‹ La crise socialeChapitre 142 sur 184 · CHAPITRE II — LA DÉCOMPOSITION MORALE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II — LA DÉCOMPOSITION MORALE

-du fonctionnarisme. Les Teste et Gubières du roicitoyen, pour ne pas remonter aux Fouquet du roi- Soleil, ont précédé les politiciens de la troisième République. Il y a un siècle, J. de Maistre signalait un cas de prostitution infantile, et Ton peut lire dans le Journal des Concourt (année 1863) : « Aubriey me contait que dans la rue, hier, une petite fille de sept ou huit ans lui avait proposé sa sœur, une fillette de quatorze ans, en lui offrant de faire, avec son haleine, de la buée sur les carreaux de la voiture où ils monteraient, de manière que les agents de police ne voient rien ».

Ce qui semble donner raison aux esprits superfi- •ciels et faciles qui se satisfont d'un calembour et des apparences, c'est que l'agonie est lente, beaucoup plus lente que ne l'avaient pu supposer les moralistes et les sociologues. L'énergie de vivre de tout organisme social est considérable.

Néanmoins, lorsque l'infection est généralisée, c'est la dissolution, la déliquescence, et Tissue tragique est fatale, à bref délai.

. Pessimisme, dira-t-on. Non pas. Nous ne signalons qu'un mal trop réel, et pour qu'on y fasse attention avant qu'il soit trop tard ; nous ne désespérons que des principes morbides qui décomposent la société, et pour qu'on en revienne aux principes qui la vivifieraient. Est-ce là du pessimisme?

Mais les principes que nous dénonçons, — suffrage universel, parlementarisme, irresponsabilité, etc., — sont-ils aussi nocifs que nous le prétendons, et le mal aussi grave que nous le disons ?

Des principes se peuvent discuter. La pourriture et rincohérence parlementaires se manifestent assez par notre impuissance au Maroc, les affaires politico-financières, liquidations, Chartreuse, Ro^ chette, Marix, fournitures militaires et autres, la révolte des fonctionnaires, etc., pour qu'il soit nécessaire d'y insister. Nous n'en avons pas fini avec les scandales, les hontes et les désastres de ce régime (1).

Le mal ne se peut contester. Les faits sont là. Nousciterons les plus graves : la criminalité qui s'étend jusqu'à provoquer la désagrégation sociale, le divorce qui dissout la famille, la dépopulation qui livre la nation.

Dans la Revue des Deux-Mondes, M. Henri Joly écrivait dernièrement :

(( La statistique qui vient de paraître et qui donne une récapitulation des années allant de 1901 à 1905,

(1) Le Temps, qui est obstinément ministériel, et donc aussi optimiste qu'un haut fonctionnaire, en arrive à dire, au sujet des boucheries militaires :

(( Commerce local, presse locale, intérêts locaux : c'est toujours le même adjectif qui revient dans cette histoire véridique. Ajoutez-y les représentants locaux, qui interviennent auprès des pouvoirs publics en faveur de la viande malsaine, et vous avez tous les éléments d'un diagnostic complet, vous connaissez le mal dont nous souffrons : c'est la ligue des intérêts particuliers contre l'intérêt général. Ah ! l'on disserte sur la crise du parlementarisme ; et nous avons publié, l'autre jour, une consultation de M. Poincaré sur ce sujet. Mais le mal est plus profond qu'on ne croit, et les remèdes que l'on propose sont bien anodins. Le mal, c'est l'impunité ou la protection de la fraude; c'est le gaspillage des ressources de la nation. C'est le triomphe du braconnier sous toutes ses formes. C'est 1©

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