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CHAPITRE IV — LA COOPÉRATION SOCIALE

A défaut de connaissances ou d'idées, c'est le plus souvent malhonnêtement, par le stupéfiant des paradoxes et le scandale des mots, qu'on tâche à se faire remarquer de quelques badauds ou à se faire pousser par quelques compères.

11 y aurait à constituer une ligue d'honnêtes gens qui entreprendrait une sorte de police intellectuelle et morale et qui pourrait, ainsi, être l'embryon du pouvoir spirituel dont nous avons tant besoin.

A cette œuvre de filtration et de salubrité, tous ceux qui ont un foyer d'âme fixe où ils s'animent et se relient, tous ceux qui ne sont pas des poussières errantes, des dissociés prédisposés à toutes les turpitudes de rinstinct ou du sophisme, et donc les catholiques comme les positivistes, pourraient et devraient participer.

Il faut intimider les bavards outrecuidants ; il faut rappeler les esprits et les cœurs à Tordre, — ceux-là par une sage humilité, ceux-ci par Tamour.

C'est dans le prolétariat, préservé par une bienfaisante ignorance et une impulsive générosité, qu'il y a encore le plus de bon sens, et c'est lui qu'il faut garantir d'abord des folies de l'orgueil, des égarements de l'instruction sèche et d'une logique déréglée. C'est aussi à la jeunesse dite cultivée qu'il faudrait s'adresser, en lui remontrant que l'instruction est peu de chose sans l'intelligence et que l'intelli- -gence n'est rien sans le cœur. Ce sera lui inculquer ie principe vivifiant du positivisme : penser pour agir et agir par affection.

Cette œuvre de véritable éducation sociale n'est

pas moins difficile qu'utile et urgente. Il y faut, noua l'avons dit, le concours des catholiques et des positivistes, auxquels s'adjoindront peut-être quelques sages protestants. Gomme le propose Edmond Thiaudière, il faut nous coaliser, tous ceux qui ont une religion, contre les barbares qui n'en ont pas. Le catholicisme étant la religion naturelle des Français, la mieux constituée, la plus positive aussi, il est absurde et criminel de vouloir Texclure de la participation à la direction de l'opinion publique. 11 faut être les niais et bas politicailleurs que sont la plupart de nos parlementaires pour s'imaginer qu'on gouverne un pays contre l'âme que lui ont faite les siècles.

Une telle union peut-elle se faire ? Oui, puisqu'elle est nécessaire.

Quelques catholiques ont déclaré cette alliance inacceptable. Pourquoi ? Le positivisme ne demande aucune concession. Il n'offre pas d'en faire non plus. Chaque partie reste indépendante. Il s'agit seulement de se délimiter nettement et de se respecter, pour mettre fin à une anarchie mortelle. L'Église souffre beaucoup plus de cette anarchie que le positivisme. Elle a un intérêt plus grand et plus immédiat à y mettre fin. Elle ne peut rien sur le positivisme, qui est un état définitif, et le positivisme ne veut rien contre elle. Elle a donc à faire,, dans notre société agitée, une ample moisson d'âmes désemparées. Si le positivisme parvient à discipliner les véritables incroyants, cela même est pour elle, puisque ce sont autant de persécuteurs qui deviennent des descendants respectueux et reconnaissants.

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