‹ La crise socialeChapitre 34 sur 184 · CHAPITRE III — LE RÉFORMISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE III — LE RÉFORMISME

calculs, l'épargne, ce n'est pas son affaire. Il n'est pas économe des richesses sociales, il en est producteur. « M. Charles Mildé, en appliquant son projet, ajoute M. Charles Dupuy, veut susciter ou entretenir le sentiment de la prévoyance chez les ouvriers. Les ouvriers associés du capitaliste, qui sauront qu'il dépend d'eux de devenir plus rapidement capitalistes à leur tour, c'est des bourgeois qu'il va en faire ».

Le contraire serait plus désirable.

Sans doute, on peut imaginer une sorte de République coopérative, d'où le salariat sera éliminé, où tous les producteurs seront des fonctionnaires sociaux, rétribués plutôt suivant leurs besoins de famille que suivant leur production personnelle. Mais, précisément, la copartnership ne se peut généraliser jusqu'à instituer la coopération intégrale, puisqu'elle ne dépend que de la générosité patronale qui ne saurait, on Tentend bien, s'universaliser.

Elle ne tend donc pas à la suppression totale du salariat, elle ne peut que faire de quelques insouciants salariés des propriétaires parcimonieux.

Si ce système se propageait, il serait plutôt nuisible au prolétariat qu'il diviserait et amoindrirait en lui prenant ses éléments les plus énergiques et les plus intelligents. Ayant fait appliquer la participation aux bénéfices aux employés du secteur des Champs-Elysées, M. Charles Mildé le constate : « Cette disposition lui a constitué un personnel d'élite, à ce point dévoué qu'il fut toujours éloigné

des groupements syndicaax des cinq autres compagnies distributrices de la lumière et de la force dans Paris. Jamais aucune tentative de grève ne fut ébauchée au milieu de ce personnel satisfait (ses salaires, grâce à la participation de 5 0/0, étaient de 38 0/0 supérieurs h ceux du personnel des autres secteurs) )).

Faire de quelques salariés des propriétaires ou des satisfaits, ce n'est pas diminuer le salariat. Et si Ton admet que le salariat est un ensemble d'abus, c'est même le fortifier.

Les travailleurs qui restent dans leurs conditions, divisés entre eux, affaiblis, décapités, ne peuvent plus résister à l'exploitation capitaliste. Et cette exploitation devient d'autant plus féroce que le patronat s'est débarrassé du frein humain des meilleurs, éliminés par l'automatisme ingénieux de la coparinership.

Actuellement, il y a^ entre les classes sociales, un énorme malentendu.

C'est notre tâche de chercher à le dissiper. Le syndicalisme s'y emploie d'autre part. Des expériences comme celles que M. Mildé va tenter ne laissent point d'y concourir aussi.

On croit que les ouvriers se révoltent parce qu'ils veulent « s'émanciper » du patronat. C'est ce qu'ils disent, en effet ; c'est ce qu'ils croient eux-mêmes, peut-être. Mais, on ne saurait trop y insister, tous leurs actes spontanés vont à rencontre. La copartnership, qui a déjà un passé, quelques succès, ne réussit que si elle est obligatoire. Quoi qu'ils

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