CHAPITRE II — LA DÉCOMPOSITION MORALE
dans son livre, Peine de mort et criminalité : « Pajot estimait qu'il y avait plus d'avortements que d'accou- -chenients... Il y a 150 sages-femines à Lyon. Une sage-femme nous raconte qu'elle voit à peu près trois avortements par semaine, ce qui fait environ 150 par an. Prenons une moyenne. Nous pouvons admettre que, sur 150 sages-femmes, il y en a 100 qui observent 100 avortements par an, soit 10,000. Nous savons, d'autre part, qu'il y a à Lyon de 8,000 à 9,000 naissances par an. Donc, il y a plus d'avortements que de naissances».
On peut s'en tenir là. Cette fois, c'est bien la fin de tout. Allons-nous l'accepter?
La pourriture sociale s'étend et pénètre chaque Jour davantage. On ne peut plus se refuser à la voir sous tous ses aspects : la prostitution, le proxénétisme, le jeu, Talcoolisme, les multiples formes de la débauche, grossière et élégante, la pornographie, etc. Les esprits les plus obstinément optimistes s'inquiètent.
Des hommes de bien s'élèvent aujourd'hui particulièrement contre la pornographie. Associons-nous à leur vertueuse protestation. Il y a l'enfance à préserver, d'abord, la pudeur féminine à défendre, la dignité française à soutenir. Il y a la vilenie, la niaiserie, la bestialité à contenir.
Dans un congrès qui a tenu ses séances à Paris, €n 1908, on a vigoureusement dénoncé l'audace des exploiteurs de la pourriture sociale.
Rien de mieux, certes.
Les philanthropes et les moralistes sont de bonnes
gens, qui ne manquent pas de courage. Là surtout, il fcuit être avec eux et braver résolument le ridicule, de s'avouer sain et propre. C'est, à tout le moins, manifester que Tinfection n'a pas tout gagné.
Est-ce à dire qu'on va guérir le mal?
Hélas ! les philanthropes et les moralistes affectionnent trop les tâches faciles et glorieuses, ils répugnent trop à la pénible et vulgaire besogne de fouiller le social pour atteindre les racines qui y sont enfoncées profondément. Ils sont généreux et éloquents. On souhaiterait qu'ils fussent désintéressés et ardents. Leur charité ne peut rien contre la misère, non plus que leurs ligues contre le vice. Il semble, vraiment, après tant d'expériences décisives, qu'ils négligent de s'en prendre décidément au mal même, pour avoir toujours à exercer leur bienfaisance sur les effets.
Ils assistent aux fêtes de charité où il est de bon ton de se montrer, à tous les congrès que préside un membre de l'Institut, ils souscrivent aux Sociétés et Ligues où l'on décore ; mais ils ne participent jamais à une œuvre forte, positive, d'éducation, d'organisation ou de reconstitution sociale.
Si Ton exhibe des filles nues sur la scène d'un théâtre, si l'on expose d'ordurières images aux devantures des kiosques, si la rue est envahie par une librairie immonde, c'est qu'il y a un public avide de toutes ces saletés, — et non pas seulement, comme on rinsinue hypocritement, les désœuvrés étrangers et les rastas de passage.
Réprimons, soit : peut-être intimiderons-nous un