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CHAPITRE IV — LA C90PÉRATI0N SOCIALE

Les catholiques devraient reconnaître enfin que leur discipline théologique ne peut rien sur l'esprit positif. Or la dispersion de celui-ci met en péril la société tout entière, et donc TÉglise elle-même. M. Jean LeroUe nous affirme que : « Ni les philosophes en persuadant, ni les femmes en aimant ne nous sauveront du désarroi mental et moral. Il est à craindre même qu'ils Taugmentent » (1). M. Jean LeroUe Tentend mal, sans doute. Les forces de per- •suasion et d'amour sont les plus grandes qui soient, et celles-là mêmes qui firent la gloire de l'Église au moyen âge. Son déclin date de l'époque où elle a i voulu en employer d'autres.

Ou catholicisme ou anarchie? Non pas. Ce serait condamner au désordre tout ce qui reste en dehors de l'esprit théologique.

Une direction sociale quelconque ne saurait différer que par sa manière d'accentuer l'intensité et la vitesse des phénomènes sociaux qu'elle ordonne. De quelque dogme elle s'inspire, elle reste donc toujours dans la môme ligne d'ordre et de progrès. Peut-être l'Église a-t-elle une tendance à sacrifier la vitesse à l'intensité, peut-être le positivisme inclinet-il à sacrifier l'intensité à la vitesse, il n'importe. L'essentiel est qu'il y ait une direction sociale.

Les catholiques peuvent donc concourir avec les positivistes. Nous le répétons : ceux-ci ne veulent rien sur ceux-là, et ceux-là ne peuvent rien sur

(1) Enquête de la Coopération des idées sur le « rétablisse» ment du pouvoir spirituel ».

ceux-ci. Les positivistes qui ne trahissent point leur Maître savent que ce serait un crime social que de chercher à affaiblir TÉglise. « Ceux qui sortent du catholicisme sans se dégager de tout théologisme, dit Comte, deviennent extraordinairementindisciplinables, comme ceux dont l'affranchissement n'aboutit qu'à douter ou nier. Il faut aujourd'hui souhaiter, pour le bien public et le bonheur privé, que les âmes catholiques restent catholiques jusqu'à ce qu'elles deviennent positivistes, en évitant tout scepticisme ».

Un peu malgré elle, l'Église s'est dégagée enfin de toute confusion avec le pouvoir temporel. Elle peut donc reconquérir toute sa puissance spirituelle. Ainsi, l'odieuse persécution politicienne et matérialiste aura servi sa gloire. Ce qu'elle va faire en ce sens mesurera les forces de vivre dont elle dispose encore et qui sont probablement plus considérables qu'on ne le croit généralement et qu'elle ne le soupçonne elle-même.

Elle aurait tort, néanmoins, de persister à dédaigner l'alliance que depuis un demi-siècle le positivisme lui offre. Cette alliance lui est plus nécessaire qu'à lui. Elle a à se défendre, lui n'a qu'à attendre. D'excellents catholiques commencent à le sentir, d'ailleurs. Dans un article intitulé « le pouvoir spirituel », paru dans l'Univers^ M. Eugène Tavernier écrit : « Le monde positiviste contient un grand nombre d^esprits cultivés. Si cette force se dépense en suivant la direction indiquée par M. Deherme, il doit en résulter un progrès considérable

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