CHAPITRE IV — LA COOPÉRATION SOCIALE
au profit de Tordre et de la liberté, de la moralité et du bon sens ». Dans r Amitié de France, M. Georges Dumesnil dit aussi nettement : « La philosophie positive a enseigné M. Deherme à considérer le catholicisme comme la meilleure force sociale et si le positivisme vise pratiquement bon nombre de buts qui sont les nôtres, chacun de nous se croyant plus durable que l'autre, dans le temps de désorganisation où nous vivons, nous pouvons bien nous dire réciproquement : Utilisons-nous ».
Le positivisme peut et doit s'allier au catholicisme; mais précisément parce qu'il en diffère. Le catholicisme purement politique, c'est-à-dire athée, est certainement une sottise. Le catholicisme ne peut être que théologique.
Éliminer Dieu, que Tintelligence et le sentiment ne peuvent plus accepter, pour conserver seulement la force sociale que représente l'Église, c'est d'abord froisser les vraies croyances, les désemparer, et c'est aussi raser Samson. Laissons l'Église aux fidèles. Pour les incrédules, il y a le positivisme. Il satisfait à tous nos besoins de sentiment, il peut représenter les forces sociales de l'Église, avec tous les développements que comportent une mentalité plus étendue et une socialité plus complexe.
Il faut opter. La croyance au surnaturel n'est pas un fait de volonté, non plus que de nécessité politique. C'est un état d'esprit. La vie est toujours facile à qui croit. Il a une lumière qui le guide. Il est ivre d'amour. Il voit le monde comme un amant sa maîtresse, et un amant qui serait un magnifique
poète. Au fond, il entend mal les angoisses de ceux qui ne peuvent partager sa foi naïve. Et n'est-ce point ceux-ci qui ont le plus besoin de réconfort et de direction ? En réalité, il ne s'agit point de crédulité ou d'incrédulité, il s'agit de Fétat théologique, de l'état métaphysique et de l'état positif. L'état positif peut faire surgir une croyance plus forte que l'état théologique, puisqu'elle porte sur tout ce qui est démontrable sans avoir besoin d'être constamment démontré.
D'autre part, la croyance, quelle qu'elle soit, n'est pas toujours une discipline. Le spiritisme est une croyance et nous savons qu'il conduit au cabanon. Il faut que la croyance réunisse, par rapport à un temps, à une race, les conditions d'une religion socialisée. On les connaît. C'est moins le Christ que la force sociale de l'Eglise qui a fait l'admirable éducation des Français.
Est-ce à dire qu'il faille revenir à l'Église ? Pour les croyants et les demi-croyants, pour tous ceux dont l'âme aspire encore au surnaturel, pour tous les vagues spiritualistes, oui, certes. Mais pour les autres, ceux dont l'esprit a définitivement franchi les états théologiques et métaphysiques, — ce qui leur permet de les mieux comprendre en sympathie, — ce serait en vain qu'on les y inviterait. Ceux-ci, c'est à la religion positive qu'ils doivent adhérer, Le salut du pays, d'abord, du monde occidental ensuite, de la planète enfin, par l'unité morale et intellectuelle indéfectible, est là.
Depuis qu'ils sont sans direction commune, les