CHAPITRE II — LA DÉCOMPOSITION MORALE
temps l'audace de cette licence, arrêterons-nous un jour la propagation de cette lubricité ; mais, sachonsle, ce sera pour déplacer ou déguiser la dépravation, non pour la supprimer, ni même la restreindre. La répression, en cette matière, si vigoureuse qu'elle soit, ne saurait aller cautériser les profondeurs corrompues où les sanies s'élaborent.
Au congrès international contre la pornographie, on a préconisé surtout l'action policière et judiciaire. Quelques vœux en ce sens, voilà tout ce qu'on peut demander à des congressistes. C'est moins facile à appliquer qu'à voter.
On en a à la pornographie. C'est bel et bien. Mais qu'est-ce que la pornographie? Comme on ne veut pas voir qu'elle a des racines profondes avec des ramifications complexes, comme on veut la traiter par une action spécialisée, il la faut définir. C'est là que les difficultés commencent. La pornographie est bien plus subjective qu'objective. Toute définition ne peut être que vague ou ridicule. Les chevaliers de la pudeur ne redoutent point le ridicule, nous le savons, et c'est parfois du courage quand il ne s'agit que de soi-même; mais c'est aussi, le plus souvent, de la sottise quand on prétend exercer un office social.
Résumant les définitions juridiques des tribunaux de Limoges et de la Seine, M. Pourésy, dans son livre La Gangrène pornographique^ déclare : « Est obscène tout ce qui tend publiquement et intentionnellement au rapprochement des sexes ». Intentionnellement? Comment le reconnaîtra-t-on ? Et puis, comment ne voit-on pas que ce qui tend, même pu-
bliquemont, au rapprochement des sexes, est encore €e qu'il y a de plus sain, et donc de moins immoral?
La définition de M. l'abbé Sertillange serait meilleure : (( La pornographie est tout ce qui trouble la chair ». Mais à qui ? Il y a des maniaques que les gravures de modes excitent beaucoup plus qu'une eau-forte de Rops.
Nous aimons mieux celle de M. Bérenger : « La pornographie, c'est tout ce qui peut corrompre l'enfant », c'est-à-dire toutes les saletés qui sont exposées dans la rue et mises sous les yeux des enfants. On s'y peut tenir pratiquement. Mais là M. Pourésy proteste : <( Si cette thèse était admise en droit correctionnel, dit-il, il y aurait bien peu de pornographie publique à condamner, car la plupart des productions obscènes sont heureusement incomprises de la plus grande majorité des enfants ». Il ne s'agit pas de minorité ni de majorité, mais de possibilité. Il ne s'agit pas, noli plus, de tracasser et de condamner, mais défaire œuvre d'assainissement utile.
M. Pourésy nous cite cet exemple bizarre : « Il y a quelques mois seulement, un homme d'une cinquantaine d'années, me disait : « On fait bien de défendre les enfants contre les pornographes, mais nous, hommes, nous avons besoin que l'on nous défende aussi. Nous avons trop d'occasions de nous corrompre : les tentations, les excitations à la sensualité sont trop puissantes et trop nombreuses dans notre vie privée. Il faut qu'on supprime aussi pour nous ces appels aux passions sexuelles que la pornographie impose à nos regards dans les rues ». N'en