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CHAPITRE IV — LA COOPÉRATION SOCIALE

liques, il s'est traduit par un intense besoin de communion. Communion avec le passé par les travaux de Texégèse et des études historiques ; avec le présent, par le renouvellement de l'apologétique et les efforts démocratiques; avec l'avenir, que l'on s'efforce de préparer. C'est un courant inattendu de mysticisme qui traverse notre siècle et communique à ceux qui vont y boire des ardeurs, des puissances indicibles ».

Dans le rêve, voire dans Tivresse, on imagine toujours qu'on dispose de puissances indicibles. Le mysticisme provoque la divagation de l'imagination et de la pensée quand il n'est pas contenu par une règle d'airain.

L'esprit théologique prédispose certaines natures au mysticisme morbide. Or, ce mysticisme, malgré son apparence, n'est rien moins que religieux. Il est même volontiers anticlérical. Nous voulons dire qu'il supporte mal les autorités humaines. Ce n'est point de l'amour surexcité, surchauffé ; son fonds, c'est de l'égotisme, de l'individualisme, qu'un subjectivism sans contrepoids exaspère jusqu'à la folie furieuse. A mesure que l'esprit positif gagne, cette affection mentale tend à disparaître.

Le catholicisme est la religion théologique la plus positive. Il se méfie donc des mystiques. C'est pourquoi il compte les plus grands. Quand ce ne sont pas des génies comme sainte Thérèse, ce sont des hérétiques. Ceux dont elle ne peut contenir le subjectivisme dispersif pour exalter leurs forces spirituelles^ l'Église les excommunie.

Ainsi, elle a fait sa part au mysticisme inhérent à toute doctrine théologique ; mais sans plus. Elle ne s'est pas laissée absorber comme certaines sectes protestantes. Elle a toujours tenu ces mystiques en observation. Si elle se peut glorifier des plus grands, c'est qu'elle n'a jamais admis qu'aucun fût médiocre. Entre M"'^ Guyon et sainte Thérèse, il n'y a que cette différence de la médiocrité et du génie.

Une étude scientifique de la psychologie des mystiques est presque impossible. Le plus souvent, nos psycho-physiologues disent là-dessus de lourdes sottises. Un scandale récent, qui s'est dénoué devant les tribunaux, a montré Tinaptitude'de la plupart de nos contemporains à comprendre cet état d'âme magnifique et dangereux. Et les ecclésiastiques qui se trouvèrent mêlés à cette affaire ne firent pas exception.

Certes, la sincérité naïve et l'élan enthousiaste des modernistes ne laissent point que de nous toucher; mais on craint qu'ils n'aggravent la confusion et l'anarchie. « Parmi les sujets du Saint-Siège, comme parmi ses ennemis, il y a bien des hommes qui se figurent que la déroute de Pie X sera la fin de tout, la fin de la foi, la fin de l'unité, la fin de toute religion, le règne d'une anarchie matérialiste féroce. 11 y aura sûrement bien des douleurs, bien des larmes, d'indicibles déchirements, mais ces déchirements ne vont pas à la mort. La crise actuelle ne tuera pas rÉglise ; elle la transformera. Le catholique de demain ne sera plus un sujet, mais un citoyen » (1).

(1) Paul Sabatier, Les Modernistes.

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