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CHAPITRE IV — LA COOPÉRATION SOCIALE

beaucoup encore. Une doctrine ne vaut que par ce qu'elle réalise.

Le modernisme est-il vraiment, comme le dit M. Paul Sabatier (1), a la crise la plus profonde par laquelle ait passé l'Église depuis le treizième siècle »? Sans méconnaître la vigueur de ce mouvement, on le ramène à des proportions plus exactes si l'on fait remarquer que s'installer en chaire de Sorbonne est moins tragique que de monter sur le bûcher. Les conséquences historiques en sont aussi, n'en doutons point, bien moins graves.

L'Église ne peut être que ce qu'elle est; mais l'inquiétude qui la trouble indique assez qu'elle n'est pas tout ce qu'il faut à notre temps. Le modernisme ne signifie pas autre chose. Malheureusement, ses adeptes restent trop imprégnés de théologisme pour aller au positivisme, qui les mettrait en accord avec eux-mêmes et aussi avec l'Église. Quelques-uns iront au protestantisme, mais la plupart, les plus sincères, n'auront même point la ressource de cet expédient. Car le modernisme n'est pas, comme on Ta dit, une « infiltration protestante ». C'est le déchet produit par une religion qui ne s'adapte plus exactement à la vie sociale présente, mais c'est encore de la matière catholique. Lé modernisme reste essentiellement catholique. « Le moderniste est donc un homme, dit Paul Sabatier, qui regarde et qui s'efforce de voirie passé dans toute sa complexité ; cette attitude, il est vrai, était déjà celle du pur savant ; lui y ajoute

(1) Les Modernistes.

un élément nouveau : il a conscience d'appartenir à ce passé ; il ne se prend pas pour un spectateur de hasard, il a la sensation de la vie qui circule partout; ce passé vit encore en lui. C'est par cette sensation d'union intime avec le passé que Texégèse moderniste prend une physionomie tout à fait originale à côté de Texégèse protestante ».

Est-ce donc seulement pour appliquer une méthode d'exégèse qu'on a provoqué cette crise, au moment même où l'Église a besoin de rassembler toutes ses forces? Mais c'est là affaire de pédants, non de pasteur de peuples. Toutes les interprétations les plus ingénieuses et les plus éloquentes de l'Évangile selon saint Jean et de l'Apocalypse ne valent point la sérénité de l'âme d'un porcher bas-breton.

Ce n'est « ni un parti, ni une école, c'est une orientation », nous dit-on encore. Et on nous assure que, parmi les modernistes, à côté de l'historien, du savant, on voit le pur et simple démocrate, le poète, l'ouvrier, Tévêque, le séminariste. (( Et pourtant, malgré toutes ces différences de situation, de préoccupations, de vocation, ils se reconnaissent». Soit. Mais où tendent-ils ? Que réalisent-ils? On connaît la force sociale de TÉglise traditionnelle, on entrevoit ce que le positivisme organisé pourra être ; mais quelle discipline va instituer l'union bizarre de ces ^exégètes et de ces démocrates ? « En définitive, nous dit M. Paul Sabatier, le modernisme est un réveil. S'il 5'était produit dans un milieu protestant, il se serait traduit par des conversions ou des régénérations individuelles ; se produisant dans des milieux catho-

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