre

simples : d'abord, sans contredit, nous l’avons vu, que la société était mauvaise et qu’il fallait la changer; ensuite, et c’est là le second point, que l’instrument de cette transformation devait être l’État, dont le vrai rôle consiste « à intervenir, comme une sorte de Providence, pour mettre chacun à la place que son talent naturel ou acquis lui mérite 1 ».

Le socialisme ici se rencontrait donc avec le mouvement d’idées qui dictait au gouvernement les premiers essais d’une législation ouvrière, et nous avons plusieurs fois souligné la nécessité qui poussait le réformateur, quel qu’il fût, à s’adresser à la puissance publique, en l’absence d’autres organismes sur lesquels il put s’appuyer. Cette nécessité est particulièrement ressentie par les socialistes : certains d’entre eux lont même de 1 État le moteur suprême et unique de tout le mécanisme social; ils absorbent tout en lui et attendent tout de lui, depuis leur nourriture jusqu'à leurs amusements : ce sont les communistes, dont le plus influent est Gabet2. Les autres, par contre, ne voient point le but suprême dans ce despotisme étatiste, mais, s’ils songent à l’écarter plus tard « comme on fait d’une échelle dès qu’on a franchi le mur », ils n’en sont pas moins forcés de lui demander, pour le moment, les moyens de transition qui conduiront à 1 application de leurs idées3. Comme le dit Louis Blanc4, ils veulent « un gouvernement qui intervienne dans 1 industrie, parce que, là où l’on ne prête qu’aux riches, il faut un banquier social qui prête aux pauvres ».

Le socialisme (si l’on excepte Proudhon) ne vise donc pas à affaiblir l’autorité gouvernementale ni la centralisation; il tend plutôt à les renforcer. Il faut, dit Vidal5, « réhabiliter l'idée du pouvoir, dans l’intérêt du peuple, dans l’intérêt de 1 ordre et de la liberté ». C est l’idée aussi d’un Toussenel, quand il attaque la féodalité financière et qu’il réclame une main de fer, capable de protéger les faibles contre ses

i. Du Cellier, op. cit., p. 38i.

3. Moins absolus, mais attendant aussi de l'État la réglementation de toute la production, sont les collectivistes, comme Pecqueur

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