CHAPITRE III — LE PARLEMENTARISME
le tribune, de gagner, au besoin, par des concesjions fâcheuses^ les sympathies de ses subordonnés, l'échapper aussi longtemps que possible aux diffimités et de les mettre en réserve pour son successeur. L'idée de gouvernement qui implique Tesprit ie solidarité, le sens de la tradition, le courage des responsabilités, s'obscurcit insensiblement ».
Il n'y a plus aucune division de travail, puisqu'il l'y a plus d'organisation. Tout est confondu.
Écoutons M. Aynard : « On devine facilement juel doit être, en ces conditions, la qualité du travail parlementaire. Elle va en s'abaissant, comme les iiommes qui s'y livrent. La valeur des lois présentées lie ressent de l'exclusion des minorités dans leur ^réparation. Mais, au fur et à mesure qu'on travaille noins bien, l'usine législative déverse plus de proiuits de façade ou de parade; plus de deux mille 3rojets ou propositions de lois sont déposés sur le Dureau de la Chambre dans chaque législature. La plupart de ces projets, heureusement, ne peuvent irriver jusqu'à la discussion publique et au vote ; quelques lois utiles restent en route, à cause de Ten- ^ombrement. Voilà, par exemple, trois législatures, )'est-à-dire douze ans qui se sont écoulés, sans qu'on iiit pu faire passer la loi, extrêmement urgente, qui ioitédicter l'usage des nouvelles forces motrices pro- /enant des chutes d'eau (1). Le règlement sommeille. La formalité protectrice des deuxième et troisième
(1) Cette « négligence » est trop favorable aux intérêts de la iaute fin^^c3 pour qu'elle ne soit pas commandée.
lecture est complètement tombée en désuétude. Les ordres du jour sont changés par de constants caprices ; il arrive que des lois importantes sont votées par surprise, sans discussion^ ou bâclées. Les motions ou résolutions, qu'on écartait autrefois, encombrent les séances. Des votes irréguliers et suspects vont jusqu'à changer la majorité... La Chambre ne s'intéresse qu'au côté théâtral des débats, c'est-à-dire aux interpellations et aux luttes pour la vie des ministres périssables... C'est un curieux spectacle que de voirj les députés se disperser comme une volée d'oiseaux lorsque, après une interpellation, on aborde les choses^ sérieuses. La discussion de la loi sur les retraites) ouvrières, qui provoque tant d'amour étalé, a été suivie par une moyenne de vingt-cinq députés. On' remarque la même nonchalance dans le travail plus important qui se fait dans les commissions. Il est. bien rare qu'une commission réunisse d'une manière constante le quart de ses membres ».
Qui s'attribue des fonctions qui ne lui conviennent pas, néglige nécessairement celles qui lui sont propres. Ainsi, le parlementarisme est un creuset de dissolution, il crée le chaos au centre du vide. Tout ce qui était la France est dans le chaos central. Au delà, bientôt, il n'y aura plus rien, — sinon des électeurs et des contribuables (1).
(1) Dans son Cours d'économie politique^ Charles Gide écrit: (( Il y a soixante ans (en 1846), la population urbaine représentait un peu moins du quart de la population de la France (24,40 0/0). En 1876, elle en représentait beaucoup plus du tiers