‹ La crise socialeChapitre 153 sur 184 · CHAPITRE III — l'individualisme · texte numérisé non relu

CHAPITRE III — l'individualisme

Tious autant d'ardeur à la reconstituer qu'aujourd'hui de fureur à la détruire.

Ce sera d'abord nous reconnaître des devoirs.

Si ce n'est pas s'assurer le succès du moment, dont nous n'avons cure, c'est faciliter la tâche de reconstitution que de parler des devoirs plus souvent que des droits.

Les devoirs sont positifs, les droits sont négatifs ; ceux-là sont une capitalisation de forces sociales, ceux-ci sont une dépense ; ceux-là sont la coopération féconde, ceux-ci sont le parasitisme mortel. Les devoirs sont remplis par tous et sont pour tous, en définitive ; les droits sont pour quelques-uns et contre d'autres, ou encore — et c'est bien la mystifia cation suprême — s'ils sont exercés par tous, c'est contre tous. Les devoirs fortifient la société de toutes les forces qui convergent vers elle, les droits l'affaiblissent de tout le sang qu'on lui soutire ; ceux-là disciplinent, forgent les volontés individuelles,, ceux-ci dispersent, énervent, atrophient les énergies.

Qui ne voit que si chacun faisait tout son devoir, et plus, sans peser, c'est-à-dire sans frauder, les choses iraient mieux, — en ordre, en justice, en liberté et en humanité?...

Pourquoi ne le fait-on pas, ou rarement, ou en rechignant, par contrainte ? Est-ce mauvaise volonté ou stupidité ?

Sans doute, si l'école officielle, avec son mandarinat, son psittacisme, a développé tératologiquement le verbalisme, la vanité de la singerie d'érudition, elle n'a pas su mettre en valeur le fonds so-

lide de la race, rintuition claire, le bon sens pratique, qui sont le génie et Tintelligence populaires, ni les caractères au surplus. Mais ce n'est là qu'une des manifestations de notre désocialisation, et non . la cause.

C'est le système parlementaire universalisé qui est la cause principale du mal dont nous languissons. C'est lui qui infecte tout Torganisme.

Il en est qui accusent plutôt les idées, l'irréligion. C'est ne s'en tenir qu'aux apparences. Ce sont des obligations morales de la foi dont on se débarrasse bien plus que de la foi elle-même. Et ce qu'on cherche j dans la démagogie et le matérialisme^ ce sont des facilités personnelles bien plus que la justice et la î vérité. Les théories ne viennent qu'après coup, pour expliquer — et excuser — les actes. Aujourd'hui, on met en théorie le vol, l'assassinat, la trahison, la lâcheté, la prostitution. C'est le plus sûr résultat de l'instruction sèche du livre de donner cette aptitude dangereuse au sophisme, habile justificateur des pires défaillances. Attachons moins d'importance aux paradoxes qu'aux gestes inquiétants. Et ceux-ci sont favorisés, déterminés, provoqués même par la fièvre politicienne qui exténue le pays.

L'état d'esprit de nos instituteurs, égarés par une logique absolue, quoique insuffisamment éclairée, surtout insuffisamment vivifiée par l'âme, est devenu un péril national. A qui la faute ? M. George Duruy nous le dit, dans son livre École et Patrie : « Les politiciens qui, depuis trente ans, travaillent à pervertir et à corrompre des hommes qui, sans eux,

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