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CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL

leur qui a fait le catholicisme? On voit trop bien le contraire. «En matière de religion et de civilisation, ajoute M. Mazel, l'humble prière incohérente de risolé importe plus que les plus altières et irréfutables définitions des conciles ». A ce compte, il nous faut placer les misérables Thibétains, avec leurs moulins à prière, en tête de la civilisation. Au surplus, la religion qui ne s'affirme que par « Thumble prière incohérente de risolé » n'est pas une religion. Même pour soutenir un paradoxe, on n'est pas autorisé h changer la signification des mots. Sans communion, sans culte, sans Église, il n'est pas de religion, parce que le propre de la religion est de relier (1).

C'est dans ce sens exact qu'on a pu dire que l'homme devenait de plus en plus religieux, et c'est pourquoi le positivisme, dont toute l'admirable systématisation rallie et relie, est la plus parfaite des religions.

M. Henri Mazel nous a demandé encore comment le pouvoir spirituel empêchera les « ignobles » et les « sournois » d'être tels ? Nous lui demanderons, à notre tour, quels sont les articles de loi qui fixent les bonnes et les mauvaises manières, qui imposent la politesse, l'urbanité, par exemple, dans les salons, les lieux publics, voire dans la rue ? Par quels

(1) Nous savons bien qu'on nous propose, aujourd'hui, de faire dériver religion de relegere^ opposé à neg légère ^ et non de religare. Mais ces disputes de pédants ne modifient en rien le sens social d'une grande chose comme la religion. Observer les rites, scrupuleusement, avec fidélité, sans négligence^ c'est en fait se relier. Pas de religion sans culte, et pas de culte sans communauté.

moyens on astreint les femmes à s'infliger la torture de donner à leurs corps les formes et les lignes inattendues que la mode décrète? Comment pousse-t-on tant de héros à sacrifier leur bien-être, leur vie, sans autre compensation que la simple approbation de la postérité, cette « autre vie des philosophes » (1), cette opinion publique dans le temps ?

Dans quelque groupe humain que ce soit, même dans les hordes primitives ou sauvages, il y a toujours un pouvoir spirituel. Auguste Comte en a fait l'histoire.

11 ne s'agit point d'orthodoxie absolue, mais de la convergence qui est indispensable pour que la société ne se détraque point ; de Phygiène morale qui est nécessaire pour que nous pensions et agissions sainement et pour que nous soyons heureux ; de Téducation qui est utile pour que nous nous élevions, à tout le moins pour que nous ne dégénérions point.

L'unité morale parfaite est peut-être une chimère; mais sur la poussière intellectuelle et la cendre morale, dans le chaos social, rien ne germe plus, tout languit et meurt.

Même au moyen âge, le catholicisme n'a pu réaliser cette (■< unité » absolue. Ce serait beaucoup si, avec lui, le positivisme parvenait à en réaliser ce qu'il faut à la France pour vivre. Et pour cela, il

(1) Lettre de Diderot à Falconet. Dans la même lettre, on lit encore : « La postérité ne commence proprement qu'au moment où nous cessons d'être ; mais elle nous parle longuement auparavant. Heureux celui qui en a « conservé la parole au fond de son cœur !)) — (( Les peines ou les plaisirs réels ou physiques ne sont presque rien. Les peines et les plaisirs d'opinion sont sans nombre ».

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