‹ La crise socialeChapitre 180 sur 184 · CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE V — LE POUVOIR SPIRITUEL

positif, on le connaît : c'est « rassujettissement de tous les phénomènes quelconques à des relations invariables ». De Fadmettre et de s'y conformer, nous prions qu'on nous dise en quoi la liberté de penser est restreinte? Elle en est grandie, au contraire, puisqu'elle est fortifiée ainsi. De même, ce qu'on nomme « l'amour libre » n'est ni de l'amour humain ni de la liberté. 11 convient mieux à des sauvages, asservis à toutes les nécessités immédiates, aux étroites possibilités, d'errer peureusement à travers la brousse et la jungle : une belle route, sûre, aplanie, droite, est une conquête de la civilisation, une liberté certaine, celle de circuler en sécurité et d'atteindre l'étape. Elle a pourtant sa police et elle nous trace une ligne de marche.

Déraisonner n'est pas librement penser, puisque ce n'est pas penser, — non plus que voler ou tuer sont de la liberté sociale, puisque c'est contre toute socialité. « Le dogmatisme, nous dit Comte, est l'état normal de l'intelligence humaine, celui vers lequel elle tend par sa nature, continuellement et dans tous les genres, même quand elle semble s'en écarter le plus. Car le scepticisme n'est qu'un état de crise... Les peuples modernes ont obéi à cette impérieuse loi de notre nature, jusque dans leur période révolutionnaire, puisque toutes les fois qu'il a fallu réellement agir, même seulement pour détruire, ils ont été conduits inévitablement à donner une forme dogmatique à des idées purement critiques par leur essence. Ni l'homme, ni l'espèce humaine ne sont destinés à consumer leur vie dans une activité stérile-

ment raisonneuse, en dissertant continuellement sur la conduite qu'ils doivent tenir ». D'autre part, il dit encore : « Soit sous le rapport intellectuel, soit sous le rapport moral, il est constaté que dans toute société régulière, les notions de bien et de mal destinées à diriger la conduite de chacun dans les diverses relations sociales et même dans la vie purement individuelle (en tant qu'elle peut influer sur ces relations), doivent se réduire à ce qui est prescrit ou prohibé par des préceptes positifs, établis et maintenus par une autorité spirituelle convenablement organisée, et dont l'ensemble constitue la doctrine sociale directrice ».

Le savoir pour le savoir aboutit à l'absurde. Ce n'est plus la division féconde du travail, puisque aucun dogme ne relie plus les travailleurs, c'est la pulvérisation de la connaissance. Les pédantocrates semblent avoir pour idéal intellectuel la science de la fourmi, — qui sans doute connaît mieux le grain de sable qu'aucun de nos savants ne le connaîtra jamais.

Une science qui n'a d'autre fin qu'elle-même est la pire chimère.

Une explication ne termine rien, elle complique tout. D'un problème qu'on croit résolu surgissent d'autres problèmes plus complexes. L'extrême spécialisation dans une science en désagrège Tunité, et il n'y a qu'une grande doctrine religieuse, soit le catholicisme, soit le positivisme, qui puisse discipliner la pensée scientifique et la subordonner à ce qui est plus qu'elle : le cœur ; pour la faire concourir à sa fin la plus haute : l'Humanité. ^

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