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CHAPITRE III — LE RÉFORMISME

La coopération a cela pour elle qu'elle agit d'abord jurla consommation, en la réglant, en l'organisant. Elle est d'abord une meilleure économie des produits, Bt par là elle peut compenser une moindre activité productrice.

La copartnership ne touche qu'à la production. Jl faut donc qu'elle Taccroisse par un principe de surfictivité ou d^ordre. Ce n'est que par là, seulement, qu'elle élèvera réellement le bien-être économique. Or, ce principe, on ne le reconnaît pas.

La belle affaire que les produits du travail soient répartis plus équitablement, s'il y en a moins et si tous y perdent!

M. Charles Mildé nous assure que l'homme travaillera mieux, gâchera moins quand il saura qu'il itravaille pour lui. Rien de plus vrai; mais — précisons — quand il est seul. Quand le résultat d'un (effort est trop lointain et qu'il se doit partager entre Imille, il n'entraîne plus. Un millième d'intérêt dans une entreprise est un médiocre excitant. Au surplus, n'est-ce point surtout l'initiative, l'ardeur, la vigilance du directeur et du technicien qu'il convient d'exalter. Le sabotage d'un mauvais ouvrier a moins d'importance pour une grande industrie que la négligence ou l'erreur d'un ingénieur, par exemple.

Certes, le sentiment social peut être autrement puissant que l'intérêt; mais Proudhon disait judicieusement à ce sujet : u On peut aimer les hommes jusqu'à mourir pour eux, on ne les aimera jamais jusqu'à travailler pour eux ».

Dans toutes les petites entreprises, l'intérêt col-

lectif peut être encore un stimulant ; mais déjà biei'| affaibli. Le participant sera toujours porté à dire « Pourquoi moi, et pas les autres », ou « pourquoi pas moi, au lieu des autres », suivant les cas. Il es vrai que là une surveillance étroite et jalouse de toui j sur chacun y supplée ; mais peut-être regrettera-t-or | alors la « tyrannie patronale ».

Toute Texpérience coopérative depuis 1848 k confirme. L'intérêt collectif se mue parfois en sentiments qui soulèvent les enthousiasmes et suscitent des héroïsmes, il n'a jamais été, il ne sera jamais rame d'une entreprise industrielle ou commerciale.!

Cependant, M. Mildé nous dit : « Le suffrage! universel ira bien trouver les plus dignes dans cei milieu spécial où les intérêts de tous sont en jeu, eti j'en trouve la preuve dans la prospérité ininterrompue de l'entreprise Leclaire, où les gérants, désignés par le vote de tous les participants, sont obligatoirement choisis parmi les membres sociétaires ».

11 néglige ceci, que les ouvriers de la maison"! Leclaire ne sont pas et ne deviennent pas copropriétaires. Trois d'entre eux sont élus gérants à vie; et constituent la société en nom collectif. C'est là une disposition qu'on ne saurait trop engager M. Mildé à prendre. Elle serait parfaite, si les gérants, une fois nommés, étaient chargés eux-mêmes de désigner leurs successeurs.

C'est que l'écueil le plus dangereux de la coopération ou de la copartnership est le suffrage universel.

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