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CHAPITRE IV — LA COOPÉRATION SOCIALE

Nous ne savons que trop, hélas! ce que sont les « citoyens » dans Tordre politique. Et c'est bien à cela, en effet, que nous réduit Torgueil critique, à être une poussière sociale, — ici d'État, là d'Église. Le modernisme nous apparaît donc, sous cet aspect, comme une manifestation de Tesprit révolutionnaire, c'est-à-dire un ferment de dissolution. Ce ne fut jamais mieux mis en lumière que par M. Paul Sabatier : (( Croire ce que croit l'Église, pour un moderniste, c'est bien répéter les antiques credos, unir sa voix à celle de la communauté qui chante, mais c'est' plus encore, et c'est surtout vivre de la vie de l'Église, de la vie d'une société qui, dans le temps, pense à l'éternité ; on ne se laisse pas écraser par les sollicitations du moment présent, mais on sent sa force, sa fécondité. Ce n'est ni mépriser la tradition, ni la canoniser ; c'est y puiser, comme puise une plante dans un sol généreux, des éléments en apparence bien inférieurs, se les assimiler, les élaborer et porter de nouveaux fruits. Être catholique, pour le moderniste, ce n'est pas avoir la pensée d'un homme, d'une époque, d'une école, c'est vibrer à l'unisson de la pensée de tous les siècles, en comprendre la succession, l'évolution, les étapes, la vie, voir comment le paganisme a été le prélude nécessaire du culte de Jéhovah, comment celui-ci a été la préface des visions prophétiques, comment les voyants d'Israël ont été les précurseurs de celui qui a été doux et humble de cœur et qui, lui-même, a laissé quelques-unes des idées qui inspirent tout le programme du modernisme. (( Je ne suis pas venu abolir la loi et les pro-

phMes, je suis venu les accomplir ». De lui aussi^ rÉvangile nous a conservé une parole qui y est restée comme une semence qui n'a pas encore germé, dont nous n'avons pas encore senti la valeur : le sabbat est fait pour Thomme et non Thomme pour le sabbat. C'est-à-dire : toutes les institutions religieuses du passé sont bonnes, mais à condition d'en saisir Tesprit et la direction ; elles sont vénérables, à condition qu'elles soient des instruments d'expansion, d'élévation, d'affranchissement et non des cages de servitude ou des foyers de haine pour tout ce qui ne pense pas comme nous : le sabbat est fait pour rhomme et non l'homme pour le sabbat. L'Église est faite pour l'homme et non l'homme pour l'Église ».

Ce qui signifie aussi, ô Sabatierl qu'il faut laisser à cette Église toute son efficacité humaine éprouvée par les siècles. L'homme n'est pas fait pour l'exégèse^ mais l'exégèse pour l'homme.

Il n'y a que deux disciplines assez puissantes, en France, pour régler et relier les esprits et les cœurs : le catholicisme et le positivisme.

Nous savons bien que, du dehors, l'un et l'autre se peuvent discuter. Tout se peut discuter ainsi, et d'abord la vie. Mais il s'agit, précisément, de nous placer au dedans d'un ordre, de subordonner les mouvements de la pensée ou de l'énergie à l'existence, enfin de nous guérir de la manie anarchique^ léthifère, de la discussion sur ce qui est nécessaire à la force et à la vie d'une société.

Sans doute, aussi, pour le catholique, le positi-visme néglige l'aspiration vers Tabsolu, la plus

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