CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME
de ne pointétablir des mesures commerciales hostiles à l'étranger dans un pays de progrès social et d'entraîner dans la voie où il s'engage les pays étrangers contractants au lieu d'aggraver par une barrière de douanes Tamas d'obstacles qui les sépare de lui ».
Le syndicat, par les statistiques de la Fédération des Bourses du travail, qui signalent les centres où il y a pénurie et ceux où il y a surabondance de main-d'œuvre, par le viaticum (secours de route), s'efforce d'uniformiser nationalement le salaire pour chaque profession par une meilleure répartition de la main-d'œuvre. Ce n'est pas à dire qu'il y réussit. Des récentes statistiques de TOffice du Travail, il ressort que les salaires varient d'une localité à une autre du simple au double. Ainsi, les imprimeurs qui sont payés 3 fr. 75 à Charleville gagnent 6 francs à Laon ; les tisserands qui n'ont que 2 fr. 50 à Digne obtiennent 4 fr. 50 à Laon ; les charrons qui reçoivent 3fr. 50 à Rethel touchent 6 francs à Caen, etc.. S'il y a cinquante ans (1853), l'écart était légèrement plus sensible, les salaires moyens étant de 1 fr. 28 dans la Lozère et 2 fr. 44 dans la Loire, on ne doit ce moindre écart qu'au développement des moyens de communication. Rien ne montre mieux le peu d'influence qu'a le syndicat, directement, sur l'évolution économique.
rèrent la convention franco-italienne (1904), les accords relatifs aux accidents du travail (1904-1906), les deux Conférences de Berne (1905 et 1906), relatives à l'interdiction du travail de nuit des femmes et à l'emploi du phosphore blanc (jaune) dans riûdustrie des allumettes.
Le syndicat règle le nombre des apprentis, lâche à restreindre Todieuse exploitation de la femme et de Tenfant, enraye la décadence du métier par renseignement professionnel.
Si rÉtat doit être fort pour mieux remplir ses fonctions, il ne faut pas qu'il absorbe toutes les libertés et forces sociales. C'est à chaque groupe social qu'appartient l'organisation de sa fonction. C*est aux syndicats qu'il appartient d'organiser le travail. Ni anarchie, ni étatisme : l'ordre par la liberté réglée des forces.
Or les conditions de la vie ne changent point. Le machinisme et la grande industrie, quoi qu'en pensent les marxistes, n'ont point modifié les lois de constance organique. Le syndicat organisé ne sera pas très différent de l'ancienne corporation. S'il Test tant, aujourd'hui, c'est qu'il est loin d'être organisé.
La suppression des jurandes et maîtrises, en 1791, ce fut l'exploitation sans frein des enfants et des femmes. On voit mieux ce que valaient les corporations quand on lit : « Vers 1840, il y avait même, à Sainte-Marie-aux-Mines, de pauvres petits dévideurs de cinq ou six ans qui travaillaient quatorze heures par jour et tombaient épuisés sur le métier » (1).
Il a bien fallu, à défaut des groupes organisés, que le législateur intervînt; mais il n'a pu le faire qu'à contre-sens, en entravant le commerce et l'industrie; et presque toujours ses dispositions tracassières
(1) Pierre Brizon, L'Apprentissage ; hiei\ aujourd'hui y. demain.
Il CHAPITRE IV — LE SYNDICALISME 91
1 furent tournées. S'il n'y a plus d'enfants de six ans i dans les usines, c'est bien moins parce que la loi Tin- 1 terdit que parce que, avec le nouveau machinisme perfectionné, l'industrie exige une main-d'œuvre plus exercée, à tout le moins des travailleurs plus ; vigoureux. Mais elle emploie la mère, et le résultat j est pire. Les corporations n'eussent pas laissé pénétrer la femme à l'usine.
Les lois électorales sont nombreuses. Elles sont funestes le plus souvent. Parfois, elles paraissent ! bienfaisantes, mais ce ne sont pas les moins redou- I tables par leurs répercussions.
Si la loi du 30 mars 1900, par exemple, n'a pas atteint vraiment l'exploitation intensive du surtravail de la femme et de l'enfant, elle a eu d'autres résultats. Quels? M. Paquier nous le dit dans le Temps : « La principale cause de la crise dont souffre, avec Tappreniissage, notre industrie nationale, et qu'avait révélée la première de nos grandes expositions universelles, incombe au Parlement lui-même, et réside dans la loi du 30 mars 1900, qui limitait à dix heures par jour le travail dans les usines et manufactures, où se trouvaient des apprentis et jeunes gens de moins de dix-huit ans. En préparant cette loi dans l'intérêt de la classe ouvrière, le législateur ne pré: voyait pas qu'il faisait à cette dernière un bien funeste présent, car il condamnait au chômage et à l'impuissance ceux qu'il voulait protéger. Cette loi visait, nous le savons, les ateliers mixtes et subordonnait la durée du travail pour les ouvriers à celle des apprentis. Les premiers voyaient donc leur
journée réduite à dix. heures et leur salaire diminué ■ d'autant. De leur côté, les patrons éprouvaient de ce fait une perte assez sensible. C'était amener, dans la^l plupart des industries, la suppression totale des i apprentis que les chefs d'atelier et d'usine se hâtaient • de congédier ».
Un législateur, M. Modeste Leroy, avait déjà signalé cette conséquence fâcheuse de la loi du 30 mars 1900.
Et ce n'est pas tout. Cette conséquence en entraîne d'autres auxquelles on était loin de s'attendre. Dernièrement, M. Paul Bourget nous rappelait ce passage de Llndividu contre l'État, d'Herbert Spencer : « La théorie d'après laquelle le politicien travaille habituellement, c'est que le changement opéré par sa mesure s'arrêtera au point où il veut qu'elle s'applique... Ce politicien pratique ne songe jamais aux résultats généraux qui doivent nécessairement se produire. Contemplant uniquement les effets du courant produit par ses propres lois, et ne voyant pas que d'autres courants déjà existants suivent la même direction, il ne lui vient jamais à l'idée que tous ces courants peuvent s'unir pour former un torrent qui change la face des choses ». -
Puisqu'on ne fait plus d'apprentis, que deviennent les jeunes gens qui ne trouvent plus à s'employer régulièrement? Ce sont les statistiques qui répondent, avec l'accroissement rapide, constant de la criminalité juvénile, la proportion énorme, toujours grossissante, parmi les délinquants, des manœuvres, journaliers, sans profession, qui n'ont pu apprendre aucun métier.