CHAPITRE III — LE RÉFORMISME
au travail et plus de dévouement à Tœuvre commune. Les ouvriers, non encore en possession d'une part du capital, sauront que chaque année les rapproche de cette possession. Ils rembourseront les travailleurs devenus actionnaires, comme ceux-ci auront primitivement remboursé les capitalistes, et ils sauront qu'à leur tour ils seront remboursés ».
Est-ce à dire que la copartnership, même si le bel exemple de M. Mildé est suivi, va résoudre tout le problème économique d'un coup ?
Sans doute, M. Charles Mildé lui-même ne le pense pas. Ce serait omettre toutes les données politiques et morales de ce problème formidable.
Mais l'action désintéressée n'est jamais stérile. Elle vaut d'abord par l'expérience qu'elle institue, elle vaut surtout parla sympathie qu'elle manifeste. Dans ce cas, il est bon, et non pas seulement pour les prolétaires qui en bénéficient, que des bourgeois, patrons ou capitalistes, montrent ainsi qu'ils ne sont pas dépourvus de sensibilité sociale et que l'opinion publique, qui peut encore exercer une direction sociale, ne leur est pas indifférente. C'est là une des raisons, — non des moindres, — d'espérer une reconstitution positive de la société française.
Nous avons le respect de l'action et nous voudrions que ce respect fût plus répandu, qui rendrait les bonnes volontés moins timides et mieux disciplinées. Nous souhaitons donc que les louables entreprises de M. Mildé réussissent et fassent tout leur bien. iNous y aiderions si nous le pouvions, et non pour ; aiguiller cette œuvre dans le sens que nous croirions
préférable, mais pour que le projet soit strictement | exécuté comme l'a conçu son auteur, et ainsi pour I que Texpérience soit décisive.
Toutefois, nous ne saurions oublier les principes ni les conditions de Tordre.
La copartnership n'est pas Tunique moyen, pour i les ouvriers, de conquérir les instruments de travail et le capital industriel, et, au surplus, ce n'est pas le plus rapide ni le plus efficace. Le mutuellisme proudhonien, les ateliers de chômage que nous avions proposés, et surtout la coopération de consommation organisant la coopération de production sont bien plus efficaces pour « libérer » les travailleurs du salariat.
Mais on se peut demander, d'abord, si celui-ci veut vraiment cette « libération ».
Sans doute, il crie fort contre le salariat, ou plutôt^ on le fait crier ; mais tout son instinct, qui dirige les actes essentiels de sa vie, est, au contraire, pour maintenir et consolider le salariat.
Il le faut bien reconnaître, la coopération n'est pas ' populaire ; elle reste une ébauche, sans force et sans ordre. Malgré toutes les faveurs qui leur sont accordées, — grâce à l'affiliation de leurs directeurs à la^ franc-maçonnerie, — les sociétés de production se: développent péniblement. La plupart végètent. Beaucoup font faillite ou disparaissent. Actuellement, elles ne sont pas encore plus de 400 avec 46,000 membres. La copartnership, qui pourtant n'exige pas tant des volontés, ne réussit que lorsqu'elle est automatique comme chez Leclaire ou Godin. Dès qu'elle