CHAPITRE III — l'individualisme
— c'était l'ambition, — et les volontés convergeaient ; on veut avoir, — c'est l'arrivisme, — et elles divergent. C'est qu'on ne pouvait avoir sans être. Aujourd'hui, il en va autrement. Les talents qu'il faut acquérir pour être nuisent à ceux qu'il faut employer ' pour avoir. Il n'y a plus d'ordre.
La volonté est donc dispersive. Il y a un maximum d'énergie dépensée pour un minimum de synergie obtenue. Et c'est là qu'est tout le mal, conséquence de l'anarchie générale.
On ne le guérira pas en exaltant l'énergie avec Nietzsche ; mais en organisant la coopération des volontés avec Auguste Comte.
Il ne suffit pas de dire comme Daniel Lesueur : « L'obéissance, la discipline, comme source d'énergie, il nous les faut. Et il nous faut aussi un peu plus de dureté, pour nous-mêmes et pour les autres ». Ce stoïcisme actif, qui s'évertue d'ailleurs dans le vide^ ne sera jamais que pour quelques individus heureusement inconséquents. Le stoïcisme n'a jamais été et ne sera jamais une philosophie sociale. Il n'a eu pour lui que de préparer les voies au christianisme.
Ce ne sont pas les volontés, quelles qu'elles soient, que nous avons à exalter : ce sont les bonnes volontés que nous avons à rallier et à organiser. Pour mieux dire, ce sont les caractères que nous avons à former, — si l'on entend bien que le caractère est un ensemble organique de vertus sociales. L'ordre y est nécessaire.
Ainsi, le Maître que nous avons à proposer, ce n'est pas l'Allemand Frédéric Nietzsche, c'est le
Français Auguste Comte. Le Catéchisme positiviste ^st aussi propre à former des caractères utiles à la société que Tœuvre tumultueuse de Nietzsche à faire s'agiter de factices sur-hommes.
Auguste Comte ne fait pas appel à la volonté. Il sait qu'elle ne fait jamais défaut dans une société * bien ordonnée. Il nous parle surtout de soumission €omme base de tout perfectionnement, il nous engage à rhumilité. Avec Aristote, il dit volontiers : « La principale force de la femme consiste à surmonter la difficulté d'obéir ».
Et ainsi, toute la doctrine positiviste nous met dans la disposition d'exercer sainement notre énergie morale, et par là de la fortifier constamment.
Parce qu'elle n'est qu'un résultat social, c'est en s'oubliant que l'individualité s'accentue et c'est en oubliant la société qu'elle se nie.
Il n'est de réformes durables que par la meilleure convergence des efforts, qui nécessite des règles sociales plus sévères et qui impose, en conséquence, des devoirs de plus en plus complexes et une responsabilité de plus en plus étendue.
Le fou est celui qui ne peut contenir son imagination et conduire ses associations ; le criminel est celui qui ne peut inhiber ses impulsions nocives et refréner ses appétits de brute. L'un et l'autre sont des aliénés. C'est dire que la liberté positive est dans le déterminisme des lois et que le droit est dans le devoir.
L'intelligence ne s'affirme que par la plus sage ordonnance des notions et des concepts dans la réa-