‹ La crise sociale de 1848;Chapitre 64 sur 158 · Discours sur l'origine de l'inégalité, t. II, p. 3g · texte numérisé non relu

Discours sur l'origine de l'inégalité, t. II, p. 3g

3. Cf. Saint-Simon dans L'Industrie-, Pierre Leroux dans Malthus et les économistes ; Proudhon dans le Système des Contradictions économiques.

Qukntin-Bauchart. — Crise socialo de 1848.

LA CRISE SOCIALE DE i848

son système, les moyens de production appartiennent tous à la communauté phalanstérienne.

Ainsi, sous la poussée des idées socialistes, commence à s’ébranler le respect de la propriété considérée comme un droit absolu. Dans le même sens travaillent, quoique inspirées par des considérations tout autres, les restrictions de plus en plus nombreuses apportées à la liberté des propriétaires par suite du développement industriel, de la croissance des agglomérations urbaines, des exigences fiscales ou de la tutelle gouvernementale : expropriations, alignements des villes, régime des mines, réglementation de l’emploi des machines, de l’usage des eaux courantes, des déboisements, des industries ou des logements insalubres, du travail dans les usines depuis 1840, etc. L’esprit de la foule se trouve ainsi préparé à ne pas considérer comme intangible le droit de propriété, et à admettre comme une chose naturelle, comme une chose juste, que l'Etat dispose en faveur de l’intérêt général, et sans autre limite que sa seule volonté, des biens des particuliers, soit de leur vivant, soit après leur mort1. Et ainsi s’achemine-t-on, peu à peu, vers les solutions communistes, collectivistes ou associationnistes, que les réformateurs de la société viennent proposer au problème de la misère.

i . .. Il ne faut pas, écrivait encore Tocqueville en octobre i&k'j, que les propriétaires se fassent illusion sur la force de leur situation, ni qu’ils s’imaginent que le droit de propriété est un rempart infranchissable parce que, nulle part jusqu’à présent., il n’a été franchi, car notre temps ne ressemble à aucun autre. Quand le droit de propriété n’était que l’origine et le fondement de beaucoup d’autres droits, il se défendait sans peine, ou plutôt il n’était pas attaqué; il formait alors comme le mur d’enceinte

de la société, dont tous les autres droits étaient les défenses avancées

Mais, aujourd’hui que le droit de propriété n’apparaît plus que comme le dernier reste d’un monde aristocratique détruit, lorsqu’il demeure seul debout, privilège isolé au milieu d’une société nivelée, qu’il n’est plus à couvert derrière d’autres droits plus contestables et plus haïs, il n’en est plus de même; c’est à lui seul maintenant à soutenir chaque jour le choc direct et incessant des opinions démocratiques.... Bientôt ce sera entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas que s’établira la lutte politique, le grand champ de bataille sera la propriété, et les principales questions de la politique rouleront sur des modifications plus ou moins profondes à apporter au droit des propriétaires. » {Souvenirs , p. i3 et suiv.).

Tout le mouvement d’idées en faveur des réformes sociales est en effet dominé à cette époque par la pensée de substituer à la dispersion et au conflit des efforts individuels leur coopération dans un système d’association. Là réside, au témoignage de tous, « le plus grand problème des temps modernes 1 ». Chacun propose sa formule, plus ou moins radicale, mais toutes reposent sur la même base, depuis Bûchez, qui, sans supprimer la concurrence, essaie de créer des coopératives de production, jusqu’à Cabet qui absorbe toute l’activité économique dans une seule association gigantesque qui est l'État, en passant par Fourier et ses phalanges, par Louis Blanc et ses ateliers sociaux, par Pecqueur, précurseur du collectivisme, par Proudhon lui-même qui, après avoir raillé cette panacée et nié sa valeur2, finit par réclamer lui-même des « compagnies de travailleurs 3 ». A ce dogme de l'association 4 ne sacrifient pas seulement les socialistes, ni même les républicains, très férus en théorie de coopératives5 6; les conservateurs les plus attachés au régime de la concurrence y voient un principe à encourager, un remède aux maux que les débuts du laisser-fciire ont pu créer, une forme de l’activité humaine à laquelle appartient l’avenir. « Plus on réfléchit sur les souffrances qui affligent les travailleurs, écrit Louis Reybaud dans le livre même où il s’efforce d’exécuter les doctrines socialistes 8,

1. Louis Reybaud, Études sur les réformateurs contemporains ou socialistes modernes , 2“ éd., i848, t. J, p. 317.

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