CHAPITRE IV — LA DICTATURE POSITIVE
La République parlementaire est le pire des gouvernements pour la classe ouvrière, puisque c'est celui de tous les parasitismes. Le travail n'est fécond et heureux que dans Tordre. Il n'y a pas de catégorie sociale qui, en fin de compte, ait plus à souffrir du désordre que celle des travailleurs. Le parasitisme éclôt dans l'anarchie, et pour prospérer il l'entretient et la développe. C'est là, au fond, le moteur, tout le mystère du mécanisme parlementaire.
Le régime républicain parlementaire ne peut sincèrement favoriser les progrès du syndicalisme, puisque le syndicat est un groupement de forces positives, une organisation, et que les forces positives, l'organisation, combattent et excluent le parasitisme. Les politiciens le reconnaissent eux-mêmes quand ils proclament que leur régime ne saurait supporter aucun État dans l'État, ce qui veut dire, si Ton s'entend, aucune action positive d'ordre contre les puissances de corruption.
La grande Révolution bourgeoise, purement négative, a libéré les riches de tous leurs devoirs et retiré aux prolétaires toutes leurs garanties. Depuis, il n'y a plus de lien, et donc plus de société. L'or a toutes licences, — et il en use. Le prolétaire n'a aucun recours contre la plus exécrable des tyrannies. Son bulletin de vote est une énorme mystification, puisqu'il ne saurait lui servir qu'à consacrer sa misère et à l'accroître. Le prolétaire n'est une force que pour l'organisation, car, producteur, il ne peut être qu'une puissance d'ordre. Et voilà pourquoi la Révolution a interdit les corporations et les coalitions ouvrières.
Depuis, tous les gouvernements du siècle, — et même les rois, — ont tenu bon pour maintenir le prolétariat dispersé et, conséquemment, hors la Cité. Et si, en 1884, on a pourtant reconnu Texistence légale des syndicats, c'est que ceux-ci, par l'action directe, l'audace du fait, avaient déjà imposé leur existence réelle. Waldeck-Rousseau, en paraissant prendre la tête du mouvement, se proposait de le canaliser et de le faire dériver vers le réceptacle sans fond de la place Beauvau. M. Barberet Taida avec toute la prudence d'un fonctionnaire. Pour habile que fût ce coup, et si bien conduit, il échoua piteusement. Le bon sens prolétarien déjoua ces subtiles combinaisons. Il en déjoua d'autres. Maintenant, on va peut-être employer la poigne, ultima ratio,,.
Nous ne croyons donc pas que le syndicat, non plus qu'aucune autre organisation sociale, puisse coexister avec le parlementarisme. Il faut que l'un des deux principes, celui d'organisation ou de dissolution, absorbe l'autre. Tant qu'il sera possible qu'un Briand devienne ministre par les procédés qu'on sait, la démagogie surgira toujours spontanément des organisations ouvrières, pour les détourner de leurs fins, de leurs fonctions essentielles, et par là ks désagréger.
Cependant, entre la révolution sociale et le roi, l'anarchie et la monarchie, nous entrevoyons d'autres solutions, — ne serait-ce que celle de la République positiviste. Les événements prononceront en dernier ressort. Pour nous, nous ne pouvons accepter de limiter les possibilités de salut.