CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
n'est plus déterminé par le simple fait qu'un homme n'a pas dîné depuis deux jours, mais par Tétat du marché ». Et la conséquence immédiate, c'est que les patrons se sont syndiqués aussi, et dans une proportion plus forte que leurs ouvriers (22 au lieu de 16 0/0). En 1890, il n'y avait que 1,000 syndicats patronaux avec 93,000 membres ; en 1900, il y avait 2,150 syndicats patronaux avec 158,000 membres; en 1908, il y avait 4,000 syndicats patronaux avec 330,000 adhérents ; ce nombre représente 22 0/0 des patentés du commerce et de Tindustrie (environ 1,500,000), — et aux menaces de grèves, ils répondent parfois par le lock-out.
Le syndicat, par l'action directe ou la pression morale, impose aux législateurs le vote des lois sociales d'hygiène ou de réglementation du travail, et, mieux que les fonctionnaires prudents de l'Inspection du travail, il les fait respecter. Ce n'est pas à dire, on rentend bien, que tous les moyens qu'il emploie sont admissibles et que toutes les lois dites ouvrières soient applicables ou efficaces : nous nous bornons à exposer des faits. En tout cas, il tend à former une opinion publique internationale, — par la manifestation du 1®' Mai, par exemple, — qui en permet l'application.
Avec rabaissement nécessaire des barrières douanières, la facilité croissante des transports, partant une concurrence industrielle et commerciale qui s'universalise, la plupart des questions ouvrières ne peuvent être résolues sans des ententes internationales. Nous avons déjà des accords internationaux relatifs aux accidents du travail. Les deux confé-
renées internationales pour la protection ouvrière qui se sont tenues à Berne, en 1905 et en 1906, avaient pour but rinterdiction de remploi du phosphore blanc dans la fabrication des allumettes et du travail de nuit des femmes. C'est un commencement. Il est évident qu'une législation internationale du travail tend à s'élaborer.
D'impérieuses nécessités déterminent cette évolution. Elles proviennent de deux faits considérables : la Révolution qui a dissous les corporations, la machine qui a fait surgir un industrialisme effréné. Dissocié, Touvrier serait, dès lors, livré à tous les excès meurtriers d'une exploitation inhumaine si l'État n'intervenait point. De là des réglementations de protection sur le travail des femmes et des enfants, le travail de nuit, Thygiène, etc.. Mais ces réglementations, on ne tarde pas à le reconnaître, mettent les industriels d'un pays dans un état d'infériorité flagrante en face des concurrents étrangers. Il faut donc internationaliser les lois ouvrières. Car les tarifs prohibitifs, qui réservent aux nationaux le marché intérieur, sont de plus en plus insuffisants, •et, au surplus, d'une médiocre économie. « Avec l'équilibre de protection ouvrière assuré par les traités, dit M. Albert Métin (1), les négociateurs français ont inauguré un autre procédé qui a le double avantage
(1) Les Traités ouvriers, — Dans ce livre, M. Albert Métin fait un bref historique des conférences diplomatiques et congrès internationaux pour la protection ouvrière et la législation du travail qui eurent lieu à Berlin (1890), Zurich (1897j, Bruxelles (1897), et Paris (1900), et dont les travaux et les vœux prépa-