CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL
ments... Pendant les cinq siècles de l'anarchie occidentale, et surtout depuis l'explosion de la grande crise qui doit la terminer, le désordre de l'esprit a de plus en plus affecté le cœur. C'est d'après celui-ci qu'il faut maintenant définir la maladie révolutionnaire consistant dans une surexcitation continue de l'orgueil et de la vanité, par suite d'une tendance, éminemment contagieuse, vers Tinfaillibilité personnelle. Aussi la maladie occidentale exige un traitement plus affectif qu'intellectuel. Le sentiment étant moins troublé que l'intelligence, c'est surtout de lui que dépendra le rétablissement de l'ordre occidental ».
Nous ne savons plus qui a dit : « Les athées vivent à l'ombre de la religion ». Rien de plus vrai, et partout. Nous continuons à vivre de ce qui reste des mœurs d'autrefois ; mais parce qu'il n'y a plus d'âme commune, nous ne les entretenons^ nous ne les recréons plus, et leur fonds, si riche qu'il ait été, s'épuise. Prenez, au hasard, journaux, revues et livres. Il n'est aucune aberration morale qui n'ait ses poètes, ses théoriciens, ses avocats, voire ses propagandistes.
Qu'est-ce que le pouvoir spirituel? C'est ce qui dirige en dehors du pouvoir temporel. C'est-à-dire une puissance vivante, qui ne se détermine point par des articles de loi; dont les agents ne se recrutent point par nomination ni par élection, mais par sélection et vocation, qui n'a jamais recours à quelque contrainte physique, — et qui n'en est que plus obéie et respectée. Qu'est-ce que l'anarchie? C'est tout ce qui n'est pas réglé, coordonné, discipliné, appliqué à
une tin sociale par Tun de ces deux pouvoirs. Lisons Comte à propos : « Le principe révolutionnaire consiste surtout dans l'absorption du pouvoir spirituel par les forces temporelles, qui ne reconnaissent d'autre autorité théorique que la raison individuelle, du moins envers les questions les plus importantes et les plus difficiles. Tous les partis actuels méritent ainsi d'être également qualifiés d'anarchiques et de rétrogrades, puisqu'ils s'accordent à demander aux lois les solutions réservées aux mœurs. Cette perturbation est devenue tellement universelle et profonde, que les meilleurs amis de la liberté n'hésitent jamais ' à recourir aux moyens matériels pour faire prévaloir leurs opinions quelconques ».
Pour les délinquants, par exemple, on réclame des peines plus dures. Et puis ? La peine n'est efficace que dans un certain ordre social, et non point en proportion de sa dureté, de son mécanisme, mais de la socialité même qui l'édicté, l'applique et la^ subit. S'il ne s'était agi que de frapper fort, il y a longtemps que les sociétés eussent extirpé le vice et le crime, parce que rien n'est plus aisé que de frapper fort.
Les « vieilles religions » et les « grandes morales »; suffisent, nous a dit M. Henri Mazel (1). Mais comment perdurent les vieilles religions et comment se maintiennent les grandes morales? C'est là toujours la question. Est-ce la trancher que d'affirmer que ce n'est pas la force de l'Église, mais la foi au Média-
(1) Enquête de la Coopération des Idées.