CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL
La foi sera toujours la première des vertus sociales.
Résumons. D'après Comte, le pouvoir spirituel a pour destination propre l'organisation et la direction de Topinion publique. Il élabore, il rappelle, il maintient les principes de socialité. Il règle, il conseille, il consacre. Il a la direction suprême de Téducation, soit spéciale, soit morale. Le nombre des théoriciens ne doit pas dépasser le dix-millième du chiffre de la population totale, et cette fonction ne souffre point la médiocrité morale et intellectuelle.
Si Ton veut bien se rendre compte de la situation critique dans laquelle se trouve la civilisation occidentale, et notamment la société française, à tous égards, si Ton y réfléchit librement, peut-être admettra-t-on enfin, avec Comte, que « la formation du sacerdoce positif devient la première condition d'une régénération mentale et morale, non moins indispensable à l'ordre qu'au progrès ».
Comme tous les fondateurs de religion, Auguste Comte a trop négligé l'inertie et les résistances qui s'opposent au développement naturel de la société. Il supposait qu'au vingtième siècle l'Humanité tout entière serait ralliée au positivisme comme à la reli-gion la plus compréhensive. Il se trompait, et peutêtre volontairement. Pour mieux voir et nous montrer, il rapprochait.
Il y faudra des siècles et des siècles...
Mais ce recul indéfini ne nous dispense point des devoirs présents. Le plus urgent, c'est de commencer, en France, une organisation de l'opinion publique
et une éducation sociale suffisantes pour réagir contre la politiquerie et toutes les anarchies. Car il faut que la France vive pour queTHumanité s'élève. Fille aînée de l'Église, elle est la mère prodigieuse du positivisme.
Ce que Comte appelait la « maladie occidentale », provoquée par une « critique effrénée », « Pinsurrection générale des vivants contre les morts », et la a destruction révolutionnaire », se caractérise surtout par les vaines prétentions de tous à Tautorité, aux titres, à la richesse. Nul n'est plus satisfait de ce qu'il est, nul n'est plus heureux où il est. Au lieu de fonctions à remplir, on ne conçoit plus que des droits à sauvegarder ou à conquérir. Tous les rapports en sont faussés, tout est subverti. « La soumission est la base du perfectionnement ». C'est donc, d'abord, l'humilité et la vénération que nous avons à réapprendre. Elles n'importent pas moins à la santé du cœur qu'à l'équilibre cérébral.
Ce serait déjà quelque chose — une véritable puissance spirituelle — qu'un groupe d'hommes renonçant délibérément à toute candidature, à toute distinction, à tout lucre, pour se consacrer à l'éducation populaire et à l'organisation sociale. Leur tâche est bien définie. Ils n'ont qu'à s'inspirer du Maître, et par le cœur surtout. Deux entreprises possibles aussitôt solliciteront plus particulièrement leur dévouement social : la fondation d'un Palais du peuple et celle d'un grand journal quotidien. Ceci pour avertir l'opinion publique des mensonges par lesquels on la divise, on l'égaré, on l'exploite. Cela pour arracher