CHAPITRE II La Décomposition morale
Les spirituels chroniqueurs et les aimables philosophes, dont l'essentielle fonction est de nous amuser d'un mot et de nous endormir d'un sophisme, ont beau jeu contre les prophètes de malheur. N'ont-ils pas pour eux, d'abord, l'innombrable légion de ceux qui ne veulent rien voir ni savoir, tout l'énorme poids mort social de la paresse et du parasitisme. Jouir du moment, jouir quand même, amasser de l'or : cela durera bien autantqueleur spasme. Après, disent-ils, on se débrouillera, c'est-à-dire nos fils se débrouilleront. On en a vu bien d'autres : la guerre, la Commune... Amusons-nous.
Depuis que les esprits chagrins nous annoncent la fin de tout dans la désolation de la désolation, on va tout de même, — et gaiement. On n'a jamais été aussi gai. A Paris seulement, il n'y a pas moins de deux cent mille filles de joie préposées à nos nobles plaisirs, — sans compter les hommes de lettres.
Sous la Restauration, on dénonçait déjà la plaie